LE TAUREAU AILÉ DU ROI PHÉNICIEN YEHAUMELEK
J'ai eu plusieurs fois Toccasion de constater, à propos des fraudes archéologiques de Palestine, que les faussaires syriens puisaient volontiers les éléments de leurs contrefaçons dans des trouvailles récentes, et que leurs produits, souvent marqués au coin de l'actualité, visaient des monuments originaux nouvellement signalés à l'attention des savants.
En voici un exemple inédit et pris sur un terrain autre que celui de la Palestine, mais voisin.
Je reçus, il y a quelques années, de M. Mordtmann, de Constantinople, une
petite figurine de terre cuite, très joliment modelée et conservant encore des traces de dorure. (Voir la planche n° 31.)
Elle représente un bœuf ou un taureau ailé, à moitié agenouillé. La figurine est creuse et façonnée en forme de lampe antique. Au milieu du dos est un grand trou destiné à recevoir l'huile. Au sommet de la tête un plus petit trou^ celui qui donne passage à la mèche, est disposé de telle sorte que la flamme brille entre les deux cornes, ce qui doit être d'un bel efiet. La queue recourbée de Tanimal sert d'anse pour tenir la lampe.
Le tout n'a pas trop mauvaise tournure.
Jusque-là, cependant, rien de bien extraordinaire.
Mais voici qui devient plus intéressant.
Cette petite idole^ qui semble à la fois une réminiscence du veau d'or et de l'animal ciymbolique de saint Luc, porte sur la cuisse droite et sur la cuisse gauche une double inscription phénicienne tracée dans l'argile avant la cuisson.
L'inscription phénicienne commence sur
le flanc droit et se continue sur le flanc gauche. Elle se lit assez facilement :
^^H\yt'ÎW {flanc droit) Jf ? \^^ {fl^^^ gauche)
Yehaumehh, fils de Yirpel.
N® 32. Épigraphes du taureau ailé.
La figurine est parfaitement fausse; je puis le démontrer sans peine.
Le modeleur moderne a tout simplement copié le nom de Yehaunieleh^ roi de Byblos, dont la stèle découverte à Djebaïl, et récemment publiée par M. de Vogué, avait fait quelque bruit en Syrie.
Le khet de Yehauntelek se retrouve aisément, bien que le faussaire en ait dissocié ||ÉH||^iix éléments constitutifs, de façon à ^^^N I et a.
f stèle originale (i), assez fruste en .
^ M^ la reprokluction donnée dans k Corùiuc
•^iifi, i^ partiel np 1
.Jjim
cet endroit, le nom du père, ou plutôt du grand-père {ben-ben) du roi est très difficile à déchiffrer.
Le faussaire, embarrassé, comme l'on été les savants eux-mêmes, l'a transcrit d'une façon fantaisiste, en se laissant influencer peut-être par l'existence du nom de lieu biblique Snsi^ YirpeeL
En outre, il n'a pas vu que le patronymique se composait de cinq lettres et non de quatre, et qu'il se terminait certainement par l'élément "jSa melek (i).
Il n'a pris que les trois premières lettres du groupe "]Sd.. et a négligé le kaph final, en interprétant les deux premières lettres frustes comme un yod et un rechj et le 12 comme un phé :