I. Note VIII, Revtie critique, i"*" janvier 1884 p
La légende du scarabée du British Muséum contient une singularité qui n*a pas peu contribué à dérouter les divers interprètes qui ont essayé de la traduire.
Ualeph final marquant Tétat emphatique du mot 1SD sophcTy le scribe, n'est pas compris dans la ligne de caractères gravés en exergue au-dessous du trait horizontal qui les sépare de la scène figurée ; il a été rejeté au-dessus, dans le chanip même de cette scène, derrière le personnage debout en adoration. Je n'hésite pas à rattacher à la légende ce caractère isolé qui en fait partie intégrante.
La raison de cette disposition irrégulière est bien simple. Le graveur, arrivé au bout de sa ligne, jusqu'au bord même du plat, n'avait plus d'espace pour tracer Valeph final; il ^ne s'est pas fait scrupule de le reporter au-dessus, dans le champ libre.
C'est le moment de comparer minutieusement les deux monuments sous le rapport épigraphique.
N<» 27. — Légendes des deux scarabées ; (a), authentique; {h), fausse.
La légende du scarabée authentique est disposée selon une ligne légèrement concave; celle de la contrefaçon suit une ligne parfaitement droite, le faussaire s'étant, à cet égard, laissé guider par cette tendance à la rectitude propre à notre goût moderne.
La légende originale {à)^ se lit de gauche à droite; la fausse {b), de droite à gauche.
Ualeph final, sur le monument faux, est rejeté également dans le champ supérieur; seulement ici, c'est sans motif plausible, attendu que le graveur moderne, serrant un peu plus ses lettres, disposait à la fin de sa ligne, à gauche, d'un espace vide suffisant pour loger à sa place normale ce caractère complémentaire. Mais il copiait servilement le modèle qu'il avait sous les yeux. Rien n'est plus propre que ce petit détail à mettre la fraude en pleine lumière.
Les caractères eux-mêmes sont, d'ailleurs, reproduits assez inexactement, bien qu'on y retrouve sans peine tous les traits originaux.
Le lamed n'est pas trop déformé, mais il est traité d'une façon anguleuse, presque comme un V ;
Le héy qui le suit, n'a pas sa seconde barre parallèle, et présente l'aspect d'un guimel;
Le waw est exact;
Le daleth est traité comme un A grec ;
Le second waw est correct;
La barre verticale séparative est bien marquée, et même exagérée conune hauteur;
Le samek est doué d'un double support vertical, par suite peut-être d'une fausse interprétation de la barre séparative qui le précède sur le monument original;
Les éléments du phé et du rech se retrouvent aisément dans les dernières lettres; mais ils sont compliqués par des répétitions, de sorte qu'il y a deux lettres de trop;
Valeph isolé est assez bon.
Malgré ces différences, légères d'ailleurs, il n'y a pas un doute à conserver sur l'identité des deux épigraphes.
Ces différences s'expliquent autant par l'inexpérience du graveur moderne, que par le fait qu'il travaillait d'après une empreinte, ou une copie exécutée d'après une empreinte.
Ce fait est évident. Sur le scarabée moderne, en effet, comme je l'ai déjà fait
remarquer, non seulement les images sont inverties, mais encore la légende est gravée à Y endroit, c'est-à-dire telle qu'elle se présentait sur Y empreinte du monument original qui, lui, est gravé à V envers.
Il taut admettre que le faussaire avait en outre à sa disposition, soit l'original lui-même, soit un moulage total de cet original, soit des informations très exactes sur sa configuration générale. C'est le seul moyen d'expliquer les ressemblances extérieures qui existent entre les deux objets, tant sous le rapport de la forme et que sous celui des dimensions.
Il n'est pas jusqu'à la matière qui n'ait été prise en considération par l'auteur de la fraude. Le scarabée authentique est en jaspe vert; le scarabée du Louvre est en basalte vert, du moins d'après la description du catalogue. Peut-être est-il, en réalité, en stéatite, pierre beaucoup moins dure et moins rebelle à la gravure. Il fallait, en effet, que, même à cet égard, le faux scarabée répondît, au moins en apparence,
au signalement d'un monument au connu que celui auquel il prétendait substituer.
C'est grâce à cette série de supercher que le Louvre a cru, jusqu'à ces demi< temps, posséder ce précieux original en au Britîsh Muséum il y a près de c( ans, et sur l'histoire duquel il ne sera j superflu de donner maintenant quelqi détails, afin d'essayer d'établir à quel n ment et dans quelles conditions la frai à laquelle il a servi de base a pu prem place.
La mention la plus ancienne qui, à ma connaissance, ait été faite de notre scarabée, remonte à l'année 1750. C'est à cette époque qu'il fait sa première apparition dans le domaine de la science.
Le Thésaurus gemmarum anttquarum astriferarum de Gori et Passeri, publié à cette date à Florence, en contient une reproduction (i) faite dans le goût de l'époque, c'est-à-dire à une échelle très amplifiée, d'une fidélité médiocre, avec une interprétation élégante de la scène figurée, et l'addition de motifs décoratifs.
La seule indication sur l'origine du monument se trouve dans la légende inscrite au bas de la planche : ex ectyp. Stoschianis,