PRÉFACE V
direz comment vos Pères, par l’apostolat, auquel le P. Joseph donna l’élan, servirent en Orient le nom de la France. Ils le servirent si glorieusement que lorsque les agents du Directoire, lorsque les agents du Consulat, voudront, en Orient, prévenir toute solution de continuité entre la France d’hier et la France de demain, c’est aux Capucins qu'ils s’adresseront... Oui, aux Capucins, en pleine époque révolutionnaire. Votre P. Hubert, préfet apostolique des Capucins de Grèce, est en rapports suivis, en 1796, avec l’agent du Directoire à Constantinople, Hubert Dubayet, et tous deux s'entendent pour que les églises chrétiennes du Levant soient sous la protection de nos trois couleurs, comme naguère des fleurs de lis. Et le P. Hilaire de Barenton publiait naguère une bien eurieuse lettre de Ruffin, notre chargé d’affaires en ces parages, écrivant en 1802 au préfet de la Propagande qu'il le suppliait d’envoyer en Grèce un renfort de Capucins. Le Directoire, quelque anti-religieux qu'il fut, et puis le Consulat, aimaient et ‘souhaïtaient, pour la France du Levant, la collaboration capucine.
” Voilà que tout doucement, à la regarder de près, l’histoire de votre Ordre s’insère dans l’histoire même de la grandeur française.
Soyez donc remercié, mon Révérend Père, pour les innombrables perspectives que vous allez nous ouvrir, et veuillez agréer l’hommage de mon profond respect.
GEORGES GOYAU, de l’Académie française.
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LETTRE DE LouIs DEDOUVRES.
Chanoine honoraire d'Angers, docteur ès-lettres, doyen de la Faculté des Lettres de l’Ouest.
Mon Révérend Père,
Un des historiens les plus considérables de notre temps m’écrivait naguère: ‘‘Quand donc enfin les Capucins cesseront-ïls de vouloir pratiquer l’humilité jusqu’après leur mort? Tous les Ordres ne poussent pas cette vertu aussi loin. Pourquoi les Capucins ne laissent-ils pas, ne font-ils pas passer à la postérité les .gloires éclatantes de leur grande famille?’ Comme mon correspondant, vous avez, mon Père, jugé excessive la discrétion que l’on met chez vous à célébrer les vertus et les mérites de vos admirables religieux, et c’est pour tempérer cette modestie trop habituelle que vous avez publié vos Frères-Mineurs C'apucins, une brochure de soixantehuit pages et que l’on voudrait plus longue, mais qui, même réduite à ces limites étroites, n’en sera pas moins, selon vos désirs tout apostoliques, ‘‘un flambeau de lumière et de flamme.’ Elle vous vaudra, je n’en puis douter, la haute appréciation de M. Gabriel Hanotaux.
Oserai-je vous féliciter moi-même? Vraïment, je crois en avoir le droit. Depuis trente-quatre ans, j’emploie à préparer et à écrire la Vie du P. Joseph de Paris tous les loisirs que me laissent mes fonctions de professeur de Littérature Latine, et depuis trentequatre ans, je puis, à la suite du P:. Joseph, pénétrer de plus en plus dans la familiarité, presque dans l’intimité de ceux de ses
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LETTRE DE Louis DEDOUVRES | VII
frères en religion qui s'appellent Benoît de Canfeld, Honoré de Paris, Ange de Joyeuse, Jérôme de Narni, Pierre d'Alençon, Yves de Paris. Assurément, ces personnages sont loin d’être inconnus. Mais qui donc a jusqu'ici publié toutes leurs œuvres? Et à côté de ces religieux célèbres, combien d’autres en trouve-t-on, dont le nom est à peine connu du public instruit, et qui pourtant ne leur ont été bien inférieurs ni dans la vie contemplative, ni dans la vie active? Cependant, les uns comme les autres attendent toujours leurs dignes hagiographes. Mon Père, de ces futurs hagiographes si désirables, votre brochure lumineuse et enflammée excitera les désirs, soutiendra les efforts, avivera le zèle.
Mon Père, vous me rendrez, à moi, un autre service, dont je veux vous remercier à l’avance. Vous aurez présenté mon héros à mes lecteurs; ce que nous ne pouvions bien faire, ni moi, ni lui. Car le P. Joseph n’est pas seulement un méconnu, c’est un calomnié. Sur sa mémoire pèse toujours une odieuse légende, dont rien encore n’a pu le déranger, pas même son beau surnom d’Eminence Grise. L'histoire, si elle n’est pas allée, comme le roman, jusqu’à faire du P. Joseph un criminel, presque un monstre, l’histoire ellemême ne nous l’a-t-elle pas présenté trop souvent comme un dévoyé? ‘‘Pseudomonachus!”” écrivait de lui en 1637 un religieux politique, qu’il avait, il est vrai, combattu à la cour de Louis XIII. ‘‘Pseudomonachus: sous cette désignation, il n’est pas difficile de reconnaître le P. Joseph, Capucin,”” écrivait en 1861 un autre religieux, qui n’avait point assez oublié Alfred de Vigny, ni
son roman prétendu historique de Cing-Mars. Pour le P. Nicolas Caussin et pour le P. Charles Daniel, le P. Joseph était un faux moine, il était le faux moine. Hélas! et pour combien d’autres écrivains des trois derniers siècles! Aujourd’hui même, si, dans le P. Joseph, le politique vient d’être mis en belle lumière, le religieux est à peine sorti de la pénombre. Le placer lui aussi en tout son jour, tel a été précisément le but de mon étude historique. Mais de vouloir renverser une légende trois fois séculaire, c’était une entreprise extrêmement laborieuse. J’y donnai tous mes soins à Paris, à Rome, à Angers. Ai-je atteint pleinement mon but? Je n’aurai l’outrecuidance ni de l’affirmer, ni même de le penser. Il est sûr pourtant qu’au cours de mes multiples et persévérantes
VIIX Les FRÈRES-MiINEURS CAPUCINS
investigations j’ai vu s’évanouir graduellement devant moi tout le légendaire pseudomonachus, et que j’ai bien cru maintes fois
entrevoir à sa place le Capucin idéal. Mais cela, comment oser le dire au public? Comment surtout espérer le lui faire admettre?
Le public, grandement étonné, n'’allait-il point, assez naturellement du reste, crier au parti pris, à l’invraisemblance, et renvoyer l’auteur à ses admirations personnelles? Alors l’œuvre si chère serait non avenue! N |
J’en étais là de mes craintes et de mes inquiétudes, quand naguère — y a-t-il trois mois? — la bonne Providence vous conduisit, mon Père, à l’Université d'Angers. LA, vous saviez qu'il y
L2 L2 A 4 avait un ami fervent du P. Joseph, pour lequel, vous-même, depuis :
longtemps, m’avez-vous dit, éprouviez une particulière sympathie. Vous trouveriez donc à qui communiquer vos vues sur lui, votre enthousiasme pour lui. Entre nous, vous vous le rappelez, mon Père, l’accord fut prompt et parfait. Quelle joie alors vous avez “mise en mon âme! Il y avait done quelqu'un qui, sur le P. Joseph, pensait autant de bien que moi! et qui venait d’écrire ce qu’il pensait ! et qui allait le vulgariser dans une brochure à grand tirage! Cette brochure aurait pour titre Frères-Mineurs Capucins, et dans cette brochure des Frères-Mineurs Capucins, on lirait que ‘le P. Joseph, théologien, philosophe, linguiste, poète, historien, publiciste, prédicateur, ascète, fondateur, diplomate, homme d'Etat, grand religieux et grand Français, semble bien, dans une synthèse unique, réunir toutes les gloires de ses frères les C'apucins de France!”
Cela n’avait jamais été dit. Mais cela ne dépassait pas ma propre pensée. Je ne pouvais donc désirer une plus juste épigraphe. Ce suprême éloge de mon héros serait par moi transerit, sous votre nom, mon Père, en tête de mon livre, et mes lecteurs, entrainés par votre irrésistible appel, ne pourraient plus manquer de lire jusqu’au bout les trois gros volumes de ma Vie du P. Joseph de Paris (1).
Louis DEDOUVRES.
En la fête des Stigmates de saint François.
(1) Deux volumes sur ‘‘le Capucin,’’ un volume sur ‘‘le Fondateur du Calvaire,’” et plus tard un quatrième volume sur ‘‘le Politique.’?
Re. 7 CL te à
D AVANT PROPOS st
Cette brochure sur les Frères-Mineurs Capucins ne comprend que trois chapitres: 1° leur famalle; 2° Aperçu général; 3° Les Frères-Mineurs Capucins au Canada. S1 modeste qu’elle soit, elle n’en a pas moins l’ambition d’être un flambeau de lumière et de flamme.
De lumière, pour dissiper les ténèbres de l’ignorance et rendre le lustre qui leur revient, aux fils de François d’Assise et spécialement aux Mineurs Capuecins.
De flamme, pour embraser les cœurs du feu que Jésus est venu apporter sur la terre, et susciter des disciples et des apôtres de son Evangile.
Puisse-t-elle continuer la mission de François d’Assise !
‘Le monde se refroidit, vous voulez, ô Dieu, enflammer nos cœurs, et vous renovez les sacrés stigmates de Jésus votre Fils dans la chair de votre serviteur le
: Bx Francois.” (Oraïson de la Fête des Stigmates.)
C’est le vœu plein de confiance que dépose dans le Sacré-Cœur de Jésus par Marie Immaculée, $S. Joseph et le Séraphique Père S. François, l’humble auteur de cés lignes.
FR. EUGENE, de Saint-Chamond.
O. M. Cap.
Fils de François et de la Sainte Eglise Romaine, nous déclarons nous soumettre entièrement au décret d'Urbain VIII et ne vouloir en rien prévenir les déeisions de l’Autorité Pontificale.
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