‹ Les fraudes archéologiques en Palestine: suivies de quelques monuments phéniciens apocryphesChapitre 47 sur 67 · LA FAUSSE INTATLLE DU CABINET IMPÉRIAL ET ROYAL DE VIENNE · texte numérisé non relu

LA FAUSSE INTATLLE DU CABINET IMPÉRIAL ET ROYAL DE VIENNE

Il existe toute une série de petits monuments auxquels les savants attachent, avec raison, beaucoup de prix : ce sont les pierres gravées portant des légendes sémitiques. Ces intailles suppléent en effet, dans une certaine mesure, à cette insuffisance épigraphique qui demeure, jusqu'à nouvel ordre, Turi des traits distinctifs de l'archéologie phénicienne et hébraïque.

Aussi s'est-on de bonne heure occupé de recueillir, de grouper et d'interpréter ces menus textes, dont plusieurs, malgré leur exiguïté, sont d'une importance véritablement considérable.

Chaque jour cette série, déjà assez nombreuse, s'augmente de quelque nouvelle recrue, et l'on peut dès maintenant prévoir qu'elle fournira au Corpus inscription num semiticarum entrepris par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres un notable et précieux contingent.

Il serait bien singulier que les faussaires, toujours à l'affût pour exploiter les desiderata de la science, eussent négligé cette occasion qui s'offrait à eux de tenter une fabrication lucrative et relativement facile.

J'ai plus haut signalé le sceau du roi David sorti de la manufacture de Jérusalem.

D'aussi grossières supercheries ne sauraient résister à l'examen, et leur énormité seule suffit à les faire rejeter.

Il n'en va pas de même de certaines fraudes moins impudentes et plus habiles.

C'est ainsi qu'un monument similaire, qui n'affichait point de telles ambitions, a réussi à surprendre la bonne foi d'un des premiers hébraïsants de l'Europe, et, introduit par lui dans le domaine scienti-

fique, sy est maintenu jusqu'à cette heure, c'est-à-dire pendant près d'une vingtaine d'années, sans être inquiété.

Il s'agit cette fois d'un cachet phénicien.

Le D*" M. A. Levy, de Breslau, a publié en 1857, à la fin du deuxième cahier de ses Études phéniciennes (i), une intaille à légende sémitique provenant du cabinet impérial et royal de Vienne.

La reproduction qu'il en donne a été exécutée d'après une empreinte ; l'auteur ne nous apprend pas quelle est la matière de l'original .

Après avoir louéTart toutà fait supérieur {ganz vor^iiglich) de la gravure, il décrit ainsi le sujet représenté :

« Un personnage mâle en marche (un roi avec la couronne) s'appuyant d'une main sur un bâton et tenant de l'autre un oiseau; à côté, quatre lettres. »

I . Tbœniiische Studien, zweites Heft, p. 111-112. Breslau, 1857. — Cf. Siegel und Gemmen, p. 17, en note. M. Levy revient sur celte intaille avec quelque hésitation, en disant qu'il s'expliquera plus amplement ailleurs sur la légende.

M. Levy fait remarquer que les caractères phéniciens (de Toriginal) ayant été gravés à Tendroit, contrairement à ce qui se pratique d'ordinaire pour les cachets, viennent à l'envers sur la contre-épreuve.

Il reconnaît, sans hésiter, dans le premier et le troisième un lamed et un beihy

N® 19. La gemme de Vienne.

le second lui paraît être un daleth ou un rechy quant au quatrième, il avoue ne l'avoir pas encore rencontré dans les inscriptions sémitiques, mais il se croit suffisaijiment autorisé à y voir un samech retourné.

Il obtient ainsi un nom propre D3T Dobes ou D31, RobeSy précédé du /ûw/erf possessif, et désignant, suivant lui, le propriétaire du cachet. U termine en constatant une

remarquable ressemblance entre la figure de cette intaille et celle d'une pierre gravée du cabinet de Florence, publiée par le duc de Luynes dans son Essai sur la nu" mismatique des Satrapies.

La reproduction soigneusement faite qui est donnée du monument de Vienne dans l'ouvrage de M. A. Levy (i) m'inspira, je doisTavouer, à première vue, des doutes sérieux.

Le personnage est gravé avec une mollesse suspecte et un modelé de mauvais aloi. Ce que M. Levy prend pour la marque d'un art tout à fait supérieur paraît bien plutôt rhabileté relative d'une main moderne. Si l'on ajoute à cela la forme insolite du quatrième caractère, Tinversion de toute la légende, et l'invraisemblance du nom sémitique obtenu par le déchiffrement de M. Levy, ces soupçons ne font que se fortifier.

Je crus donc prudent, jusqu'à plus

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