‹ Les fraudes archéologiques en Palestine: suivies de quelques monuments phéniciens apocryphesChapitre 7 sur 67 · FAUSSES MONNAIES JUIVES · texte numérisé non relu

FAUSSES MONNAIES JUIVES

'est probablement pour remédier à cette pénurie de monuments anciens que se sont créées à Jérusalem, il y a déjà bon nombre d'années, certaines officines fabriquant des antiquités à des prix, tantôt modérés, tantôt fort rémunérateurs, comme on pourra en juger tout à Theure, non seulement à Tusage des touristes, mais aussi des savants, ce qui est plus grave.

Il y a d'abord la fausse monnaie antique.

Cela, c'est la moindre des choses. Messieurs les faussaires sont ici presque dans leur droit; d'autant plus que leur industrie est peu dangereuse pour les véritables connaisseurs.

On fabrique couramment à Jérusalem, et la chose ne date pas d'hier (i), des sicles d'argent apocryphes pour la consommation des touristes friands d'antiquités, qui s'en reviendraient désolés s'ils ne rapportaient pas de leur pèlerinage en Terre Sainte quelque échantillon contrefait du monnayage des Macchabées.

On ne se contente pas toujours d'imiter plus ou moins habilement des types véritables. L'on invente parfois.

Il y a quelques années, l'on voyait circuler dans le bazar de Jérusalem certaines monnaies en bronze, de Moïse, qui ont eu beaucoup de succès.

Elles représentaient, d'un côté, la tête du législateur hébreu ornée de magnifiques cornes de bélier; de l'autre, des légendes hébraïques tirées des livres mosaïques. Les légendes étaient, il est vrai, en caractères carrés, c'est à dire modernes.

Mais les amateurs n'y regardent pas de si près.

I. Voyez Maddcn, Jewish coinage, (2® édit.), p. 3 14 et sq, Counterfeit jewish coins.

PASTICHES DE MONUMENTS AUTHENTiaUES

En général, cette bande de faussaires syriens n'a cependant pas grande imagination. Ils ne créent guère de toute pièce.

Ce sont plutôt d'assez plats contrefacteurs.

Leurs produits se rattachent presque toujours plus ou moins ingénieusement, soit pour la forme, soit pour le fond, soit par les circonstances de temps et de lieu, à quelque importante trouvaille archéologique.

Découvre-t-on, par hasard, quelque objet antique et authentique, vite les voilà qui se mettent à l'œuvre et reproduisent l'objet tant bien que mal, plutôt mal que bien, ou s'en inspirent servilement.

Ils travaillent volontiers dans les inscriptions, et cela se comprend, car c'est

un oiseau rare en Palestine qu'une inscription, et, partant, fort recherché.

La découverte de la stèle de Mésa et celle de la stèle du Temple sont venues imprimer un nouvel essor à l'activité des faussaires surexcitée par le stimulant énergique de la cupidité. L'on peut dire qu'à cet égard la stèle de Mésa, qui a donné naissance aux fausses poteries moabites de Berlin se chiffrant par milliers, a été une véritable mère Gigogne. Lqs 7noabitica, comme on les appelle en Allemagne, sont^ en effet, sa progéniture directe.

Il lui était réservé, à dix ans d'intervalle, de servir de base à une fraude d'une portée au moins égale; celle du manuscrit biblique de M. Shapira.

La première de ces supercheries a réussi ; la seconde a heureusement échoué, après avoir cependant été bien près du succès.

C'est la relation assez piquante de ces deux entreprises, à jamais célèbres dans les fastes des fraudes archéologiques, que je me suis principalement proposé de donner ici.

L'histoire vaut la peine d'être contée. J'ai,

pour le faire, d'autant plus de droît, que je me suis trouvé activement mêlé à ces deux affaires qui ont eu tant de retentissement, surtout en Allemagne et en Angleterre, et que je suis parvenu dans les deux cas à établir avec la dernière évidence la matérialité du délit.

Je m'occuperai en même temps de diverses antiquités fausses que j'ai rencontrées sur ma route au cours de mes recherches en Palestine. Pour avoir eu une fortune plus médiocre, elles n'en méritent pas moins cependant qu'on les signale, ne fûtce que pour faire une lumière complète sur les agissements de la bande noire qui a pris la Terre Sainte pour le théâtre de ses prouesses.

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DE LA NÉCESSITÉ DE DÉMASQUER CES FRAU- DES DANS l'intérêt DE LA SCIENCE

A ceux qui pourraient être tentés de

croire que c'est se donner beaucoup de

mal, et faire beaucoup d'honneur à ces

iraudes archéologiques que de s'appliquer

à les démasquer et à en faire publiquement

justice; que c'est beaucoup de bruit pour

rien; qu'il suffirait de les condamner et de

les exécuter à huis clos entre savants, je

répondrai en invoquant l'avis d'un juge

dont personne ne saurait être tenté de nier

l'autorité: « Les précautions contre les

monuments orientaux supposés avaient

été superflues jusqu'à ces dernières années;

elles vont désormais devenir nécessaires

et ajouter aux difficultés d'études déjà si pleines de perplexités » (i).

« Les faussaires menacent de causer bientôt tant d'embarras aux études d'épigraphie et d'archéologie orientales, qu'il faut placer au nombre des plus signalés services celui de démasquer ces sortes de fabrications » (2).

C^est par ces sages paroles que le chef illustre et incontesté des études sémitiques tirait naguères avec une autorité n'appartenant qu'à lui, la morale de l'histoire des fausses poteries moabites de Berlin, qu'on trouvera plus loin narrée tout au long.

« Il était bon, ajoute M. Renan, que cette fâcheuse erreur fût détruite par des démonstrations en quelque sorte matérielles. — Du même coup, M. Clermont- Ganneau a prévenu plus d'une mystification pour l'avenir. »

1 . E. Renan, Rapport annuel ; Journal Asiatique, juillet 1876, p. 37.

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