L'EXPRESSION DE LA COLÈRE
Nous avons, Messieurs, à faire mention de plusieurs personnes représentant diverses espèces de colères, dont les uns seront gros et gras et de
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couleur rouge; d'autres seront maigres et pâles, aspres, aigres, despilées, enragées, criardes, difficiles, malplaisanls, fâcheux; jetter tout par terre, rompre tout ce qu'il rencontre, donner de la teste contre les murailles, s'arracher les cheveux, se battre l'eslomach et les cuisses : ce sont tous effets de colère, d'autant que la colère se jette sur la raison et l'entraine avec elle.
Je vous en représenterai deux dont j'ay plusieurs fois remarqué leurs visages et leurs actions, estant en colère.
Le premier estoit de grande et forte proportion, gros et gras, large d'espaules et d'estomach; la teste petite par derrière, le visage large et court, renfrogné, bouffi et sourcilleux, tirant sur l'air de pantère.la racine des cheveux près des sourcilz, les yeux petits, rouges, eslincellant et beaucoup enfoncé dans leurs quesscs, le nez court et camus, les lèvres minces advanccant en dehors, la bouche grande et demie fermée, esqumeuse, tremblottante et de couleur bleuastre, les dents grinceant et craquetant ne pouvant prononcer que quelque parole injurieuse, son large col court, et sa gorge grosse, enflée et bouffie, couverte de la veine jugulaire remplie et gonflée par l'abondance du sang échaufé qui monte sur les tempes, remply de gros boutons rouge brun; ses cheveux, ses sourcilz et sa barbe par gros floccons de rude poil de couleur roux brun, d'autant que ceux quy ont les cheveux roux et le visage rouge sont fort sujets à se colérer parce qu'ilz ont le sang subtil et agité.
Le second n'estoit pas laid de visage, ny de proportion, mais sa contenance, sa marche et son entretien estoient extravagantes et brutalles : sa colère estoit raide, car il ne cherchoit qu'à tuer; ses veines devenoient d'une grosseur extraordinaire, remplie d'un sang si chaud et bouillant quy se conservoit plusieurs jours en cest estât. Kl pour faire passer sa colère il se fesoit ouvrir la veine du bras, de laquelle le sang sortoit avec tant de violence qu'il rejalissoit de continue deux thoises loing du lieu où il estoit, jusqu'à tant qu'il lomboit de foiblesse.
Il y en a quy sont froids en apparence, quy auront des visages de vierge, quy sur la fin jettent le feu des dragons.
Il s'en trouvent d'autres qui sont muets et malicieux: ceux-cy quelquefois perdent la parole, entrant en colère, ils deviennent pâles, quelquefois rouges, se renfrongnent, se mordent le poulce, ou les lèvres sans dire mot, conservant leur colère jusqu'à tant qu'ilz se sont vengés.
D'autres sont bouillants et prompts.
D'autres sont criards et tempétueux.
Les autres se contentent de crier et dire des injures.
Les autres y employent les mains en riant sans parler.
Les autres le bois et le fer.
D'aulres voudroient avoir le foudre pour se vanger en un moment.
Il vous plaira, messieurs, parler sur la diversité des airs de visages et d'actions selon les susdites espèces de colère. On reconnoit trois principalles espèces décolère : la première s'appelle la région de la bile aigùe; la seconde la bile amère ; et la troisiesme de la fureur. Pour la lre, sont de petites chaleurs de foye qui donnent à tout moment des pelils sujets de colère; ceux cy sont pâles, mélancoliques, malades. — La 26 est une colère envieillie, malicieuse, quy ne font que ronger leurs cœurs et envier la félicité d'autruy, avec un visage hâve et défiguré, un œil de hibou, une contenance morne, une allure tardive, une parole ricteuse, et le plus souvent un silence enragé. C'est celuy là quy a un vautour qui luy dévore les entrailles. — La 3° région delà colère, c'est la fureur; lesquelz deviennent rouges comme la creste des coqs, et puis pasles comme des morts quy ont les yeux sanglants comme des grenouilles, estincelans comme celuy d'une gorgone, roulant comme ceux de Caïn, qui rugissent comme des lions, qui escument comme des sangliers, quy siflent comme des aspics: ils fument comme le mont Gibel; ils jettent leurs entrailles toutes ardantes, et jamais ne se rassasient que des outrages et du sang des hommes.
CONFÉRENCE DU 1er AOUT 1G76