C.-H. Laverdière. 2c édition, vol. iv. p
les Algonquins et les Montagnais, et son influence s'étendait toujours. La colonie de Québec était destinée à propager encore et à maintenir haut et ferme le bon renom de la France. Alors Champlain estima que le temps était venu de compléter son entreprise en faisant l'œuvre de Dieu, en procurant des missionnaires à la Nouvelle-France. Il y pensait depuis longtemps et il dit lui-même qu'il se serait fait un reproche de ne pas s'en occuper. Mais les obstacles étaient grands. Les marchands qui trafiquaient au Canada comptaient parmi leurs membres des huguenots ou protestants, Ce mélange, en ces temps où les guerres de religion avaient jeté l'effervescence dans les esprits, et suscité dans la Mère-Patrie la fameuse ligue qui empêcha Henri IV protestant de monter sur le trône de France, ce mélange, autorisé, pour ne pas dire favorisé par le même Henri IV devenu catholique, eut des conséquences désastreuses pour les établissements français de l'Acadie et du Canada. La situation avait un peu changé en 1614, quand le fondateur de Québec résolut d'envoyer des
missionnaires dans la colonie. Louis XIII régnait ; Champlain, lui-même, avait alors plus d'influence et son pouvoir était plus grand, car le Prince de Condé venait d'être nommé viceroi de la Xouvelle-France et il l'avait choisi pour son lieutenant. D'ailleurs pour arriver à ses Ans, le vaillant soldat de Dieu et de la France déploya une grande activité, fit preuve d'une habileté remarquable et d'une persévérance peu ordinaire. Il convainquit les marchands qu'une société rendrait leur commerce au Canada et plus sûr et plus avantageux. La société fut fondée, et si elle fut loin d'être parfaite, elle eut ceci de bon, qu'elle s'engagea enfin a nourrir et à passer tous les ans six missionnaires dans la colonie naissante.
Cela fait, Champlain se mit à la recherche de religieux (( qui eussent le zèle et affection à la gloire de Dieu, pour les persuader d'envoyer ou se transporter dans ce pays et essayer d'y planter la croix ou du moins y faire ce qu'y serait possible selon leur vocation » (l). Il con-
(i) Champlain. — Œuvres, éd. déjà citée, p.
sulta les personnes qu'il estima être capables de l'aider, en particulier (( le sieur Houel, secrétaire du roi et contrôleur général des Salines de Brouage, homme d'honneur, pieux, zélé pour les œuvres religieuses et bien connu par le fondateur de Québec. Ce distingué personnage lui dit qu'il connaissait de bons Pères religieux de l'Ordre des Récollets avec qui il était familier, qui condescendraient aisément à entreprendre le voyage du Canada )) (l). Les Récollets ainsi recommandés étaient ceux de la Province de l'Immaculée Conception en Aquitaine. Champlain et son conseiller s'adressèrent au P. Provincial de cette Province, le P. Bernard du Verger, <( religieux d'une grande vertu et d'un vrai talent, puissant en œuvres et en paroles ; ce saint homme reçut avec d'autant plus de joye cette proposition, qu'il était tout de feu et de zèle pour procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes» (2). Mais cet
(i) Champlain. — N.-E. Dionne, p. 345.
(2) Leclercq. — Premier établissement de la foi en la Nouvelle-France. — v. 1, p. 31. Paris, iôçr.
ardent ouvrier du Seigneur se heurta à des difficultés qui firent échouer Fentreprise. En 1619 les Récollets d'Aquitaine seront plus heureux et iront évangéliser l'Acadie.
Champlain ne perdit pas de temps et s'adressa encore aux Récollets, à ceux de la Province de St-Denis ou de Paris. La réunion des Etats-généraux du royaume avait attiré dans cette ville un grand nombre de prélats, cardinaux, archevêques et évêques. Il leur fit connaître son projet en sollicitant leur approbation. Tous donnèrent leur appui et lui remirent quinze cents livres pour se procurer des chapelles portatives, des ornements d'église et autres choses nécessaires à la mission. Par ailleurs, la Province de St-Denis agréa la demande et Champlain eut la joie de voir quatre Récollets s'embarquer au printemps de 161 5 pour la Nouvelle-France. Mais avant de les suivre dans leur long voyage, demandons-nous ce qu'étaient les Récollets.
Saint François d'Assise, de Fra Angelico