SCENE 1. S
il qui voudrait le marier à une aulro... Ferdinand trcnililc devant lui, et jusqu'à présent il n'ii pas osé lui dire que j'étais sa femme!
ÉLISA
Ma chère, ton mari n'a pas de sens.
SOPHIE
Il a le cens électoral.
ÉLlSA.
Et tu as pu consentir?
SOPHIE
Il m'a tant suppliée !
ÉLISA
Oh! toi, on le fait faire tout ce qu'on veut... tu as toujours eu le caractère mouton !... mais à ta place, je lorcerais bien mon mari... D'abord, tu le dois, c'est un devoir !
SOPHIE
(l'est vrai !... Si lu savais ce que j'ai eu à souffrir !
ÉLISA
Je m'en doute! et je le conseille d'exiger dès aujourd'hui...
soriiiE.
Tu as raison ! j'ai été trop faible, il faut que ça finisse!
J'en parlerai à ton mari !...Esl-il gentil? est-il jeune?
sopniE.
Pas trop !
ÉLISA
C'est-à-dire pas assez!
SOPHIE
Mais une maison fort achalandée !... Les frères Dondaine sont très-connus!
10 SCtNE II.
ÉLISA
Dondaine?... tu dis Dondaine?.,. mais c'est bien ce nom-là que mon oncle voulait me faire épouser !
SOPHIE
Un Dondaine !... sans doulc Joachim, le frère do Ferdinand.
ÉLJSA.
Alors, ne me nomme pas !... ne dis rien à ton mari, et si je puis même éviter ses regards pendant deux ou trois jours !
SOPHIE
C'est facile, voilà ta chambre !... avec un autre escalier, personne n'j' entre jamais que moi... tu pourras choisir, parmi mes robes, mes chiffons, en attendant les tiens !
Aia de VoUaire chez Ninon.
Car j'en ai plus que je ne veux; Mon mari, je ne puis le taire, Sur ce point comble tous mes vœux.
C'est une indemnité, ma chère, Je suis loin de la mépriser.
Pourtant c'est trop peu, je suppose; Dès qu'il faut nous iniiemniser, C'est qu'il nous manque quelque chose.
SOPHIE
On monte l'escalier!... C'est lui sans doute!...
ÉLISA
Au revoir, j'entre dans mon asile.
scsNi: II.
FERDI^AN'D, SOPHIE.
FEBDiNAND, cntr'md'mut la jwrie.
C'est moi, bonne amie!
SCliNE II. il
SOPHIE
Ah! TOUS voilà, monsieur?
FERDINAND
Monsieur !... le terme est froid !... Pourquoi no m'iippelles-tu pas Ferdinand?
SOPHIE
Qu'est-ce que vous venez faire ici?... votre frère n'aurait qu'à vous voir, vous seriez grondé!
FERDINAND
Mon frère est sorti, et je me suis échappé du magasin pour venir le dérober une faveur!
SOPHIE
Vous ne me déroberez rien !
Un baiser! un petit baiser!
SOPHIE
Ne comptez pas là-dessus !
FERDINAND
Tu repousses ton petit mari?
SOPHIE
C'est ça! vous êtes mon mari quand nous sommes seuls, et en face du monde vous me reniez pour votre femme. Ferdinand,
Je ne te renie pas... oh ! Dieu ! mais je dissimule nos liens... et tu connais mes motifs !
SOPHIE
Votre frère, n'est-ce pas?
FERDINAND
Oui, Joachim, mon grand frère ! il destinait ma main à une autre, et il ne me pardonmrait de sa vie ! SOPHIE.
De quoi se méle-t-il?... Est-ce que ça le regarde?
li SCENE II.
FERDINAND
Ecoute donc, il est mon aîné.,, il a quarante ans!
SOPHIE
Eh liicn! et vous?
FERDINAND
Moi, je n'en ai que trente-huit!
La belle différence !
FERDINAND
C'est lui qui me corrigeait quand j'étais petit!... aussi, je le vénère... c'est un homme qui a tant de moyens !
SOPHIE
Lui !... je le trouve très-bête!
FERDINAND
Bête! mon frère Joachim!... il est plein d'esprit!.., il aurait pu inventer les chemins de fer, si l'idée lui en était venue !
SOPHIE
Tenez, vous êtes d'une faiblesse qui n'apasdenom... et c'est moi qui en souffre... on me jette la pierre, je passe pour une... oh! j'en rougis... j'en baisse les j'eux!
FERDINAND
Tu les baisses, mais tuas le droit de les relever... Voilà ! tu en as le droit !
SOPHIE
Je ne veux plus rester comme ça, c'est impossible ! et j'exige que vous lui déclariez notre mariage aujourd'hui même!
FERDINAND
Sopilic, on t'a monté la tête !
SCEJNE II. 15
Ofi se lasse à lu fin ! et si vous ne lailes pas ce que je vous demande... c'est que vous ne m'avez jamais aimée !
FERDINAND
Moi , ne pas t'aimer! mais je suis fou de toi , je suis idiot de toi... je n'ai de plaisir qu'à te voir.
SOPHIE
Oh!
FERDINAND
Et à faire ma partie de dominos, le soir, au café Vachette !
SOPHIE
Vous vous amusez, vous?
FERDINAND
Pas beaucoup !... j'ai toujours le double six !
SOPHIE
Au surplus , si vous me refusez , c'est moi qui dirai tout à votre frère.
FERDINAND
Je ne te demande plus que huit jours !
SOPHIE
Je vous donne deux heures !
FERDINAND
Laisse-moi du moins préparercette péripétie !... Va, je serai fier de te proclamer mon épouse... et je te proclamerai !
SOPHIE
Quand ça ?
FERDINAND
Trcs-incessamment !
SOPHIE
Aujourd'hui ?
U SCENE i!.
FERDINAND
Je ferai en sorte !
SOPHIE
Jurez-le moi !
FEUDiNAND.
Je ferai en sorte !
SOPHIE
Prenez garde, Ferdinand, si vous me trompez, je suis capable des choses les plus répréhensibles !
FERDINAND
On t'a monté la tête!
SOPHIE
Enfin, tenez-vous pour averti.
Air :
Non, plus de mystère.
FERDINAND
Je cède à tes vœux,
Pour le plaire, Car tu me fais, faire Tout ce que lu veux.
Chez nous c'est l'usage, Mais pour me donner du courage, 11 me faut un gage El je le prendrai.
(Il l'embrasse.)
ENSEMBLE
Ah! ah! ah! ah! ah ! ah !
SOPHIE
A voire promesse Ne manquez jamaif Par faiblesse, (1)S. F.
Ah!.
SCtiNE III.
Ou, je le confesse, Jft me vengerais.
Craignez ma colère.
FERDINAND
Mais pour le venger, ma chère.
Que pourrais-lu faire ?
SOPHIE
On vous l'apprendra.
FERDINAND, par^é.
ENSEMBLE
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! ah .'