‹ Les fraudes archéologiques en Palestine: suivies de quelques monuments phéniciens apocryphesChapitre 48 sur 67 · I. TJxeniiische Studien, II · texte numérisé non relu

I. TJxeniiische Studien, II

ample informé, de tenir en quarantaine ce monument sujet à caution.

Afin d'en avoir le cœur net, je me décidai à faire venir de Vienne une empreinte de cette intaille. Je l'obtins facilement, grâce à l'obligeant intermédiaire du D*" J.

Euting.

La vue de cette empreinte renouvela en moi, avec plus de force encore, l'impression que m'avait produite le dessin de M. Levy. Le trait gras et profond, la musculature complaisamment accusée, le costume du personnage sont en complet désaccord chronologique avec l'âge apparent de la légende phénicienne.

Toutefois ces présomptions, suffisantes pour mon édification, n'étaient point des preuves décisives capables de transformer une conviction personnelle en une démonstration scientifique, et je ne me serais point permis d'aller à l'encontre d'une autorité comme celle de M. Levy, si je n'avais pu produire d'arguments plus positifs.

Que l'on rapproche l'intaille de Vienne de la sardoine de Florence publiée par le duc de Luynes (i), et l'on remarquera, outre l'analogie des figures notée par M. Levy, une autre analogie bien plus grande entre les légendes de ces deux pierres.

L'inscription de l'intaille de Florence se compose de sept lettres qui se lisent sans aucune espèce de doute S^sunS, à AbibaaU

I. Supplément à VEssai sur la numismatique des Satrapies... pi. XIII. Cf. A. de Longpérier, Journal asiatique, oct.-nov. 1^55, p. 421, Notice sur les monuments antiques de VAsie; Levy, Siegel und Gemfnen. p. 22. — Le duc die Luynes décrit ainsi cette intâille : u Abibaal en costume royal égyptien, debout à droite, tient de la main gauche un sceptre surmonté d'une fleur (?) semblable à un disque recouvert par un croissant renversé, et élève la main droite la paume en avant. Devant lui, une étoile formée de deux rayons croisés. Derrière, un sceptre pareil à celui qu'il tient dans la main, planté verticalement ; au-dessus du sceptre, un épervier se retournant, » (Essai, QIC, p. 69.)

Voilà qui s'écarte beaucoup, au premier abord, de la légende de quatre lettres déchiflfrée par M. Levy.

Mais cet écart n'est qu'apparent.

Si Tcn compare ces quatre lettres aux

N« 20. Uintaille de Florence.

quatre premières du mot SsnnNS, Ton constate aisément leur identité : le lanted est hors de discussion, Xaleph est facile à retrouver dans ce que M. Levy prend pour un beth ou un daleth; le beth est aussi sûr que le lamed ; quand au yod y on m'accordera sans peine qu'il a pu se transformer sous le burin d'un faussaire, si faussaire il y a, en ce caractère énigmatique ressemblant au ^ grec (i).

1 . 11 est curieux de constater que le iota grec archaïque, issu directement du yod phénicien, affecte précisément cette forme ^ , devenue plus tard, dans l'écriture grecque classique^ la forme

On pourrait croire que c'est la publication de l'original de Florence, par le duc de Luynes, qui a suggéré l'idée d'en faire une contrefaçon. Le duc de Luynes attachait, on ne Tignore pas, une valeur considérable à cette intaille, où il voulait voir le propre sceau du roi de Tyr, Abibaal, père de Hiram et contemporain de David (i).

Il n'en fallait certes pas davantage pour enflammer l'esprit cupide d'un faussaire,

On peut cependant démontrer que l'imitation n'a point été faite directement sur l'original, ni même sur l'excellente reproduction que nous en devons au duc de Luynes.

définitive du sigma. Par suite d'une singulière et instructive coïncidence, le faussaire a donc fait subir à la lettre phénicienne précisément la même altération que lui avaient fait subir les anciens Hellènes.

I. Essaie etc., p. 69-70. H dit que si les probabilités qu'il fait valoir sont fondées, « cette intaille serait une des plus anciennes et une des plus curieuses que nous aurait laissées la glyptique orientale. »

Cette intaille, entrée de bonne heure dans le cabinet de Florence, avait déjà été publiée, à deux reprises différentes, au siècle dernier par Gori : la première fois dans son Recueil des inscriptions antiques del'Étrurie (i); la seconde fois dans son Musée Florentin (2).

Le savant italien insiste suffisamment

1 . Imcriptîones antiqua in Etrurîa urhihus extantes ^ vol. I, p. Lxx et pi. XI : Inscalptum Sardae ex Museo Mediceo. »

2. Muséum Floreîitinnm y t. II,p.xviI, pi. XXIII, et p. $6. Le duc de Luynes, qui mentionne ces deux reproductions, en les jugeant avec la sévérité qu'elles méritent, commet dans la citation une très légère erreur (planche XXII pour XXIII), erreur qu'il serait puéril de relever, si, reproduite par Levy (et par Ebers, d'après Levy, JEgypten und die Bûcher Moses, I, 256), elle ne prouvait que le savant de Breslau s'est contenté d'une référence de seconde main, au lieu de consulter les ouvrages de Gori qui l'auraient amplement édifié sur l'authenticité de l'intaille de Vienne.

sur la valeur de ce monument pour le désigner d'ores et déjà aux entreprises des faussaires (i).

N° 21. Première reproJuctian de Gorî,

Les deux reproductions qu'il en donne sont également détestables à des titres divers.

I. Masaim Florenlinum, p. 56. « Gemmatum ommum litteratanim, quas praduximus, ht flâne

La première (voir la gravure n° 21), d'une extrême grossièreté, est cependant beaucoup plus fidèle dans sa naïveté que la seconde, quoi qu'en dise le duc de Luynes (i); la gravure est dans le sens même de Toriginal, c'est-à-dire que les caractères phéniciens 3^ paraissent à l'envers.

La seconde reproduction (voir la grav.

n** 22) est tout à fait dans le goût de l'époque : la figurine roide et sèche, de style égyptien, est devenue un élégant personnage d'aspect tout à fait moderne.

Tous les détails ont été interprétés avec la plus impertinente fantaisie. L'artiste a

rarissîmœ habenda sunt, quae omatae peregrina inscriptione, vel Phœnicia, vel Etrusca, pro coronide hujus classis, in hac postrema Tabula exhibentur, » et un peu plus loin : «... sculptus... rudi caelatura, ac îineari antiquissima qua apud jEgyptios in usu fuit, . . » Le duc de Luynes est, sur ce dernier point, tout à fait du même avis : « Cette sardoine orientale du Musée du grand-duc de Toscane est d'un beau travail égyptien. Elle appartient visiblement à Tépoque reculée où la sculpture et la glyptique étaient si développées sous les Pharaons. » (Essai, QtCj p. 69.)

I. Essaiy etc., p. 69-70 : « Cependant cette seconde planche est plus tidèle dans ses détails. »

placé sur le poignet droit de la figurine un oiseau qui n'a jamais existé que dans son imagination (i). Au-dessus, autre oiseau, traduction non moins arbitraire d'une étoile à quatre rayons. Le sjmibole bien connu^ consistant en un croissant qui recouvre un disque, est devenu un œil humain, avec paupières et prunelles (2) etc.

La gravure représente une empreinte de l'original, c'est-à-dire que les caractères s'y montrent dans leur sens normal.

1 . L'origine de son erreur est dans la forme indécise et la dimension exagérée de la main telle qu'elle se voit sur l'original.

2. Le graveur semble s'être en cela laissé guider par les indications formelles de Gori; en effet, dans sa première publication, où le symbole avait été cependant gravé avec une exactitude relative, l'archéologue italien voulait cféjà à toute force y reconnaître un œil : cutn oculo superposito (Inscript, antiq. Etr,, p. Lxx), en s'appuyant sur un passage d'Isaïe : virgatn vigilantem ego video (1, 7 lise:^ I, 11), et sur deux vers d'Homère singulièrement torturés. Gori a fait toutefois quelques remarques justes sur ce monument : il y reconnaît avec beaucoup de sagacité le travail égyptien; il identifie Toiseau (le vrai) avec l'épervier, emblème solaire. Les ()âtons ou sceptres sont pour lui la marque de la puissance royale ; quant au personnage, il y voit Osiris.

Cette fois nous tenons à n'en point douter le modèle qu'a servilement suivi le faussaire : la couronne invraisemblable du personnage, les détails tout à fait inexacts du costume, le style mou de la figurine, Toiseau additionnel sur le poignet, etc., tout se retrouve ici. En outre, le faussaire ayant copié le dessin de Gori tel qu'il le voyait y les caractères phéniciens ont été incisés à Vendrait et viennent naturellement à Venvers sur les contre-épreuves.

Les légères différences qui existent entre le second dessin de Gori et Tintaille apocryphe de Vienne s^expliquent toutes, sans exception :

1° Par la différence des échelles : le dessin de Gori était suivant les habitudes du temps considérablement amplifié (i) , Tin-

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