‹ Les frères Chantemesse (volume 2)Chapitre 15 sur 23 · LA BONTEMPS · texte numérisé non relu

LA BONTEMPS

Dès qu'elle fut revenue d'une violente attaque de nerfs, la marquise de Pompadour écrivit au lieutenant, de police.

Elle appela.

— Vite, un homme à cheval 1 dit-elle, et cette lettre à son adresse, à Paris!

Puis elle jeta un mautelet sur ses épaules, et elle demanda sa chaise.

Dix minutes après, elle rentrait dans ses appartements du château.

Plusieurs de ses amis y étaient réunis en comité intime sous la vice-présidence de M"' du Hausset, sa première femme de chambre.

C'était Duclos, le gai vivant; c'était Grébillon fils, le galant conteur ; c'était Marmontel, habile dans l'art d'écouter et de retODir; c'était Laujon, un chansonnier à son aurore ; c'était le docteur Quesnay, chef de la secte des économistes.

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Les écrivains de cour, proprement dits, étaient alon partagés en deux camps bien distincts.

La reine avait le président Hénaut, Lefranc de Pompignan et Moncrif, son lecteur.

La marquise de Pompadour avait ceux que nous venons de nommer.

Le roi n'avait personne.

Non, personnel et il en prenait facilement son parti. Les hommes de lettres le gênaient, il était le premier à en convenir.

Pour en revenir au cercle littéraire de la marquise de Pompadour, il était ce soir-là presque au complet.

On causait en l'attendant, et l'on causait d'elle.

Le docteur Quesnay déplorait ses tendances superstitieuses.

— C'est une chose étrange, disait-il, que les meilleurs esprits, que les cerveaux les mieux organisés aient cédé à cette faiblesse de croire que le destin pouvait cacher ses secrets dans une tasse de café ou dans un jeu de cartes I

— Ou dans les entrailles des animaux, ajoutait Marmoutel.

— Ou dans le creux d'un chêne, disait Laujon.

— Ou dans les évolutions d'une planète, disait Duclos.

— Cela ne me révolte pas, reprenait Marmontel ; il y a là un effort d'imagination, une propension poétique. Pythagore et Plutarque étaient des âmes superstitieuses.

— Si j'étais certaine de votre discrétion... dit M™ du Hausset.

— Eh bien? interrogèrent-ils en chœur.

— Je pourrais vous raconter certaine visite que M"** la marquise et moi, nous avons faite l'autre jour à la Bontemps.

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« — La devineresse à la mode?

— Elle-même.

— Oh I ma chère dû Hausset, racontez I dit le fila Crébillon.

— Notre chère du Hausset 1 répétèrent les autres d'an accent suppliant.

— Me promettez-vous que rien de ceci ne transpirera au dehors?

— Nous le jurons I

— Vous saurez donc que depuis longtemps M"® la marquise était possédée de l'envie de consulter la Bontemps, à propos de laquelle M. de Choiseul lui avait raconté des choses étonnantes.

Quesnay haussa légèrement les épaules.

— Oui, étonnantes! reprit M"® du Hausset; c'est la Bontemps qui a prédit à M. l'abbé de Bernis sa fortune.

— Le premier venu en aurait fait autant, murmura Quesnay.

M™*^ du Hausset continua :

— Ce désir était combattu chez M""' la marquise par une grande méfiance. Elle ne voulait pas être reconnue de la devineresse, qui lui aurait arrangé un horoscope de fantaisie. J'imaginai d'aller trouver notre chirurgien Rollon, en prétextant une partie arrangée pour le prochain bal de l'Opéra avec une de mes amies. 11 s'agissait de nous rendre méconnaissables. « — C'est bien, me ditil ; je vous ferai deux nez de cire. » Quelques jours après, il m'apporta les deux nez, plus une verrue pour madame et une teinture pour les sourcils.

— Cela devait être fort laid, murmura Laujon. '

— M^^ la marquise en rit beaucoup, mais elle était enchantée. La métamorphose fut complète, sans rien de

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trop choquaut. M. le duc de Gontaut, que nous avions mis dans la confidence, s'était chargé de faire venir la Boutemps dans un petit appartement que son valet de chambre avait loué tout près d'ici, avenue de Sahit- Gloud. Jour fut pris, nous sortîmes le soir par ]a petite porte, madame, M. le duc de Gontaut, son valet de chambre et moi. Nous étions empaquetées jusqu'aux dents; de vraies chauves-souris. Nous arrivâmes dans deux petites chambres où il y avait du feu. Le café chauffait...

— Le café magique, dit en riant le sceptique docteur.

— Précisément. Au bout de quelques minutes, la Bontemps sonna.

— Ah I voyons le portrait de la sybille, dit Mar- ' monte).

— Une vraie sybille, en effet : des traits bourgeonnes annonçant l'abus des liqueurs, une voix forte, l'air commun. Elle nous salua à peine et commença par faire retirer les deux hommes qui s'en allèrent dans la pièce voisine. Elle jeta ensuite son regard sur M"^* la marquise qui était assise dans une chaise longue, et dont une grande coiffe dérobait la moitié de la figure. « — Cette dame-là est donc malade? » me demanda-t-elle. — « Depuis huit jours environ, » lui répondis-je. — « Cela ne sera rien, d dit-elle. Puis, elle donna ses soins au café, qu'elle versa dans deux grandes tasses, après les avoir essuyées scrupuleusement, pour que rien d'impur ne se mèlàt à son opération. — a Laissons-les reposer maintenant... Par qui commencerai-je ? » dit-elle en nous envisageant toutes les deux. D'un signe. Je lui indiquai madame. La Bonté mps tira de sa poche un miroir et la fit regarder dedans.

— Jongleries ! charlatanisme I grommela Quesnay.

— Tous ces préparatifs, m'intéressent, je l'avoue, dit Duclos.

— Us m'intéressaient aussi, reprit M"*'^ du Hausset. Le café était à point ; la Bontemps se pencha sur une des tasses, et demeura pendant quelque temps en méditation. — « Gela est bien, dit-elle; dans ce coin : du bienêtre... ces choses qui semblent monter, ce sont des applaudissements... Voyez-vous ces espèces de petits sacs : c'est de l'argent, beaucoup d'argent... oh I que d'argent... Mais ces lignes qui partent du centre, ce sont des parents, couci, couça... » Elle s'interrompit pour boire deux petits verres de vin de Malaga que j'avais fait placer auprès d'elle, parce qu'on m'avait averti qu'elle s'en aidait dans ses prophéties. Ensuite elle revint au café : — « Beau temps... regardez cette forme de nivire... — C'est vrai, » dit M°*® la marquise avec étonnement. — « Vous êtes dessus ; le vent est favorable, et vous débarquez dans un pays dont vous devenez la reine... Le vaisseau sera quelquefois agité, mais il ne périra pas. »

— L'imposture est visible, dit Quesnay.

— Laissez donc raconter du Hausset I s'écria Duclos.

— Les sourcils de la devineresse se froncèrent tout à coup. — « Un ennemi... deux ennemis... venus de loin... On dirait les deux frères... Les voilà qui se dissipent... Je ne vois plus rien. » La Bontemps se tut, comme accablée de l'effort qu'elle venait de faire. Madame paraissait émue. « — Quand est-ce que je mourrai? demanda-t-elle ; et de quelle maladie mourrai-je?— Je ne parle jamais de cela, répondit la Bontemps; le destin ne le veut pas; voyez, il brouille tout... » Et elle montrait de confuses agglomérations de marc. — « Passe pour l'époque, dit Madame en insistant, mais le genre de mort? » La sorcière hésita, puis examina encore le

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café. — « Vous aurez k temps de vous reconnaître, » dit-elle. — a C'est tout ce que je demande, » fit madame.

— On ne peut raisonnablement, en effet, demander davantage, observa Duclos; le temps de se reconnaître, c'est beaucoup.

— C'est trop, objecta le fils Crébillon ; n'est-il.pas préférable de mourir subitement, de disparaître, en un mot?

— Le pépin de raisin d'Anacréon, dit Quesnay.

— La tortue d'Escbyle, dit Marmontel.

— Mais votre récit n'est pas fini, ma cbère du Haussât, dit Laujon.

— Je passe sur mon horoscope qui fut d'ailleurs sans intérêt ; je priai même la Bontemps de l'abréger, car l'agitation de Madame ne m'échappait pas. La sorcière nous recommanda le secret; je lui donnai seulement deux louis afin de ne rien faire de remarquable et qui pût nous trahir. Dès qu'elle fut partie : — « Rentrons! » me dit vivement M"''' la marquise. Et pendant le retour au château, elle ne cessait de répéter : — « C'est singulier... c'est extraordinaire I » Le duc de Gontaut riait beaucoup.

— Comme je comprends cela I s'écria Quesnay.

— 11 disait : u Nuages du ciel ou nuages du café, on y lit tout ce qu'on veut. » Cela n'empêcha pasM"*** la marquise d'être frappée pendant plusieurs jours de ces prédictions. Elle en parla à Sa Majesté, qui lui dit, sur le ton de la plaisanterie, qu'il aurait voulu la voir arrêtée par la police.

— Sa Majesté exagérait, comme cela lui arrive souvent, dit Quesnay; mais il faut plaindre M°*° la marquise do sa confiance" sans réserve dans une pareille intrigante.

— Non, (Juesnay, la Bontemps avait dit vrail fit M"' de Pompadour, qui venait de rentrer sans qu'on l'entendit .

Tout le monde se leva respectueusement.

Ctiacun s'aperçut de la profon«le altération de ses traits, mais nul n'osa en faire ]a remarque à haute voix.

Seul, le docteur Quesuay s'avauça vers elle et lui prit la main.

Il secoua la tète.

— Vous êtes en proie à une surexcitation extraordinaire, lui dit-il ; votre peau brûle, votre pouls bat avec une force sans égale... Vous avez besoin d'être seule, madame ; nous nous retirons.

— Adieu, messieurs; adieu, mes amis, dit la marquise de Pompadour, en les congédiant avec un sourire forcé.

Après leur départ :

— Au nom du ciel, qu'avez-vous, madame? dit vivement la femme de chambre.

— Ne m'interrogez paF, si vous ne voulez me voir mourir de confusion, comme tout à l'heure j'ai failli mourir de colère ! •

Elle ajouta à demi-voix :

— Oui, la Bontemps avait lu dans l'avenir.... Les ennemis... les deux frères... l'affront... tout s'est réalisé I

— Remettez-vous, madame.

— Oh! je suis calme à présent... Mais il faut que je voie le roi.

— A cette heure?

— Sur-le-champ. N'ai-je^pas toujours sur moi une clef de l'escalier secret?

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— Au moins permettez que je répare le désordre de votre toilette, dit M"*« du Hausset ; votre poudre est tombée, votre rouge ne tient plus...

— C'est possible, mais faites vite I

Un quart d'heure aprèa^ M"* de Pompadour était dans la chambre du roi.

Après quelques propos insignifiants, elle lui dit :

— Votre Majesté avait raison avant-hier; un petit voyage à Frivolité la distraira.

— Quoil marquise, vous avez changé d'avis?

— Vous savez bien, sire, que votre plaisir est ma constante préoccupation.

— Ma foi ! s'écria le roi, je ne pensais plus à ce voyage ; je vous en avais fait le sacrifice.

— Pourquoi donc cela, sire?

— Eh ! mais... voyez jusqu'où nous poussons la fatuité, nous autres souverains... parce que je croyais, je m'imaginais que vous étiez un peu jalouse.

— Moi, sire I

— Où serait le mal? répliqua le roi presque offensé.

— Votre Majesté ne m'a pas comprise, dit M"*" de Pompadour ; j'ai ma jalousie, en effet, mais d'une espèce particulière et plus haute. Et cette jalousie-là, c'est le cœur du roi qui en fait seul les frais.

— Alors, marquise, vous me conseillez ce voyage à Frivolité?

: — J'ai reçu une lettre de la Dumant, qui ne tarit pas sur la beauté de sa nouvelle pensionnaire.

— Mais ne m'avez-vous pas rappelé vous-même que c'était demain jour de chasse à Sénart?

— Demain, oui; mais après-demain Votre Majesté est sans engagement.

— Ou à peu près, car j'ai toujours mou ministre de Paris sur les talons,

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— C'est pourquoi des distrdctious sont indispensables à Votre Majesté, dit-elle.

Le roi regardait depuis quelques instants M""" de Pompadour avec attention.

— Je vous trouve ce soir, marquise, une aninotatlon inaccoutumée et tout à fait charmante.

— Votre Majesté excelle dans l'art des compliments. ^

— Non, d'honneur I vous avez une vivacité, un éclat...

11 la prit par la main et la conduisit à un sopha, en l'obligeant à s'y asseoir à côté de lui.

— Marquise, que dirie&vous si je renonçaisr pour vous à cette partie, à ce caprice?

M™<^ de Pompadour ne s'attendait pas à cela.

— Je dirais que Votre Majesté est la personne la plus galante de son royaume, répondit-^Ue.

— Eh bien I dites-le, marquise ; je vous y autorise.

— Quoi! sire...

— Je renonce à aller à Frivolité.

Elle demeura stupéfaite.

. — Vous renoncez à M"® de Crespy? dit-elle.

— Ah I elle s'appelle M"* de Crespy... J'y renonce I fitil gatment.

— Vous n'y pensez pas, sire I s'écria-t-elle avec une agitation singulière.

— Mais si, répondit le roi qui n'avait pas quitté sa main ; vous m'avez souvent mal jugé, chère amie, en me croyant incapable d'un sentiment plus ou moins délicat.

— Oh I sire I

— Qu'avez-vous donc? Comme votre main tremble! lui dit-il.

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jl{me JQ Pompadour était loin d'être à son aise, en effet.

Cette complication imprévue déconcertait entièrement son plan.

Elle ne savait comment se tirer de ce pas difficile.

— A quoi pensez-vous? lui demanda le roi avec sollicitude, en se trompant sur la nature de son malaise.

— Je pense, sire, qu'il m'est impossible d'accepter votre sacrifice.

— Ahl

— Permettez-moi de lutter de délicatesse avec Votre Majesté.

— Sur un pareil terrain, la lutte est au moins étrange de votre côté, dit le roi.

— En vérité, les choses sont trop avancées. M*'* de Crespy...

— Nous la renverrons à sa famille convenablement dotée, soyez tranquille.

Gela ne faisait pas le compte de la marquise de Pompadour.

Sa vengeance allait lui échapper.

— Je n'ai jamais vu Votre Majesté d'une humeur aussi magnanime, dit-elle en essayant de railler.

— Vous trouvez? Bah ! quand l'innocence serait sauve ime fois, cela serait d'un bon exemple après tout. Il me plaît de laisser s'envoler une colombe de mes griffes royales.

— Maladresse !

Le roi était devenu soucieux.

Il se leva de dessus le sopha avec une certaine impatience.

— Voilà qui est étrange I murmura-t-il.

— Quoi donc, sire? demanda la marquise.

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— J'avais cru vous être agréable en renonçant à cette aventure.

— Vous l'avez été, sire ; ce procédé m'est allé jusqu'au fond du cœur, soyez-en convaincu... Mais l'intention me suffit; je vous relève de l'effet.

— Vous tenez donc à ce voyage? dit le roi,

— J'y tiens pour vous, sire, répon^Ut-elle ; vous savez que ma vie est une vie d'abnégation et de désintéressement.

— Oui, je sais, répliqua-t-il vaguement.

Puis il soupira.

— Je voulais aussi céder à un bon mouvement, dît-il; écouter une bonne pensée. Une fois n'est pas coutume. Vous n'avez pas voulu, marquise.

— Moi, sire I

— Ah ! cela vous arrivé quelquefois de vous mettre en travers de mes fantaisies débonnaires I s'écria-t-il.

M™* de Pompadour tenta de protester.

— N'eu parions plus, dit le roi en retombant dans son apathie habituelle.

Et il ajouta :

— J'ordonnerai à Lebel de tout préparer pour mon voyage à Frivolité après-demain.

 la même heure, à Paris,, se passait la scène désolante que voici :

Poudreux, défait^ revenant de Versailles, le chevaHer de Chantemesse entrait précipitamment dans la chambre d'hôtel où son frère, rempli d'anxiété, se promenait à grands pas.

Il se jetait dans ses bras en sanglotant.

— Pardonnez-moi, mon frère l s'écriait-il ; je vous ai perdu, et je me suis perdu avec vous I

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— Que voulez-vous dire, Pierre ? quel trouble est le vôtre? d'où venez-vous?

— Ne le devinez-vous pas? Je quitte la marquise de Pompadour.

— Ciel I s'écria le comte.

Et il murmura presque aussitôt avec un accent d'effroi :

— Oh I je comprends tout.

— Mais ce que vous ne savez pas, Hector, continua le chevalier, ce que vous ne pouviez savoir, c'est que je l'ai insultée de la plus sanglante façon.

— Vous, Pierre ! Est-ce possible? Un gentilhomme msulter une femme 1

• — Cette femme insultait M"* de Q'espy.

Le comte de Ghantemesse resta sOencieux pendant quelques instants.

— Je n'ai pas le droit de vous faire des re!t>roches, ditil; en me laissant passer pour vous auprès de M™* de Pompadour, j'ai été le premier imprudent. J'aurais dû prévoir ce qui est arrivé. Ah I je suis cruellement puni du seul mensonge qui soit sorti de ma bouche.

Puis, regardant fixement le chevalier :

— Vous l'avez dit : nous sommes perdus !

— Que faire?

-^ Perdus sans rémission 1 continua le comte. Abusée par moi, outragée par vous, la marquise n'est pas femme à pardonner.

— Oh! non, murmura le chevalier; mais, encore Une fois, quel parti prendre?... car il faut en prendre un... Noos devons tout attendre de sa colère.

— Pour la première fois de ma vie, je me trouve sans force et sans ressources contre le malheur.

— Mon pauvre Hector 1 dit le chevalier, sentant s'échapper ses larmes.

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— Vous êtes plus à plaindre que moi, mon frère, car vous perdez plus que moi, reprit le comte.

— Tâchons de faire un courage à nous deux.

— Soit, dit le comte; voyons, cherchons... Pour le moment, il me semble que ce que nous avons de plus pressé à faire, c'est de quitter cet hôtel où nous ne sommes pas en sûreté.

— Puir?'dit le chevalier.

— Devant un tel danger, oui.

— Où aller? Partout le bras de la marquise saura nous attemdre.

— A quoi bon l'attendre ? dit le comte ; la liberté est la moitié de l'espérance.

— Partons donc. Voici le point du jour...

Ils firent leurs préparatifs à la hâte.

Us n'étaient pas au bas de l'escalier que des coups violents ébranlaient la porte de l'hôtel.

Ils se regardèrent, et n'eurent pas le moindre doute sur ce que ce pouvait être.

C'était l'exempt Saint-Marc, avec une escouade d'archers assez nombreuse.

On retrouve un exempt Saint-Marc ou Saint-Mars dans toutes les captures importantes du xviii® siècle. Il y a des noms prédestinés.

Saint-Marc venait arrêter aujourd'hui les frères Chantemesse.

11 n'y avait pas eu de temps perdu, comme on le voit.

— Ferons-nous, résistance? demanda le chevalier à son frère. •

— Cela serait inutile, répondit celui-ci; il ne nous reste que nos existences, sachons les ménager...

La porte, rudement ébranlée une seconde fois, s'ouvrit soudainement.

LES FBÉRE8 GHANT^SfESSE

L'exempt Saint-Marc se trouva en face des deux frères.

— Au nom du roi I dit-il en étendant sur eux sa baguette.

Tous les deux s'inclinèrent sans proférer un seul mot.

Un fiacre attendait.

Saint-Marc fit signe à MM. de Chantemesse d'y monter.

Puis il y monta à son tour, accompagné d'un de ses acolytes. Excès de précaution ne nuit pas.

La petite troupe se dirigea sur Yincennes.

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