SCÈNE XI
LE COMTE, seul, puis FRANÇOIS.
LE COMTE, stupéfait.
Quelle est cette femme !—Mon cerveau est troublé.... J'ai seu trop de fatigues....trop d'émotions. . .je suis halluciné. ... je suis visionnaire.. . (lse lève et descend.) Voyons, essayons de penser un peu de sang-froid.—Il y a là quelque supercherie. .. . Mais non! une telle femme ne peut être une aventurière. ... une intrigante....cela est plus absurde à supposer que tout le reste....Muise au fait ! il n’y a de miracle que dans ma pauvre tête.... Ce prétendu rajeunissement n’est qu’une illusion de mon demi-sommeil]....elle-même me le disait. ... (François rentre.) C’est simplement une bonne vieille qui, me voyant malheureux, a eu pitié de moi, et qui essaye de me guérir en caressant ma 15 folie *.
FRANÇOIS, d'une voix mâle.—Il a vingt ans de moins. Monsieur, votre serviteur.
LE COMTE
Qu'est-ce que c'est?.. . Qui es-tu ?
a FRANÇOIS.
Je viens offrir mes remerciements à monsieur le comte. Je suis le vieux François. J'étais captif sous le même charme que ma maîtresse, et j'en ai été délivré en même temps qu'elle. J’ai encore cinquante ans, monsieur le comte ; mais quand vous
25 aurez épousé Mademoiselle, j'espère bien n’en avoir plus que
trente.
Ah çal....où diable suis-je ici? (11 s'approche) C’est bien le
* François, le tomte.
même visage... Mais ceci dépasse ma crédulité... Voyons, mon ami, tu te moques de moi; mais je te le pardonne, et je fais ( plus, je t’enrichis, si tu m'apprends sans une minute de délai le mot d’une énigme, —où mon esprit se perd, j'en conviens.
FRANÇOIS. 5 Monsieur, vous êtes trop initié aux mœurs de notre race |: pour que j'aie rien à vous apprendre. Je suis un pauvre diable k de génie subalterne, enchanté jadis par le pouvoir de Merlin aux côtés de la noble fée, ma maîtresse. Nous attendions dans cette forêt, depuis un siècle entier, la venue d’un jeune gen-10 tilhomme, assez délicat pour préférer les solides qualités de l'âme aux grâces d'une beauté périssable : voilà pourquoi je vous ai accueilli tantôt avec une joie mal dissimulée, pressen-
tant en vous un libérateur ; voilà pourquoi je viens vous offrir ii
l'hommage de ma reconnaissance, ayant compris tout à l'heure, 15 au changement agréable qui s’opérait en ma personne, que, grâce à vous, Monsieur, les temps étaient accomplis. : LE OOMTE. 2 Tu n’as rien de plus à me dire ?
FRANÇOIS. 20
Rien.
LE COMTE
Eh bien! que Merlin te vienne en aide ! car, de par le ciel ! ma patience est à bout !.... (I vunt le saisir au collet.)
FRANCOIS, lui arrétant le bras d’une puissante étreinte. 25 Silence !...écoutez !..... (L'orchestre joue en sourdine l'air de la baïlade. La porte du fond s'ouvre; une lumière éclatante remplit le salon.—Le comte se retourne.)