‹ Les frères PéreireChapitre 3 sur 10 · IZ0T · texte numérisé non relu

IZ0T

en allérant le caràct^e de nos anciuiMM!

juridictions dans TEmpire Ottoann, mnà, ^myerl les écluses au torrent des dilBcniiés qui, depuis, ont si sauvent surgi star ce terrain.

Il faudrait un mémoire spécial pour fure comprendre an puldic à quel pomt ces iinovations malheureuses ont redoublé les ténèbres de la diplomatie européenne, laissé de place à rintrigue, à la yiolence, à rnttqnilé, et préparé lentement, sûrement, les conflits qui nous coûtent si cher aujourd'hui, conflits dont la guerre localisée et le traité de Paris n'ont malheureusement pas fermé la série.

Il y a des situations capables de déTorer des générations entières, jusqu'à ce qu'il naisse une génération assez courageuse pour en finir.

Pour expliquer ces déplorad»les précédents, il faudrait citer TÉgypte, la Syrie, tes principautés du Danube, la Servie, Tunis, Alger, le Maroc, tous les points où les puissances occidentales ont rivalisé d'injostiee, de perfidie et d'aveuglement.

Et s'il fallait pénétrer dans* le détail dft

v. Guizor 9d

eonaéqoe&eés d^e i^reilte polHkm^, s'il îstiOaH iedierclMr ism les i^c^dcnits un mîBîstéc» 4as Afkms élrangièpes de PftrWi 1$ part de tte|K)B8ahilité qsi loi revient, on se heùrlerait à dss-faits comme ceux damariage de M** d'Asdi, de VéTjisi<m de rayâBlorier Piodiet, 4e TaflEaire da ïanisien Ben Ayet, et de dnqiiante autres ayeatores dignes de figurer dans les pages les plus romanesgaes de CdlrBloi.

Tons ces précédeate détestables^ M. Gvizot les a développés. Il les a poussés à leur extrême puissance délétère.

M. de Sacy , rédacteur du JmméldêiBéUÊU, disaft à MM. Lallerstedl et Elias RegaaoM, à pro^s de la question Scandinave : « Il y a des questions que nous ne voulons pas oen* naître. »

U Y eut des affaires que M. Gniatft ne voulut pas savoir.

Le premier trompait ses d^ms^gnis^abonnem pour coimaitre toutes les queslkms; le second trompait son pays, foi n'emploid d^ nûmatres qne pour fa'ils veiUrà4 à mai» les aSsires.

30 M. GOIZOT

Uespace nous manque^ ponr dresser ici le bilan de M. Gûizot en matière de politique extérieure. Qu'il nous suffise d'ajouter qoe sous son administration, — c'est un fait connu de l'Europe entière, — le pavillon français a été tenu plus bas qu'à aucune autreépoqoe de notre histoire. Le pays n'a pas oublié la discussion sur le droit de visite, ni les afliaûres de Taïti. Le seul nom de Pritchard éveille à lui seul un souvenir qui fait monter le rouge au front du dernier des prolétaires français. Ces hontes furent le prix de la paix.

L'existence politique de M. Guizot» pendant les sept dernières années de la monarchie de Juillet, fut comprise entre ces deux pôles : le cabinet de M. Génie et le boudoir de madame de Liéven.

Le cabinet de M. Génie, c'était le pôle arctique de la politique de M. Guizot, c'est-à-dire le pôle prindinl le plus voism de nos contrées: il représentait Y intérieur.

Le boudoir de madame de Liéven, c'était le pôle antarctique, les choses lointaines, imperceptibles, c'est-à-dire les choses qu'on ne voulait pas voir, la négative, Yextérimr.

Sur le cercle du premier s^accomplîssaiënt les marchés électoraux, la foire aux consciences, rélaboration de la matière électorale pour la formation des majorités parlementaires.

Sur le cercle du second s'ourdissaient les transactions honteuses, les dénis de justice, les lâches abandons, et quelquefois même les pins coupables complicités.

Rien n'est plus pénible que de prendre vis-à-vis d'une femme, quelle qu'elle soit, un autre ton que celui du respect ou de la galanterie. C'est pourquoi les femmes ne devraient jamais se rencontrer sur le terrain de la politique, où le langage des affaires ne permet pas de farder la vérité.

Peut-être essaierons-nous un jour d'expliquer l'indéfinissable existence politique de madame de Liéven àParis et àLondres, peutêtre exposerons-nous quelques-unes des affaires où elle a été plus particulièrement mêlée; mais, dans le cas où nous reculerions devant les ennuis de cette tâche délicate, un . mot sur cette princesse est ici nécessaire:

32 n, GUIZOT

Pai* ses anciennes relations avec Ton des Estherbazy et lord Palmerston, par son origine russe, par le earaetère douteux de son rôle, madione de Liéyen avait dans le monde politique une physionomie internationale très-miurquée. Un ministre des affaires étrangères de France, loin de rechercher sa compagnie, devait fuir le boudoir de cette princesse, comme le sage Renaud fuyait les jardins d'Armide.

Les ambassadeurs de Pétersbourg, euxmêmes, ont plus d'une fois exprimé en termes très-vifs leur pensée sur madame de Liéven dont le rôle non officiel embarrassait Faction régulière de l'ambassade russe. L*an d'eux demanda même, dans un salon de Paris, au préfet de police Carlier, quand il les débarrasserait de la présence de celte princesse.

Malgré tant de graves motifs qui devaient empêcher M. GuiEot de compromeltre ses earaetère de ministre des Aifaires étrangèies dans un pareil milieu, madame de. liévoi n'en devint pas moins, selon rexpreaeiûB

M. GUIZOT .âa

de la pripcesse flémentine :ïa gt^ai^amie de M. GuJzotO).

. Le Toi manifesta devant témoins le mécontemement qae lai inspirait cette, amitié {$).

La France entière fat bientôt dans la confidence d'an sentiment qoi prit on caractère politiqoe.

Cestàce titre seal qae noas en avons parlé.

Il eut pour conséquence ane sorte de complicité qui toorna entièrement au profit de la Bassie.

Remuer la boue, c'est provoquer des émanations fétides. Nous n'entrerons donc pas dans les détails de ces complicités. Le publîciste, comme le général d*armée, doit tonjours d'ailleurs garder sa réserve pour les cas difficiles. 11 y a, nous le croyons, une grande force. à dire moins qu'on ne sait.

Telle est notre invariable méthode.

Pour résumer en quelques mots le rôle de M. Guizot dans la politique extérieure de la France, il suifira d'ajouter qu'il poussa la

. (1) Aéeue réiro8p0cHve de 1 848.

(2) Voir notre. Porjrait (jlu roi Louis^phiiippei

U U. GCIZOT

âéfeetioià jusqa*À faire douter qu'il y eùi encore un pavillon français et une armée française. Pendant les années de ce long ministère, grâce au système de M. Guiiot, grâce à sa liaison arec madame de liéven, FEmpereur Nicolas prépara sa route vers Constantinople, le vrai chemin de Paris dans ia pensée de la diplomatie russe. Il accumuia,sur le ministèredes Affaûresétrangères, ces antéc^ents qui créent au gouvememeiit actuel, qui n'en fut pas complice, tous les -embarras contre lesquels il lutte sans peutêtre se les bien expliquer (f ).

Telle fut rinfluence de M. Guizot â rintérieur et à Textérlettr.

U y a en Evyrope des princeset des ministres qui gouvernent les armes à la maia, avec une soldatesque étrangère, comme des voleurs de grand chemin.

(l) Ce gouvernemeût a couru au plus pressé, n a releTé le pavillon; mais les embarras, les affaires, restent II faudra, pour en sortir, unevalUante ré> solution de liquider ce détestable passé el d'entrer résolument dans une poUtiqae nouTelie.

M. Goizot avait» ky^ gouverné sabrepticement, commd un homme qui tricbe au jeu-

Maig si le matérialisme gouvernemental qui s'exeree par le despotisme, entretient dans les peuples je ne sais quel patriotisme bas et féroce qui, avec les 2^paren€es de la soumission, rêve le meurtre et la trahison , qtûj à force de songer à la mort du tyran; l'attire, en quelque sorte, vers la tombe par la succion de son désir, l'autre matérialisme n'est pas moins désastreux. Malheur à qui ose l'expérhnenter'sur le corps de la France, mMe corps de nation si vital, si robuste à la fatigue politique I

Bientôt apparurent les hideux diagnostics de la maladie secrète du système: assassinat, viol, attentat aux mœurs, concussion, escroquerie, tout éclata enmème temps.— Dans le peuple?— Non pas I le peuple, grâce à Dieu, avait vécu en ^hors de son gouvernement ; mais chez les ministres, les pairs, les prêtres, les aides de camp du roi.

Et un beau matm, le corps robuste et joyeux de la France, rendit, en un hoquet>

^B^ M. GUIZQT

ce poison, d'un genre particolier dont depuis dix-hujt aQs il é.UU tporpentô.

La Révolution de Février surprit autant M. Guizot qu'elle étonna Je roi. Le. ministre, a'ayant vu que des corrompus, croyait U nation pourrie. II savait mieux que personne le vide immense que recelaient les grands mots dç l'opposition, Il savait sa Umidité mêlée d'iasoîence.et.la croyait làcbe.. Toujours il oul)lialt lo peuple. Il avait vécu dans un rêve,dans un système, dans une abstracr ,tion.

Cependant la haine avait grandi autour de lui. On re;xécrait, comme on avait, dix-huit ans auparavant, exécré Polignac et Peyronnet. £t peut-être n'était-il pas moins haï au château que dans la rue. La reine Marie- Amélie redoutait cette impopularité qui discréditaiit la monarchie. Les princes et les princesses le surnommaient le cuislre^ ce président du conseil qui apportait dans les affaires quelque chose dun régent de collège.

/. Paris tout entier, où plutôt la France en« ^ère, se mi> à crier.: « A .hà^ Goiaot 1 » El

tf. GOftOf ^7^

Vienne, (îtielqués jours plus tard', répondait' par le cri : « A bas Méttérnich I »

M\. Duchâiel donna sa démission. M. GaizoVtàt appelé dans le cabinet du roi. Il en sortit sans portefeuille. La chambre, quMl venait d'insulter de ses airs les plus étonnantis, accueillit sa rentrée et la nouvelle de sa chute avec des applaudissements cyni-' ques.

Il retourna le soir au château, après le massacre du boulevart des Capucines. Son aspect y causait une déplaisance facile à concevoir. Il le comprit et s'éloigna. Avant de se retirer, il conseilla au vieux roi de donner au maréchal Bugeaud le commandement de la force armée.

Lorsqu'il sortît, la nuit était noire. Des balles sifflaient dans la rue de Rivoli. Il dut se retirer à TÉtat^Major.

Il se réfugia ensuite chez M"" de Mirbel où il demeura caché pendant plusieurs jours et partit plus tard, sôus un déguisement, pour l'Angleterre.

Nous avons vu de quelle activité littéraire et politique ont fait preuve, depuis 4848, la

aa^ m. cvfzoï'

plupart des hommes d'État de lamonarcUe de Juillet. L'encre Iob étooflfô. Après arolr tau parlé, tant écrit depuis quarante ans, que peuvent-ils avoir de nouveau el d'intéressant à dire ? Nul ue le pourrait expliquer.

Le besoin de ^rvivre à leur ^hute nous a valu quelques beaux ouvrages de idus, à ne les considérer que par le talent de leurs auteurs. Mais les doctrines, le système el la morale de ces hommes n*ont pas cbaagé.

La plupart des actews de raneieBuee»médii de quinze ans ont préparé, dès le lende* main de Février, le scénario d'une noureUe comédie qui, le cas échéant, n'aurait pas ua dénouement plus gai que la monarchie de Juillet.

M. Guizot donna le premier l'idée de la pièce dans un livre intitulé : De la Démperalie en France, Ce livre contenail le germe de la fusion. Ce fut un coup de filet jeté an milieu de ce qu'on nommait alors le fnmi parti de Vordre et qui n'était qne la eoalitiOD des partis monarchistes contre la R^blique.

Un Journal, VAêeemUée nationaU^ defint

x. Gcizor 39

l'organe de cette alliance projetée entfe ki branche aînée et la branche cadette.

En même ten^i, M. Gnizot adressait, le 6 ayril ia49, aux électeurs de Lîsieux, une circnlaire datée de Brompton, et intitnlée :

M.Guizotà'sesnmis.

La pensée ex|»imée dans cette circulaire a été assez fidètement suivie. Elto conseillait aux partis monarchistes de s*nnir. Elle expliquait et approuTait Téchec dn général Garaignac, engageait les amis de Tordre à écouter uniquement la voix de la nécessité, et à se grouper autour de Napoléon, dont le nom était, disait-il, « un symbole de Tordre et du pouvoir fort après lès révolutions. »

Mais il avait soin, en môme temps, d'engager le parti de Tordre de n'agir qu'en vue du présent. « Que les div^s éléments dn parti de Tordre ne tentent pas non plus de se lier les uns aux autres, par avance et dès aujourd'hui, pour les grandes questions d'avenir. »

Cet avenir, tel que le concevait M. Gnizot, c'était purement et simplement le retonr an passé. Et en même temps ce vcen s'exhalait

40 M. GUfSBOT-

à travers totis les plts d'une pensée* luMmée aux dissimulations du langage; il avonàitses fautes, il confessait ses erreurs, comme il vient de lé faire hier encore dans la prêche de la nouvelle édition dé son Histoire dé la civilisation en France,

C'est un spectacle aujourd'hui trop commun que celui de ces repentirs. Tour à tour nous voyons comparaître à la barre de Tôpinion, tous les débris du passé, débris de la monarchie constitutionnelle, débris du Gouvernement provisoire, débris de la Commission executive, débris de la dictature Cavaignac.

Tous, sans y être priés, Viennent dire :

« Nous avons commis des fautes. » Et tous sous-entendent cette autre pensée : « Permettez que nous recommencions, nous ne nous tromperons plus. »

Mais quiconque sent en soi Tàme de la France nouvelle, se détourne avec pitié. Oui, il existe une France fatiguée des vieux partis, excédée des vieux acteurs, une France obsédée de tant de systèmes, d'utopies, d'intrigues, de mensonges, de guerres civiles, de

Bf. GCTZOT- 44

pktxnesseis et'decdiifêssiôns, qu'elle ne'croU plus à rien peut-être, excépté^à ce qu'elle' ignore, à rmcobuu.

Croit-on, en effet, qu'il soit bien consolant de se trouver, par exemple, dans la pers-' pective d'un nouveau Gouvernement provisoire du' 24 février, d'une résurrection de M. Cavafgnac rentrant, comme Ësparteroà Madrid, dans la bonne ville de Paris, oud'une fusion orléano-légitimiste à Tusage des jeunes Bfoglie, Guizot etPolignac, qui croissent dans un discret demi-jour, et déjà impriment et pensent comme leurs pa-.

rents?

Là monarchie constitutionnelle a montré ce qu'elle pouvait flaire. Ses serviteurs n'ont pas commis de fautes qui ne fussent autant lerîésultat des vices dé ce régime en France, que de l'impéritie ou des crimes de ceux qui étaient chargés dé l'appliquer.

Qu'attendrions-nous donc du parti et de l'école, qui, sous lé nom circonstanciel de/«sûm, voudrait nous engager dans de nouvelles expériences d'un principe longuement expérimenté? Nous ne pourrions attendre et

41 M. GmzoT

craîné^ d'eti'x ^e dès fautes, des erioies et des n^lhetirs aii^logaes.

Que peuvent^ils avoir appris aa speelade de nos révolatiûDs, ees débns da passé?

lenrs éerits nous la laissent assez voir. Tout en parlant sans cesse de liberté, on sent qa*ils n'ont appris qu'à la comprimer. Ce n'est pas dans le principe d'antorité, sauve* garde et salut de la démoeratie égalitaire de la France, dans le principe d'autorité qni seule peut garantir les drdiS de tons, e*esl dans la forée qu'au fond tous ces pariementaires se réfugieraient si la fortune les ramenait au pouvoir. Lisez leurs journaux, écoutez-les parler du roi de Naples et de Neucbàtel ! Il ne vous restera aucun doute à cet égard.

Il nous reste à parler de M. Guizot écrivaia.

S'il s'agissait ici de critique littéraire, notre tâche, à l'égard de l'écrivain, serait agréable et facile. Ce n'est pas le talent qui a fait défaut aux hommes de la génération politique à laquelle appartient M. Guizot. En France, d'ailleurs, e'est toi]ùours le talent qui que le moins dans la vie publiqne.

Disons i^nmm tome notre peostfe. Si, dans la brillante éeole bistorîqQe moderne, M. Goisot ocenpe le premier rang par la graYité de sa méttiode, je ne crois pas qu'on poisse le placer au même degré pour les qualités du style. Son style, comme sa personne, est empreint d'une sèche et glaciale tristesse. L'en8€»ible n^est pas dépourvu d'une certaine grandeiur, mais dans les personnages de sa Galerie historique françai$e et anglaise^ comme dans la personne de riiistorien, on sent trop l'attitude voulue de Toratenr ou de Thomme public.

L'histoire moderne exige davantage. Dans des genres et des points de vues bien dififérents. M. Augustin Thierry, M. Edgar Quinet, M. Cousin dans ses portraits, et d'autres encore l'ont prouvé.

Chez Tacite, l'étemel et désespérant modèle, rhomme apparaît toujours sous l'empereur, sous le capitaine ou sous le citoyen. La nature n'est pas absente de ces pages colorées des chauds rayons du génie italien.

Ses personnages agissent et parlent dans un cadre vivant comme eux.

Ônp'eut repYdchief à ceux dé M.tioifoi àe tFûp réssetnbler, au contraire, à des ombres qui passent derrière Un transparent. Ce sont de grandes silhouettés pîurément politiques, maintenues dans un milieu conventionnel et sans affinités avec les objets extérieurs.

Alors même que M. Gùizbt, par Une sorte de pressentiment dé Tinsuffisance de sa méthode, cherche à se réchauffer à ce foyer du coeur humain et de la nature dont il s'est trop écarté, la froide atmosphère qui Tenvirohne ne saurait se dissiper. Je n*en veux pas d'autre exemple que ce fragment de son œuvre historique auquel il a donné pour titre : L'amour dans iè mariage.

Le tableau de ce ménage politique res* semble à une leçon d'amour conjugal diaprés les règles de la civilité puérile et honnête et les principes de la morale en actions. Quelle déception pour les pauvres fenunes qui, sur la foi de ce titre, auront cherché dans Tœuvre de M. Guizot quelqu'une de ces pages tendres et fortifiantes sur lesquelles l'imagination vit tout un long hiver I

On n'a pas oublié le mot de la reine Chris-

Jl, GUIZOT 45

ttoe à Espartero : « Je t'ai faJl grand d*Es- .pagna.... etc., mais je n*ai jamais pu faice.de toi un cheyalier,.. ».

Il semble qu'une fée , capricieuso conune la reine d'Espagne, ait dit à M. Guizot en lui ouvrant la scène du monde : « Je te ferai habile, orateur, . historien illustre, premier ministre d'un grand royaume, mais tu resteras partout et toujours professeur. »

Dans la critique d!art et la critique Utté- .raire (voir l' Examen du salqn de 48^0. et Shakspeare et son temps)^M. Guizot a été, d'un avis presque unanime, au-dessous de la dernière médiocrité. Mais l'opinion n'est pas moins unanime à reconnaitre le mérite de son Histoire d'Angleterre^ de son Histoire de la civilisation en France ^ et de son Histoire de Ja dmliscfiion en Europe.

Ce dernier livre est celui de tous ses ouvrages que nous préférons. C'est l'œuvre d'un politique et d'un philosophe, réserve faite des tendances politiques et philosophiques avec lesquelles nous sommes en désaccord. Hormis ce point, que nous prions Je .lecteur, de ne.pas pesriîrç . de vue, V Histoire

46 M. emz&t

de la dviUtaticn en Emrope, supérieure à VEéêtotre de la eimlisaHon en France^ peut être considérée, selon nous, comme on des pins brillants livres de notre époque.

Notre intention n*est pas, on le voit, de (^MYcher à amoindrir M. Gnizot. Si qnel- 4ia*une des personnes qui daignent noos tire a gardé souTenirde nos anciennes appréciations sur cet homme célèbre, elle reconnaîtra que poiff n'aToir pas varié sur le fond, notre oiHnion s'est bien adoucie dans b forme.

Nous n'hésitons jamais, en effet, dans eette galerie exclusivement pditique, à faire à Topinion le sacrifice de nosconvictions Mtlâeaires. Nous sommes donc disposé à reconnai- .tre à M. Guizot tout le talent qu'on Toudra. Que nous importe le talent ? Nous en sommes repus sous toutes les espèces I

Le talent, c'est FAlrnaviva de Tépoque.

Cest le gentlHiomme ivre, libertin, sans respect de la morale et des lois. Cest le noble, que nous autres qui nous appelons la Révolution, avons le droit de prendre an eellet en le sommant de liquider i llnstant

M. 6IHZ07 . 47

sa noblessey pwee qae bous ne nous contea* tons plus du titre et de Yhaint. 11 noHS fout la noblesse de Tâme sans laquelle le reste n'est pas tolérable.

Au grand talent de M. Guiisot et de ses pareils, le public a donc le droit de demander des comptes : compte de ses tendances, compte de son influence sur Tesprit de la jeunesse française.

Le Itttérateur s'efface donc, le livre disparait dans son détail plus ou moins miroitant; .reste la doctrine.

Qui nous dira la doctrine de ceux qu'on surnomma les doctrinaires ?

M. Beugnot, le personnage dont Talleyrand disait : « A quoi peut être bon le long Beugnot à la marine, sinon à faire un m&t d'artimon?» — M. Beugnot prétendait que les doctrinaires pouvaient tenir sur un ca* napé.

Quant aux principes de ces personnages, aussi ténébreux que rares, nul n'en a jamais rien su. Ils oiU berné la jeunesse et profité des événements.

Aalond de cette philosophie éçlt^tiipie

48 M. GDIZOT

Femise en lumière par les Royer-Collard, les Coasin, etc., philosophie aujourd'hui ruinée saBS retour,'inais qui, en même temps, a fait bien des ruines autour d'elle, c'est là qu'il faudrait aller chercher le principe doctrinaire s'il existe.

- La vie de ces hommes est renfermée dans deux mots i une promesse et un mensonge.

Qu'est-ce que les meilleurs livres de M. Guîzot? Sinon une promesse constamment entretenue jusqu'à la dernière page, et, quand vient l'heure de conclure avec sa -foi ,.rien I

Et ici nous reprendrons toute notre énergie pour le dire, ces hommes de tant de science et de style, ces Almaviva de notre époque d'aristocratie du talent, ont odieusement joué avec l'âme de la jeunesse.

Ils ont semé partout le doute et la déception.

Ils ont exercé la plus détestable des influences sur ce noble et vaillant pays.

Us ont appris à la France à désespérer.

Pour le salut des âmes vraiment nationales, puisse la France nouvelle. 1q3 en-

velopper bien vite d'un oubli profond, éternel!

M. Guizot et ses amis politiques ne servent, aujourd'hui, qu*à ramener sans cesse une stérile discussion sur un sujet dont nous dirons un mot à l'occasion de ce portrait.

11 est de mode, à l'heure où nous vivons, d'agiter encore et sans cesse cette question du parlementarisme. Entre les vainqueurs et les vaincus, c'est un point de discussion que le régime actuel tolère parce qu'il ne voit aucun danger à laisser remuer dé vaines paroles sur l'âme d'une défunte charte ou d'une constitution avortée.

Les rhéteurs de l'un et Tautre camp en font un sujet de discours ; les uns pour s'entretenir la langue, les autres pour essayer d'attirer l'attention d'un peuple acharné à des proies plus substantielles. Ceux-ci espèrent, par ces discours, conserver un semblant d'opposition et retenir à leurs boutiques de papier une clientèle inconstante.

^0 H. GUSZOT

Ceux-là croient faire montre de dévouement à rÈtat ' et gagner dès fonctions et des honneurs.

Entre les preniiers et les seconds, TÉtat, immobile et indifférent, contemple ces puérils combats. Gomme un soldat déjà surchargé des armes trop nombreuses qu'il porte, il se soucie peu qu'on lui présente encore un bouclier dont 11 n^a que faire.

C'est un spectacle funèbre, en effet, et propre à exiler Teunui du public, si le public songe à autre chose qu'à se procurer des sensations agréables.

Ne dirait-on pas de quelques soldats attardés un soir de combat sur le champ de bataille silencieux, et qui, poussés du démon de la philosophie, se prendraient de plume et de bec avec les mourants et les trépassés.

« Combien, dirait l'un de ces derniers, vous ave^ eu tort de me tuer!

— ' « Mais vous n'êtes pas mort, et b preuve, c'est que vous parlez encore.

— « J'ai consérvéi en effet, quelqu'appa-

renée de Vie, mais contemplez cette blessure. » ;

£t.le voici, montrant à sa poitrine la porte large, égoeolée, d'un glaive, et, dans les profondeurs de ce mystère de vie et d'acf tion logé aa corps humain, le noble organe, le cœur, atteint, hii aussi, parla pointe du fer.

« Cest possible » dit le soldat, mais vous étiez des bavards insupportables, vous faisiez plus de bruit que de besogne, vous trompiez le . peuple comme charlatans en foire ; vous mettiez le trouble en la rue et la misère au logis du pauvre. Il est bon, sans doute,, qu'on puisse exprimer sa pensée, mais..r»

, La lune cependant bâille à ce murmure aussi futile qu'une brise dans les bois.

. Et si cette comparaison,^ en forme de tableau, pèche par quelque point ou assom^ brit rimagination des lecteurs, qu'il se figure plutôt des joueurs ruinés, creux, efflanqués, râpés,. transparents, remuant dans de vieux cornets des dés sordides et jouant...

vous ne devineriez jamais quoi.;.? rhon<»

neur.

H M. GUlZOt

Qu'y a-t-il, en effet, aa food de ces dis* eussions sur le parlementarisme et sur les libertés plus ou moins dignes de ce nom, qui constituent ce régime? La qoestioii m réduit à peu de chose.

Les feuilles qui préconisent le régime parlementaire voudraient nous ramener an passé, ce qui n'a rien de bien attrayant.

' Les journaux qui prétendent soutenir plus ou moins directement le système politiqaeq«i nous régit, voudraient nous immobiliser, ce qui n'est, en aucun cas, désirable, puisque ce n'est pas possible.

. Les premiers prétendent que le régime parlementaire a fait toute la gloire et toaie la fortune de la France; ce qui n'est pas vraisemblable.

Les seconds assurent que ce régime a causé tous ses malheurs; ce qui est paradoxal.

Celles-ci disent : la pensée française est morte; ce qui n'est pas prouvé.

Ceux-là : elle n'a jamais, jamais été si gaillarde ; ce qui est manifestement bux.

Elle est malade^ très-malade, voilà le bit.

M. G1JIZ07 S3

Mais eat-i) bien prouvé que le retour du régime parlementaire, la guérirait ? N'élail-elle pas aussi malade s^us Louis-Pliilippe gu*aujourd*huî. Suer et exhaler la fièvre putride ou avoir les jambes cassées, n'est-ce pas, au point de vue de la locomotion, à peu près la même chose ?

- Selon nous, quand lesdites feuilles reprochent aux feuilles adverses de préconiser un système qui nous enlève la publicité des débats parlementaires, la liberté de discussion, les droits de la presse, elles n'ont pas tort«

Mais quand ces feuilles leur répondent que les assemblées n'ont qu$ trop souvent servi de théâtre à des ambitions personnelles, elles ont raison.

Pour nousf spectateurs de ces luttes misérables, dénuées de part et d'autre de grandeur et de sincérité, lious n'admettons pas, aveclespartisans du slaluquo^ que l'état actuel ofBre à la pensée publique des moyens suffisants de se produire ; mais, ce qui n'est pas moins certain, c'est que si lès droits de la pensée sont en souffrance, ce n'est pas \^^ parimnéntarisme qui les guérira.

5f V. GOlZOt

- D^oùnoùs cônduons que lesiins et les autres sont dans lé fatfx.

- Lés mêmes feuilles qui, aujourd'hui, par une malice jplus bête que perfide, chantent les gloires et les bienfaits du régime parlementaire, eu étaient jadis les critiques les plus acerbes.

Quant aux journaux qui prétendent octroyer leur appui à un pouvoir fort et aligné comme une batterie de canons, tantôt fis excitent le mépris public par Tiaipodente de leur dialectique, tantôt ils ont Tair honteux de leur besogne et semblent demander an lecteur pardon dé la liberté grande quils prennent en soutenant des doctrines auxquelles ils ne croient point.

C'est un assaut réciproque de maladresse et de platitude.

. La foi manque à l'opposition parlemeiH taire comme aux partisans du statu qyo.

Nul n'a le courage d'euTtsager la vérité ou la force de se taire.

. Or, là vérité, selon nous, la voici : c*èsl, qu'en effet, le droit de parler et d'écrire est un principe constitutif dès nations démocra*

a. GUizOT 55

ttqaes modernes ; que ce droit est actuellement, en France, restreint par un régime administratif rigoureux ; mais que le gouyernement, lui-même, ne peut avoir la pensée d'éterniser ce régime.

Le gouvernement actuel, comme tous les gouvernements, est préoccupé du souci de sa propre conservation. Il comprend trèsbien que le régime parlementaire l'aurait bientôt renversé; mais il. sait aussi, sans doute, que la compression des idées, en France, ne peut pas être éternelle, que là vitalité même du pays en souffrirait et qu'un jour viendra où il faudra sortir du provisoire.

N'hésitons pas à le dire, nous qui ne sommes ni le salarié de l'opposition, ni le salarié du pouvoir, et qui, au besoin, ne craignons pas de risquer notre liberté pour rendre hommage à la vérité, — l'embarras du gouvernement placé entre le soin de sa conservation et la nécessité de rendre à la pensée, publique l'exercice de ses droits, ne lui est pas absolument imputable. La pratique du régime parlementaire en a trop clairement

5ê M. GUIZOT

démontré les périls et Tiniquitë, et, en dehors de ce régime dont le retour ne sauraîl être considéré comme un progrès ou dd moyen de salut, là théorie politique n'a rien indiqué de réalisable.

Jusqu'à présent on n'a cherché de remède aux périls du régime parlementaire qae par la compression administrative et par des pioyens judiciaires de même nature. Ces! pour avoir mal compris, selon nous, le caractère et le vice du parlementarisme, qa*oo a été chercher de pareils antidotes. On a substitué rinfluence des préfets à FinflueDoe des orateurs, et la prédominance de la police à celle du journalisme.

En étudiant de plus près les vices du régime parlementaire en France, le monde a pu remarquer combien la nation était peu représentée dans les chambres, à quel point les vœux et les besoins étaient mal exprimés et surtout mal apaisés.

Cela est aisé à comprendre. La plupart des hommes que leur fortune ou leurs talents amenaient à la Chambre, n'entendaient souvent pas le premier mot des questions qu'ils.

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allaient traker, et ne connaissaient rien des maux qu'ils étaient appelés à soulager. On nommait des commissions dans lesquelles se classaient, tant bien que mal, les spécia-» lités. Mais, en somme, la question d'art dominait toutes les autres* Uart de la parole était la chose importante ; les grands orateurs dominaient la scène en grands comédiens, et le dénouement invariable de ces joutes oratoires était un changement de cabinet*

Le Corps-Législatif a remplacé la Chambre des députés et l'Assemblée nationale. Il est moins récréatif et moins dangereux; mais si les affaires n'ont rien perdu à cette métamorphose, il est certain qu'elles n'y ont rien gagné.

Sous le régime parlementaire en France, les journaux, par suite des exigences fiscales du timbre et par Tobligation du cautionnement élevé, constituaient des monopoles dangereux. Les journalistes devenaient des hommes d'État interlopes qui entravaient, presque à leur gré, la marche des affaires.

Je ne pense pas que le régime actuel ait

èoDsidérableinent modifié cet état de choses. Ce sont totgours quelques jonrnaux, quelques journalistes. Les uns s'engraissent de ht sottise d'une multitude qui aime à s'entendre parler la langue qu^elle parie ellemême ; les autres dès largesses du pouvoir, ils ont moins de talent qu'autrefois, et c'est tout.

' Us ne pèsent plus sur les affaires politiques; mais ils dominent les questions industrielles. L'influence a été déplacée; mais elle Subsiste, parce que l'influence» en France, va au monopole.

' En Angleterre, les journaux n'ont pas cette puissance. « N'attachez pas trop d'importance à nos articles de journaux », noos écrivait un homme d'État anglais, M. Gladstone. En Amérique, cette influence est moindre encore.

' Quand nous saurons nous borner i des lois répressives en matière de presse, qoand nous aurons aboli les impôts de timbre, de cautionnement qui entravent son exercice; quand nous l'aurons mise à la portée de tons par tous les moyens qui peuvent abaisser le

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prix de fabrication, la presse përkxUqne, ne eonstHuant plus un monopole^ ne sera plus un danger. ! r

: Quand rAsseniblée nationale n'aura plus à résoudre que Ijoertaines grandes questions délerminées ; quand le pays prendra le p^urti, pour toutes les lois économiques de s^adrèsr; ser aux intérêts éux-inèmes; quand, au lieu de commissions parlementaires, de conseils^»

généraux^ etc., nous aurons des Chambrés provinciales représentant les grandes industries' nationales, la comédie parlementaire cessera. On parlera enfin la langue des affiaires. On vivra par la pensée ailleurs qu'à Paris, sans avoir porté atteinte à Tunité française.

: Il existait dans le vieux système des États^ il existe dans celui des conseils-généraux, un embryon dont le développement n'aura lien qu'autant que nous verrons se produire dans le domaine politique la division qui s'est accomplie dans celui du travail. Les droits de rÉtat étant admis, demandez au vigneron, à l'agriculteur, de résoudre le problème de l'impôt au mieux de ses intérêts et soyez

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eertam qoe le projet de loi qui sortira de ses mains ne lessemblera guèœ an systèoM aetael de nos contributions indirectes el de notre tarif donànier* Alors le Conseil d'État remplira sa vraie mission, qni consiste, non à proposer des lois, mais à soutenir les in* térêts des tiers, à les accorder entre eux et à les coordonner avec les intérêts de VÉtal.

Une simple ratificaoion est tout ce que pent ajouter TAssemblée nationale à des lois élaborées par les intéressés.

Une politique dirigée dans la sens de ce principe noiis sauverait peut-être de l'alternative du statu quo et du retour en arrière.

Nous aurions alors lesPariementsdesaflaires et non le Parlement des solliciteurs et des artistes; nous aurions la presse utile et non la presse influente, intrigante et monopolisante.

v^tkSLtMvmmmàsn^E.

A. M. î. H,, à Ambkîiiy,'départcmeut de TAisne ; trois nouveaux portraits sont paras : Lamenmis.i Frédéric-Guillaume /F, roi de Prusse^ et le Comte de Çhambord, Nous vous remercîoBS de vos bi&QveillaBtes féllpitalions. Écrire à la librairie Sartorius pour les Uvce* dont voiK aareï besoin, :

A M. P. D-, à -Ulande-sur-Drôme ( Calvados). Nous vous reflaercions du précieux fragment que vous avez bien voulu nous adresser. H trouvera plaee dans notre proefa^ne édition du portrait 4e M. de Lamennais.

Nous recevons, trop tard pour y répondre, une lettre 4'observaliûAS^ de M. Oppenbeim, auteur d*un remarquable travail publié dans ISiReviie de Paris,

Si^iSt B juin i^l.

RÉPEBTOiRE SES GOmiAISSAMCES OSOELLES

NGIimAIRB ,

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