‹ Les fraudes archéologiques en Palestine: suivies de quelques monuments phéniciens apocryphesChapitre 34 sur 67 · I . Ces statuettes, rapportccs par le lieutenant · texte numérisé non relu

I . Ces statuettes, rapportccs par le lieutenant

A cette nouvelle, grand émoi dans le camp moabitomane de Jérusalem. M. de Mûnchhausen n'en fait ni une ni deux.

Muni d'une autorisation du gouverneur, (Selîm étant sujet ottoman), il fait faire une descente au domicile de celui-ci par un agent du consulat d'Allemagne. L'on découvre une figurine moabite et quatre petits ciseaux enfer (ébauchoirs ?) Naturellement Selîm se défend comme un beau diable; il rejette tout sur le compte de Martin Boulos dont il a été question plus haut.

Kitchener, sont maintenant déposées à l'office du Palestifie Exploration Fund comme pièces à conviction. L'une est une figurine à tête humaine, sans bras ni jambes, ressemblant beaucoup aux poupées de pacotille en carton. Elle mesure 42 cent, de hauteur, et est creuse à l'intérieur. A la base on remarque un trou d'évent. Sur le cou sont figurés en collier les sept fameux points si fréquents sur les figurines de Berlin. Sur la face extérieure est une inscription moabite de quatre lignes avec des lettres en relief. Sur le dos est gravée en creux une autre inscription de même style, de sept lignes. On y remarque plusieurs fois le caractère metn avec la forme spéciale que j'ai signalée comme appartenant en propre à Selîm, d'après ses copies de la stèle de Mésa, L'autre figurine est tout à fait extraordinaire.

Cette dernière aventure ne suffit pas pour guérir ds ses illusions le baron de Mûnchhausen. U fit un rapport dans lequel il soutient encore l'authenticité envers et contre tous, et je suis sûr qu'aujourd'hui même , le seul peut-être parmi ses compatriotes, il n'en démord pas.

Elle consiste en une grande couronne creuse surmontée d'une tête humaine coiffée d*un bonnet pointu. Sur la face extérieure de la couronne, il y a vingt caractères moabites en relief disposés en cercle; sur la face postérieure, une inscription similaire avec caractères en creux.

J'ai remarqué encore, en dehors de ces deux figurines, une grande jarre de même provenance, avec une ligne moabite courant autour de la panse.

AVSSES l'OTÏ-.WUS YiOKKÏÏïS..

Cependant, devant ces constatations gênantes, M. Shapira dut sortir de la réserve prudente qu'il avait gardée jusquelà. Il avait laissé, sans mot dire, les savants discuter le pour et le contre, se renfermant dans son rôle d'honnête courtier, sans compétence spéciale, et attendant patiemment le moment où il pourrait écouler le stock de sa seconde collection qui, ce durant, lui restait sur les bras.

Il répondit par une lettre adressée à VAtherkeunty où il affecte de faire bonne contenance et de n'avoir jamais été plus assuré de la valeur de sa marchandise vendue, ou à vendre, qu'au moment où elle recevait le dernier coup et non le moins rude.

Il le prend même sur un ton badin et

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déclare mes lettres « admirables pour la naïveté avec laquelle elles ignorent les faits et les remplacent par des théories. »

A Tentendre, ce nouvel incident ne saurait avoir d^autre résultat que de mettre plus en relief Tauthenticité de ses poteries.

Grand bien lui fasse! Au moins, cette fois il s'engage tellement à fond qu'il s'interdit toute retraite pour l^avenir. Il n'aura plus désormais la ressource d'exciper de son incompétence dans la question.

M. Shapira n'a pas l'air de se rendre compte de l'effet singulier que produit l'ardeur de sa défense, Tempressement même qu'il met à devancer la déposition de M. Kitchener. Il y a quelque chose d'étrange, assurément, à voir le principal intéressé dans cette affaire, qui ne devrait être entendu tout au plus qu'à titre de témoin, s'en constituer d'office l'avocat de plus en plus passionné, voire même le juge.

Heureusement M. Shapira est certainement la dernière personne dont les

savants prendront- l'avis pour s'éclairer sur les produits qu'il prône, marchandise qui ressemble furieusement à l'orfèvrerie de M. Josse.

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Il ne manquait, pour compléter la démonstration, que l'aveu même du principal coupable écrit de sa main et signé par lui.

Eh bien, cet aveu de Selîm el-Qâri, je puis le joindre au faisceau des preuves que j^ai déjà réussi à réunir.

L'on pourra objecter, je le sais, qu'il a été dicté à son auteur par un sentiment de vengeance contre M. Shapira. A la suite de mes révélations, le gouvernement allemand ayant prudemment coupé court à ses achats, M. Shapira se trouva fort embarrassé des collections nouvelles qu'il avait en magasin. Les poteries ne cessaient pas cependant d'afHuer, mais M. Shapira en avait assez, et les négociations lucratives auxquelles elles donnaient lieu

pour toute espèce d'intermédiaires furent forcément rompues. Selîm réclama F exécution de certains engagements pris.

M. Shapira fit la sourde oreille. Selîm en arriva alors aux menaces et une brouille complète ne tarda pas à avoir lieu entre les associés.

A la suite de cette brouille, Selîm eut Timpudence de s'adresser à moi et de m'écrire à Paris en 1877 la lettre dont je donne plus loin le texte.

Je sais pas expérience ce que valent les accusations de maître Selîm et je n'entends assumer en aucune façon la responsabilité de celle qu'il dirige ici contre M. Shapira. Ce n'est pas à moi qu'il appartient de soulever, et encore moins de résoudre la question de savoir si, en cette affaire, M. Shapira a été sa première dupe ou bien si, comme le prétend son associé, il a été son complice.

Je pourrais, cependant, être tenu à moins de ménagement après la ridicule insinuation que M. Shapira n'a pas craint de diriger contre moi, comme on le verra

à propos de son prétendu manuscrit biblique; je n'imiterai pas, toutefois, son sans-gêne et je me borne à livrer, sans commentaires, à Tappréciation des lecteurs, la lettre de Selîm.

Cette lettre est en grec vulgaire des plus incorrects. La suscription et la signature sont en arabe. Elle m'est arrivée par rintermédiaire d^un de mes amis de Jérusalem que Selîm était venu trouver et à qui il a débité une foule de choses qu'il serait oiseux de répéter ici.

Je me défiais tellement du personnage que mon premier mouvement fut de croire que cette démarche invraisemblable cachait un piège et de me demander si Selîm ne jouait pas au Zopyre.

Bien entendu, je m^abstins de répondre à ses ouvertures et je me bornai à joindre sa lettre au dossier pour Ten extraire en temps utile.

En voici la traduction littérale que je dois à l'obligeance de mon ami M. Lesage :

« A Monsieur Ganneau.

« De Jérusalem, mois d'août 6 (i). — D'abord je te demande des nouvelles de ta santé et ensuite je te dirai que quand... (2) les antiquités avec le kawadja Shapira, il me parla et me dit :

« Je te donnerai beaucoup d'argent pourvu « seulement que tu ne parles pas des cho- « ses secrètes relatives à la provenance « des choses. » Je m'en suis beaucoup occupé et à cette heure il me traite en ennemi parce que quand nos gardes s'en allèrent il me dit de payer les hommes qui avaient mal parlé de nous, et moi, tout ainsi qu'il me Tavait dit, j'ai payé. J'ai voulu rentrer dans ces dépenses, alors il me dit : (( Maintenant je ne te crains « plus parce que le roi le sait bien que ce « sont des mensonges; il m'a payé; toi et <( Ganneau (il sait) que vous voulez me « nuire. »

« Pour moi je veux le perdre comme il

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