ÉLISA, SOPHIE
SOPHIE. Viens, c'est ici!., et nous n'avons rencontré personne heureusement.
ÉLISA. Pourquoi tant de mystère!^
SOPHIE. Si on me voyait introduire im jeune homme chez moi, on jiourrait peu«er des choses...
ELis.v. l'.l mes cITcls, mes cartons !'
sopuiii. Le coiuioryr les recevra nuand ils arriveront, je lui ai donné le mot.
ÉLISA. Sans toi, j'aurais éié foicùe de loger cm garni... et lu me rends un véritable ;e:vice on ni'olfranl rhospilalilé.
? SOPHIE. C'est bien naturel! ne sommes-no i
de Dieppe toutes les deux." et entre canuiiades
cependant, je trouve la résolution hien haidie !
ÉLISA. Que veux-Ui... je ne s;iis pas une femme cumme une autre... Je crois qiiej clais nce pour être homme !
SOPHIE. T.e fait est (jne 1« coutume de lion ne le va pas mal !
ELISA. (2e qui me va mieux encore; c'est l'indépendance!., el à Diei pe, je n'ét.iis pas libre!., mon oncle Funu)uze voulait me marier... avec qui, je n'en sais rien... mais ça ne me convenait pas, et ma foi ! j'ai pris ni'-Hi parti...
sopinzj. Tu es bien heureuse, lui, lu es riche! quinze cents livres de rentes!..
ÉLIS V. C'est modeste!., mais je suis musicienne!., je doiini'iai de» leçuiis de piaiiu!.. lu m'aideras à nouvel des élèves... et je suis venue sous l'habit masculin pour éviter les périls du voyage, et pour dépister mon oncle.
soiM!u:.Tu ne me dis pas tout! Puisque tu refuses un mari que lu ne connais pas, il faut qu'un autre lui fjsse lorl!
ELiSA. Et lu ne le trompes pas! Un artiste, un violon solo qui, l'été dernier, jouail dans les «onccrlsà Dieppe ! J'y faisais ma partie, et nous nous sommes connus. ..une liaison philharmonique!
soniu;. Sansdoule un violon distingué! Voilà ce qui t'a séduite.
.\ir : f^audeviUe de Mme Fuvarl.
Du talent telle est la puissance.
ÉLISA
Ce n'est pas par là qu'il brillait.
Intimidé par ma présence.
Chaque fois qiiil m'accompagnait, Sa main, loin de faire merveille, Tremblait de crainte ou de bonheur; Il jouail 1res faux pour l'oreille.
Mais c'était jusle pour mon cœur.
Malheureusement il est parti après la saison des bains et j'ai bien peur qu'il m'ait oubliée!
SOPHIE. A Paris on oublie si vile!... tu feras comme lui.
ÉLiSA. Je vois que tu as acquis de l'expérience... Snis-lu que lu as un logement fort gentil!... Combien de pièces:-* '
SOPHIE. Quatre!... ici ma chambre [à droile); là, celle que je le destine [à gauche).
ÉLisA. Et nous sommes au salon!... un apparlemtMii complet!
.SOPHIE. C'est le simple nécessaire!
ÉLISA. Il ne l'en fallait pas tant il y a six mois, quand lu étais demoiselle dans un magasin de nouveautés... mais tout à coup lu disparais de Dieppe, et tu me préviens par une letlre enlortiliée que tu vas l'établir!... Il faut que l'élablissemeut soit avantageux?
SOPHIE. Ma chère amie, je suis mariée ! ÉLISA. Mariée, loi ?
SOPHIE. Il faut bien faire quelque chose pour vivre. ÉLISA. Et tu ne me l'as pas ditl SOPHIE. C'est un secret !
ÉLISA. Un roman ?
SOPHIE. Non. J'ai épousé un marchand de parapluies !
ÉLISA. Ce meuble manque généralement de poésie ! SOPHIE. Il vend aussi des ombrelles.
ÉLISA. C'est mieux !
SOPHIE. Ferdinand, mon mari, est associé avec son frère... leur magasin est dans la maison voisine., tu as pu le voir !
ÉLISA. J'y ai fait peu d'attention ! Si c'eût été un bijoutier, à la bonne heure !
SOPHIE. C'est à Dieppe que Ferdinand m'a connue... au magasin ou j'étais demoiselle. .. Il m'offrit sa main, mais à la cuiulilion que not:e mariage resterait ignoré de tout le monde '.
' Sophie, Elisa.
ÉLISA. Quelqu'un pouvait donc s'y opposer ? un père, une mère, un ouile ?
SOPHIE. Non !.. rien de tout cela !
ÉLISA. Qui donc, alors ?
SOPHIE. Son frèie !.. un frère aîné qu'il craint, qu'il ropecle et qui voudrait le marier à une autre.. Ferdinand tremble devant lui, cl jusqu'à présent il n'a pas osé lui direque j'étais sa femme !
Éi.iSA. Ma chère, Ion mari n'a pas de sens.
SOPHIE. Il a le cens électoral.
ÉLISA. Et lu as pu consentir
SOPHIE. Il m'a tant suppliée !
ÉLis.A. Oh! loi, on le fait faire tout ce qu'on veut... lu as.toujours eu lecaraclère mouton!... mais à la place je forcerais bien mon mari... D'abord tu le dois, c'est un devoir !
SOPHIE. C'est vrai !.. Si tu savais ce que j'ai eu à souffrir !
ÉLISA. Je m'en doute ! et je te conseille d'exiger dès aujourd'hui...
SOPHIE. Tu as raison ! j'ai été trop faible, il faut que ça finisse !
ÉLISA. J'en parlerai à ton mari !.. Est-il gentil? est-il jeune ?
SOPHIE. Pas trop !
ÉLISA. C'est-à-dire pas assez !
SOPHIE. Mais une maison fort achalandée !.. Les frères Dondaine sont très connus !
ÉLis.\. Dondaine ?.. lu dis Dondaine ?.. mais c'est bien ce nom-là que mon oncle voulait me faire épouser !
SOPHIE. Un Dondaine !... sans doute Joachim, le frère de Ferdinand.
ÉLISA. Alors, ne me nomme pas!., ne dis rien à Ion mari, et si je puis même éviter ses regards pendant deux ou trois jours !
SOPHIE. C'est facile, voilà ta chambre!., avec un autre escalier, personne n'y entre jamais que moi... lu pourras choisir, parmi mes robes, mes chiffons, en attendant les tiens !
Air: De VoUaire chez jYinon.
Car j'en ai plus que je ne veux, .Mon mari, je ne puis le taire, Sur ce point comble tous mes vœux.
ÉLISA
C'est une indemnité, ma chère, Je suis loin de la mépriser.
Pourtant c'est trop peu, je suppose; Dès qu'il faut nous indemniser.
C'est qu'il nous manque quelque chose. SOPHIE. On monte l'escalier!... C'est lui sans doute!..
ÉLISA. Au revoir, j'entre dans mon asile.