‹ Les fraudes archéologiques en Palestine: suivies de quelques monuments phéniciens apocryphesChapitre 65 sur 67 · UN MONUMENT PHÉNICIEN APOCRYPHE DU BRITISH MUSEUM · texte numérisé non relu

UN MONUMENT PHÉNICIEN APOCRYPHE DU BRITISH MUSEUM

Au mois de janvier 1884, en examinant les objets exposés dans les salles orientales du British Muséum, je remarquai, dans la vitrine 103, un petit monument phénicien récemment entré dans les collections^ et que je n'hésite pas à inscrire dans le catalogue déjà si riche des antiquités fausses, ou falsifiées, de la Syrie.

Il porte les numéros d'immatriculation 6-27-83-2.

Voici la reproduction de ce monument d'après un moulage que le Dr S. Birch a»

bien voulu en faire exécutera ma demande.

C^est une figurine de bronze mesurant o™, 063 de long^ et représentant un qua-

drupède indéterminé, peut être une biche.

Les quatre membres inférieurs manquent, mais le reste du corps est intact. L'animal est traversé de part en part, du dos au ventre, par un trou indiquant qu'il devait être fixé par une tige ou une hampe sur un autre objet.

N° 29. Bronze antique avec inscription phénicienne

fausse.

La figurine est parfaitement authentique. Mais ce qui ne Test pas c'est une inscription phénicienne de cinq caractères qu'il porte gravée sur le flanc gauche et qui semble devoir se lire Taryaton, ou, mieux Gadyaton.

Gadyaton, littéralement « celui que Gad a donné, » est un nom propre qui a une

bonne physionomie sémitique et offre des répondants suffisants dans l'onomastique phénicienne. La première lettre, le guimely a ici l'apparence d'un tau à barres croisées qui rappelle la forme du guimel sur une gemme publiée autrefois par M. de Vogué (i). Les lettres ont une raideur et une sécheresse qui trahissent une main moderne. Le burin a exfolié par places la

No 30. Épigraphe de la figurine de bronze.

pellicule d'oxyde antique et, malgré la précaution qu'on a eue de recouvrir le creux des traits avec une patine artificielle, l'on voit, çà et là, sur le bord des traits, des points brillants du métal mis à vif.

Il n'est pas douteux pour moi que l'épigraphe phénicienne a été ajoutée après coup par un faussaire désireux de donner

I. Mélanges (^archéologie orientale, p. 134, pi. VII, n° 56 : Gadyab.

à la figurine une plus-value commerciale.

Et, de fait, il y a réussi. Ce petit bronze, dans son état normal, aurait été bien payé avec une dizaine de francs. Orné d'une inscription phénicienne, il valait largement la somme de cent francs moyennant laquelle il a été acquis.

La fraude a dû être exécutée en Orient même.

Le bronze a été rapporté de Syrie par M. Greville Chester qui l'a cédé au British Muséum. La provenance indiquée est Tortose. Il serait intéressant de savoir de qui M. Greville Chester le tenait.

Cette indication mettrait peut-être sur la piste du faussaire.

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