I. Le musée Charles X a dû être fondé vers
Avant d'aborder ma démonstration, je commencerai par donner, d'après un moulage que M. Heuzey a bien voulu en
2j. Scarabée du Louvre.
faire exécuter à ma demande, une reproduction fidèle de l'objet en question.
Je ferai remarquer, dès à présent, certains détails qui, tout à l'heure, m'aideront à confondre le faussaire qui a fabriqué ce monument.
" Le corps même 3u scarabée est sculpté '7-
d'une façon sommaire. La tète et les ules de l'insecte sacré des Egyptiens sont indiquées grossièrement. Ses pattes ne sont pas détachées de la masse ; l'on ne .
s'est pas donné la peine de les évider en les ajourant.
N" 24. Plai du scarabée du Louvre.
Le plat gravé offre une surface parfaitement dressée et polie comme un miroir ; le fond de la gravure, d'une conservation suspecte, est mat.
Le style des figurines, mou et gauche, produit à première vue une mauvaise impression.
La légende, dont je réserve pour le
moment la traduction, et qui offre d'étranges anomalies paléographiques, est gravée à Vendroit, c'est-à-dire que l'empreinte de ce monument, qui a la prétention d'être un sceau, donne une inscription à Y envers. Cette dernière particularité serait, à elle seule, je me hâte de le dire, une preuve insuffisante d'inauthenticité , car j'ai fait connaître moi-même plusieurs cachets sémitiques parfaitement authentiques, sur lesquels la légende, gravée à l'endroit, devait venir invertie à l'impres-, sion. On va voir cependant que, dans l'espèce, cette disposition anormale tient à l'origine frauduleuse du monument.
En 1876, au cours de recherches dont j'avais été chargé par le Ministre de l'instruction publique pour la Commission du
Corpuslnscriptionum semiticaTum, je trouvai
S- Scarabée du Brjtish Muséum.
dans les collections du Britîsh Muséum un monument (1) qui me parut présenter avec celui du Louvre les plus surprenantes analogies.
I , Inscrit sous le n» H 45 5 .
C'était un scarabée de jaspe vert ayant sensiblement la même forme, les mêmes dimensions comme grosseur, longueur, largeur, hauteur et superficie du plat; la même scène figurée, la même légende.
N* 16. Plat du scarabée du British Muséum.
Il suffit, pour s'en assurer, de comparer aux reproductions gravées plus haut, celle que je donne ici, d'après un moulage que je dois à l'obligeance du D' S. Bïrch.
Les resseniblahces, pour extraordinaires qu'ellessoient, ne sontpas telles cependant, qu'on ne puisse aisément distinguer que, de ces deux so^es, l'un est la contrefaçon de l'autre.
Est-ce le Louvre, est-ce le British Muséum qui possède l'original ?
Je n'hésite pas à répondre que c'est le British Muséum.
En efFet, le scarabée du British Muséum offre tous les signes de l'antiquité.
L'insecte est travaillé avec soin. La forme générale a une excellente ^parence. Les détails sont consciencieusement fouillés. Les pattes sont évidées; le dessous du corps, entièrement ajouré, se détache nettement de la base qui forme le plat. Le faussaire a reculé, en sculptant le scarabée du Louvre, devant ces difficultés d'exécution.
Le plat, parfaitement poli à rorigine, a perdu de son poli par endroits, à la suite de frottements séculaires; en outre, il ne présente pas une surface aussi mécaniquement planée que celle du plat de la contrefaçon.
Les figurines, très primitives d'aspect, n'en ont pas moins une tournure archaïque de bon aloi.
Tout en copiant son modèle aussi fidèlement qu'il le pouvait, et à la même
échelle, le faussaire a un peu diminué la taille des personnages, surtout de celui qui se tient debout devant la divinité assise.
Il a maladroitement altéré divers détails du costume et de la coiffure, dont il ne se rendait pas bien compte.
Enfin, sur le scarabée du British Muséum, la légende est gravée à l'envers, comme elle doit Têtre logiquement sur un sceau destiné à servir de matrice à des empreintes.
De plus, elle possède, sur sa congénère, l'avantage décisif d'être parfaitement lisible et intelligible. Ce fait seul suffirait à faire pencher la balance en sa faveur, si Ton avait encore quelques scrupules devant cette série de faits plus que probants.
Je ne m'arrêterai pas à la scène figurée qui a donné Heu, comme on le verra plus loin, aux interprétations les plus singulières et les plus opposées. Il est certain que le personnage assis représente une divinité, et le personnage debout un adorateur. Je me bornerai à en rapprocher, à ce point de vue, deux monuments.
C'est d'abord une petite amulette de bronze du musée assyrien du Louvre (i), sur Tune des faces de laquelle est gravée une scène tout à fait semblable; seulement le trône est placé sur le dos d'un griffon cornu et ailé.
Derrière le dossier du trône sont rangées verticalement six étoiles, qui, par voie de substitution, nous autorisent à
I. Gravé dans le Choix de monuments antiques^ de M. de Longpérier, pi. I. n« 4,
reconnaître dans les sept boules disposées de même sur notre scarabée, des symboles planétaires. Au-dessus de la scène est le croissant lunaire et un grand astre à huit rayons qui est peut-être le soleil, le tout correspondant à Tastérisme qui occupe la même place sur notre scarabée.
Le second monument est une empreinte de cachet sur terre cuite conservée au British Muséum et publiée par M. Menant (i), où le dossier du trône delà divinité est également flanqué de cinq signes que je considère comme planétaires ou stellaires.
Quant à la légende du scarabée du British Muséum, je la lis ainsi :
[k]isd I wnS
A Hodoj h scrihe.
I Empreintes de cachets assyro-chaldéenSj etc., p. 29., no 3 5 . En haut est le croissant lunaire. M. Menant nous dit que le trône « est très caractéristique et rappelle la facture des artistes de Calach », et il rapproche de cette empreinte un cylindre assyrien du musée de Florence inscrit au nom d*un préfet de Calach.
Le nom propre Hodo a dans ronomastique sémitique de bons répondants sur lesquels il n'est pas besoin d'insister.
La forme kisd sophrUy saphra ou saphro pour 1SD sopher « le scribe », nous permet de diagnostiquer avec sûreté ce monument comme araméen ou araraéo-phénicien; la paléographie de l'inscription est pleinement d'accord sur ce point avec la grammaire.
Cette légende doit être rapprochée d'une épigraphe tout à fait similaire, que j'ai fait connaître dans mes Notes d'archéologie orientale (i) et qui est gravée sur une coupe de bronze inédite du British Muséum, coupe provenant de Ninive.
A Baalazar, le scribe.
Sur la coupe de Ninive le nom propre est séparé de son qualificatif par un point, comme il l'est sur le scarabée par un petit trait vertical. C'est une analogie de pluî entre les deux épigraphes.