‹ Les Frères-Mineurs Capucins 1923Chapitre 3 sur 13 · PRÉFACE DE GEORGES GOYAU · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE GEORGES GOYAU

Mon Révérend Père,

La série de vos “‘Frères-Mineurs Capucins’’ illustrera certaines pages trop peu connues de notre histoire religieuse. Vous vous étonnez du silence de Rohrbacher au sujet de l’œuvre accomplie par les Capucins; c’est un silence qui a cessé de faire école, et qui n’est plus permis, d’ailleurs, depuis les savantes publications du P. Ubald d’Alençcon. Les livres de M. Henri Brémond sur l’Histoire du sentiment religieux ont jeté beaucoup d'éclat sur votre bure: votre Père Yves de Paris s’y dresse, au milieu du dix-septième siècle, comme un précurseur de notre catholicisme social; et la magnifique efflorescence mystique de l’époque d'Henri IV ramène sans cesse les lecteurs de M. Brémond vers votre couvent de la rue Saint-Honoré.

Dans ce couvent, dont Henri IV savaït le chemin, vos Pères tenaient école de perfection. Le P. Benoît de Canfeld, émigré d'Angleterre, était un illustre éveilleur d’âmes parisiennes; dans: sa Règle de Perfection, il savait faire mourir tout ce qui les empêchait de vivre; c’est par l’élan de sa métaphysique qu'il les fai-

IV Les FRÈRES-MiNeurs CAPUCINS

sait monter, très haut, dans les voies de l’amour. Dans sa cellule se préparait la vocation de Mme Acarie, future fondatrice du Carmel, et la réforme des Bénédictines de Montmartre par Marie de Beauvilliers, réforme dont beaucoup d’abbayes féminines allaient adopter l'esprit. Une des cellules voisines abritait un ancien maréchal de France, qui déjà avait été Capucin, et puis s’en était allé, pour la Ligue, gouverner le Languedoc: ayant repris le froc, il était, sous le nom de P. Ange, le plus pétulant, le plus passionné des prédicateurs; le monde l’avait connu sous le nom d'Henri de Joyeuse, et son biographe devait l’appeler, pieusement, le ‘‘courtisan prédestiné.”’ Ce Père Athanase, qui s’occupait des filles perdues, était un Molé, frère du procureur général; ce Père . Honoré, dont le confessionnal était assiégé, était un Bochart de Champigny, fils du conseiller d'Etat; ils avaient, à l’honneur du monde, préféré la bure. Et ce n'étaient pas des hypocondres, des déçus, des découragés; ils remuaient, se répandaient; au chevet désert des pestiférés, toujours des Capucins surgissaient.

Voilà l’un des multiples tableaux que les opuscules que vous projetez mettront enfin sous les regards d’un vaste public. Ils justifieront l'hommage que rendait à vos Pères, dès 1585, le légat Gaetani, écrivant à Sixte-Quint que la conservation de la religion catholique en France était due aux Jésuites et aux Capucins.

Et, d’étape en étape, lorsque vous arriverez à la fin du dixhuitième siècle, vous aurez la joie, mon Révérend Père, de constater avec l’historien du clergé de France sous la Révolution, M. l’abbé Sicard, que ‘‘les Capucins, jusqu'à la fin de l’ancien régime, furent de ceux qui avaient le mieux conservé les vertus monastiques, le mieux résisté au relâchement, et qu’à la différence de beaucoup d’autres religieux qui profitèrent des décrets de la Constituante pour oublier leurs vœux, très nombreux furent les Capucins qui voulurent rester Capucins.

Mais vous nous montrerez aussi la place qu’a tenue votre Ordre dans l’histoire de la ‘‘plus grande France.” ‘‘O saint François, s’écriait en 1636 Urbain VIII, tu voulus aller en personne au milieu des Mahométans, afin de les amener à la foi; mais je vois que cette gloire était réservée à tes fils les Capucins!’”’ Vous nous

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