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Ab dixHKorihM vkùt.
PARIS
FKRD)^AKD SARTOIUUS, KOITKUR,
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1/ Auteur <l l'Éililcur sf^fccrvowi le droit de (radHCtioft ei de ropiThlufiioii k réirangcr.
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PARIS
FKRD)^AKD SARTORIL'S, KUlTtUR,
l/Aatcar a lÉilUcur so^é^crvo^»t le<3roii <Jc (raductioft cl de roproil union à réirangcr.
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« Dans mon enseignement, j'avais mis ce que nol homme vivant n'y mit aa même degré. H ne s*agit pas de talent, d'éloqoencev.. de science... Jl s'agit d*ane cbose, improdente peut-être, mais dont je ne puis me repentir, de ma coiiOanee iUimitée dans cette jeunesse, de ma foi dans Tami inconnu. » (Micoelet.)
Il y a environ dix ans, lorsque je fis un premier adieu à ce passe-temps des lettres faciles où je perdis six belles années de jeunesse, avant de quitter cette Carthage pour aller vers uue cité supérieure, me sentant faible et dénué pour le laborieux voyage que j'allais entreprendre à travers le monde des idées, je demandai un viatique aux plus belles intelli* gences de mon temps.
4 NICHELET
M. Hichelet fut du nombre des esprits d'élite auxquels je m'adressai.
Je m'appuyais sur celte pensée, que la Constituante de 1789 avait sans doute émancipé le travail et rendu à Tbomme la libre disposition de ses forces et la possession intégrale du produit de ses œuvres; mais que, par une fatalité à jamais déplorable, le plus grand, le plus sublime de tous les labeurs, celui de l'intelligence humaine, était resté en plein dix-neuvième siècle chargé des chaînes du moyen âge. L'esprit était serf. Il n'avait le droit de travailler que par privilège ou par brevet, ce qui est la même chose.
Brevet d'imprimerie, brevet de librairie, brevet d'invention, camisoles de force de ridée M
L'esprit ne payait pas la dîme, mais il payait le timbre. Et, quand le fils de Teftprit, c'est-à-dire le fils de l'esclave, venait recueil-
' Voir DOS sepl Duméros du fravaU inielleduel et nos articles sur la Propriéié inteUeciHeUe à It Hevue de Paris.
UICHËLET 5
lir les miettes de rhéritage paternel, l*État, le grand possesseur du fief, chassait de cette glèbe arrosée des froides sueurs de la lampe l'héritier natiirel. On eût dit qu'il craignait qu'en face de la noblesse de véluslê et de la noblesse de Targent s'élevât celle de Tesprit, et qu'à côté des Rohan et des Montmorency on vît des patriciens du nom de Corneille ou de Pascal.
Plein de cette ardeur, de cette confiance illimitées du jeune âge, je me disais : M. Turgot a brisé les jurandes, les maîtrises, les chaînes et les carcans de l'industrie; M. 0*- Connell a relevé de son abjection l'Irlande catholique; M. Cobden a tué ces vieilles lois sur les céréales qui affamaient le peuple anglais. Moi, je travaillerai à l'anéantissement des com-laws de l'esprit, et je réclamerai pour le peuple de France le pain delà pensée, le bon marché des produits de l'intelligence !
Les anciens de la politique me dirent :
Votre principe est basé sur les lois de la saine doctrine; il est conforme à la sainte justice, et pourtant vous ne réussirez point. Vous vous
6 HICIIELCT
briserez contre les préjugés démocratiques aussi bien que contre ceux de Faristocralie.
Vous vous briserez contre les légbtes, contre les philosophes, contre le paganisme, dont est entaché le principe de la propriété chez les modernes.
Mais il y en eut un parmi eux qui répon* dit à mes jeunes espérances par une cfaaode, par une jeune parole, — les âmes ardentes sont toujours jeunes, — c était M. HichdeC.
({ Votre foi est ma foi! » m'écrtvil-îl *.
* Celle lettre finissait ainsi :
c Toutes ces barbaries oontre la pensée tomberont d'elles-mêmes.
c La propriété de l'invention est moins g:arantie que toute autre. Quoi de plus triste que de Toir qodter sur les bateaux américains pour les enTanls de Fullon?
.« Je ne sais pourtant, si on consultait ces gnrands hommes, ce qu'ils diraient eux-mêmes? Demanderaient-ils la propriété perpétuelle de leur œuvre? J'en doute; je crois plutôt que de telles propriétés sont trop hautes pour qu'on les garde pour soi. ns les auraient probablement léguées au genre hnmaiu. >
La iin de cette réponse ne nous étonne pas.
M. Michelet est de cette école qui pense qu'oo ne
mCIIELET 7
D'un autre côté, une autre voix illustre, la voix d'un collab(H*ateur, d*un ami, d'un maître déjà couché dans la tombe, Frédéric Basliât 9 ajoutait : « Ayez confiance dans celle pensée : tons les intérêts légitimes sont harmoniques. ))
Tel fut mon viatique.
Mais, à peine m*élais-je mis en marche i travers cette profonde et majestueuse forêt des idées, à peine, armé d* une foi robuste et calme^ avais-je franchi les premiers carrefours, qu'un grand vent s'éleva. Un bruit formidable remplit l'air. Les branches craquaient, et les idées, ces oiseaux au ehant mélodieux, pous«
doit point (irer de rémunération des œuvres lilléraîres. C'est l'école de Rousseau. Celle de Voltaire, Diderot, etc., professe l'opinion contraire. « Je pensai dès lors comme Rousseau, dit quelque part M. Michelet, que la littérature doit être la chose réservée, le beau luxe de la vie, la fleur intérieure de Tâme. C'était un grand bonheur pour moi, lorsque dans la matinée j'avais donné mes leçons, de rentrer dans mon faubourg, près du Père-Lachaîse, et là, paresseusement, de lire tout le jour les poètes, Homère, Sophocle, Théocrite, parfois les histonens... »
s MlCIiELET
saient des cris sauvages. Mille monstres étranges, chimériques, beaux et décevants coiame des anges déchus, tourbilloimaient autour de moi. Je me sentis entraîné dans cette ronde.
. C'était lu révolution qui passait à travers FEurope!
Puis un jour, comme une épave r^etée par la mer, j'allai tomber épuisé dans la solitude des champs, au milieu des neiges de Thiver, moins glacées que mon cœur. J'étais anéanti, si faible, que les sbires dédaignèrent sans doute de jeter une pareille proie aux prisons débordantes. Bouleversant mes papiers, cendres d'un foyer éteint, ils me laissèrent deroimort parmi toutes ces ruines de mes illusions.
Aujourd'hui, — me voici de nouveau sous la lampe, accoudé à ma table d'études. Me voici éprouvé, mais calme en face des grands problèmes, moins confiant qu'au départ, moins léger à la course, mais chargé de butin, mais riche d'expérience. Et je puis, je dois à cette heure m'écrier :
f Non, mes maîtres, votre foi n'est pas toute ma foi ! »
HlGHEIiET 9
Non, je ne croirai jamais qu'il suffit de laisser faire et de laisser passer pour assurer le règne de la justice sur la (erre.
Comme vous, j'ai la sainte horreur du despotisme, comme vous la profonde conscience du droit; mais, contrairement à vous, je nie que le droit soit garanti par la liberté.
Je crois, au contraire, que le droit, formulé par le. contrat, qui n*est lui-même qu'une expression du principe d'autorité, fatum de toute agrégation humaine, peut seul garantir une somme de liberté possible.
Si demain, ce qui ne sera pas, ce qui ne peut pas être, parce que ce principe d'autorité est une loi des sociétés humaines; si demain, dis- je, la liberté, invoquée par M. Michelet, apparaissait en souveraine au milieu de la France actuelle, j'ai la certitude qu'il en résulterait en peu de temps au moins les calamités suivantes :
i" L'enchaînement des âmes par le triomphe des jésuites, contre renseignement desquels nulle concurrence n'est possible, parce
que le sou des pauvres femmes leur permet d'enseigner gratis;
2* L'envahfôsemeut immédiat de la fëodalité finandère, déjà si menaçante;
3* Et finalement Técrasement physique et moral des multitudes par les gens d'argent et les gens d*église, comme elles furent écrasées au moyen âge par les gens d'église et les gen^ de guerre.
Né à la fin du dernier siècle, le 31 aoilt 1798, M. Hichelet nest plus un jetme liomme. Il appartient à une génération qui fut placée à la suite des niveleurs de 1793 pour achever l'œuvre de la Révolution, au moins dans son travail de destruction.
La mission de ces hommes fut de consacrer le principe de la liberté, de le faire passer dans les âmes, de le faire présider à l'esprit de nos lois, afin que le privilège, détruit, abattu, ne pût jamais être relevé. Cette mission, ils l'ont accomplie avec courage, avec talent.
Mais nous, jeunes hommes du dix-neuvième siècle, nous avons compris que Fceuvre
■ ICBEtCT 11
de la liberté n'éiait que la première explosion des germeçi contenus dans la Révolution, une œuvre négative, une œuvre de déblayemenf.
Nous avons compris que, pour continuer la Révolution, nous ne pouvions pas nous arrêter à cette première étape.
Le fait acquis par nos pères s*oiTrait ainsi à nos regards :
L'unité substituée au privilège, TÉtat à Toligarchie nobiliaire, Fégalilé devant la loi, la liberté indiviffuelle.
Mais nous ne trouvons pas dans ces prémisses la garantie relative qui a toujours existé dans une société organisée.
Nous avons compris qu*il restait à renouer la tradition, à hiérarchiser la démocratie, à former la molécule nouvelle. Le pater familias de l'antiquité, le fief du moyen âge, la jurande, la corporation, la confrérie, toutes ces choses furent des expressions d*un besoin éternel, besoin d'hiérarchie, besoin d'association, besoin de mutualité, besoin de garantie.
Il nous reste à trouver son expression, ses formules, dans la mesure conibrme au génie
18 MICDELET
du droit nouveau. Tel elt Tœuvre qui reste à accomplir pour que les promesses de la Révolulion ne soient pas un Tain mot. — Ced n*cst pas œuvre de liberté, mais au contraire œuvre de contrat et d'engagement; non pas œuvre de déblayement, mais œuvre d'édification.
Par la date de sa naissance, par ses origines, M. Micbelet ne pouvait être que ce qu'il a été. Né d'ailleurs à Paris, il y respira, dès le matin de la vie, cet air enflammé qui circule à travers ses rues et ses places publiques; — un vrai siroco de patriotisme et d'indépen* dance.
Sa famille descendait' de ces paysans devenus bourgeois à qui la Révolution a profité beaucoup plus qu'au pur prolétariat. Son grand-père était maître de musique à Laon; son père, employé à l'imprimerie des assignats.
Voilà une marque d'origine bien nettement accentuée : l'art et la Révolution.
Cette famille, à laquelle il faut ajouter on frère et une sœur, fonda une imprimerie.
HICHELET 13
H. Michelet le père avait établi son imprimerie dans une église. C'est là que naquit l'illustre professeur du collège de France. Il naquit, selon sa propre expression c comme une herbe sans soleil, entre deux pavés de Paris. »
Quel symbole : celte église, cette imprimerie ! et quelle influence ne dut-il pas exercer sur une imagination aussi vive !
• Les premiers objets qui frappèrent les regards de l'enfant furent les arceaux de la nef et les grandes fenêtres ogivales de la maison de Dieu, et, à la place de Tautel, une case d'imprimerie desservie par un ouvrier :
la raison humaine et le travail divinisés. Il y a un monde dans un pareil fait ! L'enfant dont la jeune imagination ressemble à une plaque richement iodée reçoit, dès ses pre-
, miers pas dans la vie, des empreintes qui ne
' s'effaceront pas.
L'image de l'imprimerie de son père, sous la nef de la vieille église, a dA bien des fois apparaître à l'esprit de M. Michelet, lorsqu'il écrivait son Histoire de la Révolution.
U HICHELET
La première razzia, qui eut lieii en 4800 contre la presse périodique, ^supprima un grand nombre de journaux. Autorisé d*abord à publier mie gazette cléricale, le père de H. Michelet dut bientôt résigner son antorisalion entre les mains d'un ecclésiastique.
Il me semble sentir ici un dvanUgoût da livre intitulé : Le prêtre, la femme et la famille.
Le décret de 1810 limita les imprimeries.
Celte grande et sainte industrie se relroan \ ainsi j^acée sons le régime du privilège. En
I dépit de Turgot et des économistes, la pensée,
; au milieu dn mouvement industriel du dix*
neuvième siècle, en dépit de la Bastille rent versée, en dépit de la Révolution accomplie,
[ resta enfermée dans les murailles du moyen
\ Paris n*eut plus que soixante imprimeries.
Le père de H. Michelet fut supprimé cl iu- ! demnisé, a dit son fils, c sur le pied de qua-
I tre sols pour quatre francs. »
Pour payer les dettes de la maison, il bllut que la famille se mit à imprimer des petits li*
HICVELST 15
vres de jeniyde darades et d'acrosticlies, qui étaient la propriété de H. Hichelet le père.
Cftacon se mit à ToeuTre. Tandis que le chef de la maison vaquait aux soins du dehors, U. Jules Michelet, âgé de douze ans, levait la lettre, le grand-père usait ses dernières forces au travail de presse, la mère, faible et malade, pliait et brochait.
Tout cela est bien respectable et bien toucliantl
 travers une pareille existence, le jeune Hichelet grandit sans culture. Il apprenait le culte du travail et celui de la famille, deux profondes religions. Mais il ne savait rien du rite, du dogme et de rÉvangile. Un vieux magister, devenu libraire, lui avait enseigné quelques mots de latin.
Ce fut vers cette époque que les premières pensées religieuses s*éveillèrent en lui.
Elle s'offrirent à Fenfaut méditatif sous deux formes bien différentes, sous les espèces de deux livres : la Mythologie et Ylmitation de Jésus-Christ y le vieux monde et le nouveau. La religion de Fesclave et celle de Taf-
franchi, le ciiile de la matière et cdui de Fesprit.
Il explique lui-même, avec ud charme infini, l'impression que produisit sur lui h lecture du dernier de ces livres impérissables.
a Dans les embarras extrêmes, incessants, de ma famille, dit-il-, ma mère étant malade, mon père si occupé au dehors, je n*avais reçu encore aucune idée religieuse. Et voilà que dans ces pages j*aperçois tout à coup, au bout de ce triste monde, la délivrance de la mort, Fautre vie et Tespérance!
« La religion reçue ainsi, sans intermédiaire humain, fut très-forte en moi. Elle me resta comme chose mienne, chose libre, vi* vante, si bien mêlée à ma* vie, qu'elle s*alîmenta de tout, se fortifiant sur la route d'une foule de choses tendres et saintes dans l'art et dans la poésie, qu'à tort on lui croit étrangères.' Comment dire l'état de rêve où me jetèrent ces premières paroles de Vlmitatim?
Je ne lisais pas, j'entendais, comme si cette voix douce et paternelle se fût adressée à moi-même.
IBJCflEiLET «7
' nie vois cucoce là grande dianofare. froide et démeublée; ell€ me parut vraiment écjairâs <l*uae lueur mystérieuse. Je ne pus aller bien loin dans le livre, ne comprenant pas le Christ; maisjo sentis Sien. »
Le musée des monunionts français, Ofiyourd'hui école des Braux-Arls, ki -doima les |)remières initiations m scutimeni de. ri>isloirc, et sou giand-père, le vieil at^liste, essayait de lui enseigner la musique, pour la?
quelle d'ailleurs Tenf^jut ne marquait aucune ,iplitude. ...
Voila de que) milieu est parti M. Jules Uicliclet pour devenir professeur au collège de France, membre de l'inslilut, et l'un des plus shvaulset intéressauls ccri vains deiiotre temps.
•<( Aliî dis:iis-je mi jour à un homme, du monde, si les grands seigneurs, «i les gens <pii vivent depuis le berceau dans nnealmosr plicre d'opulence, savaient ce. qu'il faut de |)eine pour arriver à la gloire, de labeur pour noin^ir une famille de ce petit outil que ron nommé la plume, de quel res^pect ne se seur (iraient-ils pas saisis !
i» leevBLET
««^Ba respect! répliqua mon inierlocuienr, vous ne les connaissez guère. Les gens dont vous parlez regardent lout écrivain qui écrit au nom d*une idée comme une bêle venimeuse. Et, s'ils pouvaient les écraser sous le pied, il n*en échapperait pas un seul. »
Homme sincère, quelle plaie lu découvrais!
Faut-il qu'au bout de soixante ans, après tant de miracles accomplis au profit de toHS^ faut-il que la réconciliation du noble cl du prolétaire, du riche et du pauvre, soit encore si imparfaite? Faut-il que les vieux privilégiés niaient pas encore pardonné à Tintdligence son œuvre de justice?
Malgré le travail incessant de cette famille si patiente et si résignée dans l'adversité, la gêne grandissait au logis. Il fut un moment question de faire entrer à rimprimeric impé* riale M. Jules Michelet.
Un ami offrait sa protection pour dbtenir cet emploi. La famille entière refusa. Elle préférait creuser encore Tabime des privations domestiques et sauver Tintelligence de Ten* fant.
Une pareille mlelJigence valait bien en effet la peine qu'on Tarrachât aux ténèbres qui pouvaient, sinon l'envahir, au moins s'opposer à son épanouissement, a Sans cet admirable dévouement, dit un de nos prédécesseurs, quelle peine le savant professeur aurait eue à percer la foule; quelles luttes il aurait dû soutenir, ouvrier, pour parvenir à la place qu'il occupe dans la société ' ! »
La famille trouva, tant l'amour et le sacrifice sont inépuisables, le moyen de mettre le jeune Michelet au collège Charlemagne. Il entra en troisième, léger de grec et complètement ignorant dans l'art, jadis trop cultivé, de tourner le vers latin.
Son père, qui lui avait enseigné, ce qui vaut mieux, à assembler des caractères, lui apprit encore à aligner des dactyles et des spondées. Le professeur y mil du sien, et tout eût été pour le mieux si le collège n'était pas,
* Voir dans les Études biographiques une notice fort bien faite par M. Louvet, actuellement rédacteur en chef du Dictiormaire de la conversation y dirigé par l'honorable M. Duckelt.
•a) MiCHELET
comme on Ta dit tant de fois, une fidèle image dii monde.
Aussi, au collège comme dans le inonde, •malheur nu pauvre ! Un gamin en luiiique, à Ijoutohs jaunes et en bas bleus, dont le père a cent mille livres de rente et s'appelle M. de li'importequoi, sent déjà ses dcsiinées.
Il méprise par anlicipation le pauvre boursier ou renfaiU de l'humble bourgeois qui se <^ndamhe au pain sec pour faire de son (ils lin homme distingué. Avant de réclal)Ous.<er de son carrosse, ils Técrase de coups de poings. Quelquefois les maîtres eux -même;:, par'cetie lâcheté dii chien oui raonl le chien qu'on frappe, ajoutent à cette tyramiit*.
Le jeûne Michclct tomba dans la tristesse, dans la misanthropie, lui qui devait tant aimer les hommes.
Pauvre»enfanll combien je comprends tes douleurs, ces douleurs du collège qui n'iMit pas trouvé leur peintre! La pauvreté, o crime impardonnable !
> Je me souviens encore, pour mon comitlo, de ce grand couvent des moines d'Emliiii
MlCIÏELF.t «t
qui, dans lu froide ville de Douai, servait de collège royal. J'entends encore Ja Irompelte de la caserne crartillerie, située derrière le collège. . . Le cloître et la caserne !
Je vois encore le réfectoire humide, la chapelle obscure, les vastes cours où l'herbe poussait entre les pavés. Et, songeant à tout ce que Ton souffrait dans ce lieu exécrable, je me suis (Ut souvent : Si le pcre de tel de ces pauvres boursiers, au lien de semer son sang pendant trente ans sur tous les champs de bataille de TEurope, s'était fait laljoureur ou marchand, renfunleût évité celte mélancolie de premier âge qui, pareille à Tombre d*uu grand peuplier, se prolonge au loin dans la vie.
Quelles étaient rudes, les longues récréations des dimanches d*hiver! que de fois | ai vu grelotter dans les cours les plus faibles et les plus chélifs, souffrant du froid, de la faim, par les mauvais aliments, de la soif, parce que la grande cruche d'eau était trop lourde pour leurs faibles bras!
A l'und'eux, un maître de classes avait brisé le bras droit; un chanoine à ventre, à (bûble
tt IfICDELET
menton, à brillants aux doigts, gras moUet, jarret fin, le proviseur de cet enfer, le chassa pour donner sa bourse à un enfant dont le père avait cinquante mille livres de rente.
Et le proviseur fut expulsé lui-même pour je ne sais plus quel méfait galant.
Je crois sans peine aux douleurs de M. Hichelet au collège !
Heureusement la passion du travail domina bientôt ces dégoûts. L'adolescent sentait remuer en lui celte force intérieure qui finit quelquefds par triompher, — mais pas toajoursy quoi qu'en dise une morale vulgaire.
Il eut un grand bonheur, à mon sens, on bonheur dont je sens amèrement retendue :
il a échappé à la littérature industrielle.
Deux professeurs éminents, MH. Victor Leclerc et Villemain, lui montrèrent la carrière de renseignement comme un refoge contre les tentations de la littérature facile et contre les nécessités de la vie.
Il put dès lors paresser avec la muse, se délecter dans la méditation des textes, assouvir à l'aise la soif de connaître, qui bit du
MICUELET S}
jeune homme qui a touché à cette dive bouteille un ivrogne de science.
Pins il boit, plus il veut boire.
Dix ans s'écoulèrent ainsi . Heureux homme!
il ne songeait même pas à écrire. Une pente insensible Ty conduisait sans qu*il s* en aperçût. Admis par concours en 182 i à la chaire d'histoire du collège Sainte-Barbe, il sentit sans doute pour lui-même le besoin de fixer les jalons de sa route à travers les âges, en écrivant un tableau chronologique et des tableaux synchroniques de l'histoire moderne.
Ces deux ouvrages parurent en 1826. L'année suivante il publie un Précis de Vhistoire moderne. On abusait alors des précis historiques ; on y a trop renoncé depuis.
Hais rheure de i'éclosion parfaite n'avait pas encore sonné pour cette belle intelligence. Elle ne se dégagea complètement de ses langes qu'au contact de Vico et de sa Science nouvelle.
Les générations contemporaines doivent beaucoup à ce génie de la même famille que
a- MICIIELET
cekû lie CoDilorcol et de Montesquieu, cl qui leur est peut-être supérieur clans rintuiltoii du passé.
En publiant sous le titre de Principes de la 'philosophie de t histoire la traduction de la Scien%a miova, M. Michelet contribua puissamment à la révolution qui s*esl accoïC'plie dans le procédé de nos historiens. Il a secondé les destinées de la brâiante école lustorique moderne en France.
Vico, qui mourut pauvre et accablé de maux en 1744, s'était couclié pleiit de foi dans la tombe. Il sentait bien que son livre lui survivrait. « La eom position de cet ouvrage m'a animé d'un esprit liéioique, » disait-il en parlant de sa Science nouvelle.
Un long silence se fit sur celle œuvre capitale, un silence d'un siècle. Et cela est d'autant plus regrettable, qu une révolution colossale, laRévolulio» de 1789, devait pendant ce siècle éclater en France et couvrir rÊuropc.
Or la Révolution a manqué de cet éiéiDeiit qui l'eût peut-être sauvée d'imitations inseusées et de préoccupations puériles.
MICDELET- Sic"
.A^p€iiie commençons-nous à sotilever Jes voiles qui recouvrent les sociétés antiques. 11 est certain que ni Montesquieu ni les liisto* riens et les pliilosoplies de son temps ne cornpriréitt la République romaine.
Cette puissante oligarchie, dont le moyen âge et la société anglaise actuelle oiïrent quel* ques traits révélateurs, n'eut rien de commun . avec la démocratie. Les déclamations révolutionnaires sur les héros de Tantiquité romaine, furentde naïves aberrations du besoin d'imiter. SI. Hichelèt doit beaucoup à Yico. Il s'«st non-seulement inspiré de ses vues synthétiques, mais il lui a même emprunté à diverses reprises sa méthode et ses procédés. Celle préoccupation se retrouve dans la plupart des ou vrages de M . Michelet.
Les divisions de Yico par âges^ par pi*iucipes tirés de la sage^e du genre humain, sa tendance à faire prédominer l'action des multitudes sur celle des grandes individualités, en un mot Yico avec s^es hautes aperceptions et ses erreurs, se retrouve épaipillé à travers Tœuvre considérable de M . Michelet
M MICHGLET
Une place de roaitre des conrércnces pcfor l'histoire à TÉcole normale fut la récompense de ce beau travail de M. Michelet.
Les mélancolies du collège lui étaient restées au cœur. Le mariage n'avait pas même pu les dissiper. Elles s'évanouirent dans les exercices de Tesprit au milieu d'un auditoire jeune et sympathique.
M. Michelet a raconté lui-même, dans son livre du Peuple, Thistoire de ses impressions et de ses idées. 11 est bien difficile de venir, simple portraitiste, après une autobiographie tracée par une main aussi remplie de dextérité artistique.
Je ne sais en effet rien de plus charmant i lire que les pages où H. Michelet parle de lui-même.
A vrai dire, il en parle un peu partout. A l'opposé des partbans du style parlementaire» il ne déteste pas le moi. Hais ce moi, loin de le faire haïr, selon l'efTet ordinaire du moi, i ce que prétend Pascal, ce moi ne le fait aimer que davantage.
11 s'insinue dans la compagnie du lecteur.
HIGIIELET 27
On oublie l'écrivain, on sent l'homme. Et ce qu'il nons dit trouve ainsi bien mieux le chemin (lu cœur.
La seule et succincte analyse des œuvres de H. Michelet dépasserait les proportions de ce modeste cadre. II publia successivement : en 1831, une introduction à l'histoire universelle; la même année, deux volumes d'une histoire romaine^ son chef-d'œuvre hislorique, selon nous; en 1833, son Précis de Vhistoire de France jusqiià la Révolutimi française {i vol. in-8), le premier volume de son Histoire de France, dont neuf volumes sont déjà parus. Les Mémoires de Luther, écrits par lui-même, traduits et mis en ordreptw M. Blichelet, paruienten 1835.
En 1 837 il donna les Origines du droit finançais cherchées dans les symboles et formules du droit universel {i vol in-8); en 1843, Des Jésuites, recueil de leçons contenant également celles de M. Edgar Quinet sur le même sujet; en 1844, Du prêtre, de la femme et de la famille ; en 1 846, le Peuple; en 1847, le premier volume de son fli^-
^ MICHËLET
toii^e de la RévoliUion, acluellenienl adtevce.
Comment Bf . Miclielet a t-il (rouvé le (enip>, irécrire tous ces ouvrages en étudiant autant (]u'ii Ta fait? Là est le secret de son courage, (le sa force, de sa volonté et aussi de sa complexion neneuse et passionnée.
Sn vie a toujours été très-sédentaire. H. Mi*
clieict est l'homme du foyer, des plaisirs et
des labeurs de la vie privée. Il aime les livres
et il a vécu au milieu des livres.
j Obligé d*étudier pour enseigner, le profes-
i sciir en lui a beaucoup servi Técrivain. Lors-
! qu^il prenait la plume, il retrouvait dans son
1 heureuse mémoire les matériaux amassés pour
I la chaire. ^
I U carrière de H. Michelet est un moiiu-
t ment bien équilibré dont toutes les charpentes
I concourent à la solidité de Fédifice. Sa vie
^ s*est arrangée en quelque sorte pour son OMi*
I vre, et it a eu le rare bon sens de ne rien di-
! ver tir de son trésor. Il a voulu rester dans ia
l théorie et n*a rien voulu livrer à la vie pu-
blique, qui engloutit tant d*éniinenles Tacultés..
SllOnELÊT $9
Pour lui l'étiule et la pratique de riiisloire ii'élaienl pas, comme pour tarit d'autres, une |iréparalion à la pratique des affaifes. C*est un fait rare et bon à noter. Je n'en fais ni Téloge ni le blâme; je le constate pour la fidélité du trait.
L'enlrée dans la pratique des nftaires eiU été très-facile à M. Miclielet en i848. Ses querelles avec les jésuites l'avaient popularisé. Il venait en outre de publier le commencement de son Histoire de la Révolution^, qu'il continua sous la Répubijqiie.
' Or celte histoire, qui est toute à Thonnenr des multitudes, dans laquelle le peuple est fout et les individus peu de chose, fY:ittait singulièrement les instincts du suifragc universel .
C'est la doctrine de Rousseau. Ce fut aussi celle des Girondins. Ce sera toujours celle dont s'accommodera le mieu)^ la philosophie de r histoire.
VHistoire de la Réuobûion de M. Michelot restera comme une curieuse expression du seutinient démocratique au milieu du dix-
?0 mCOELET
neuvième siècle sur ces grands événemenls.
Mais, malgré le charme qu'on éprouve à la Im» celle hisioire ne porte pas le caractère défifDtitdea caenns bâties en pierre de taille. Bfledégén&re trop sovioil eo eommenfaires et ca iaspreaBions» Lesfiiitsne s^y carhiifnl pas «ree cetta rigiiog pEitiidanrielk dont Tacite a donné le modife aoGOBipK.
Un des grands attraits de V Histoire de la Révolutiùn de M. Michelet, c*estla façon dont il y parle des héroïnes qui traversent cette scène sanglante. On peut dire que les femmes y sont traitées avec amour. Il y a de la femme, du reste, dans H. Hichelet. Lui-même en bit Taveu dans un de ses livres les pins intimes. Le prêtre , la femme et la famille : < Je me sens profondément le fils de la femme, dit-il. À chaque instant dans mes idées, dans mes paroles (sans parler du geste et des traits), je retrouve ma mère en moi. Cesi bien le sang delà femme... »
En bon fik qu'il est, M. Hicbe!et a longtemps caressé la douce pensée de voir sa vieille mère assister à ses succès et jouir
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de ce bien-être qui en est la couséquence.
Quoi de plus doux en eiïei que d associer ainsi à nos efforts les êtres qui nous sont chers l Quelle plus précieuse récompense ua honoête homme peut>il aiTÎer?
liais la ¥!& estsàasi fiàe, ^'à mesa»
qa'oa panfitiai s'ûole.
On monte, et en montant on s'élève dans une sphère d'orages* Â chaque pas qu'on fait vers ce sommet de la gloire, on laisse auprès de soi une tombe nouvelle. Et cette tombe engloutit précisément un des chers témoins dont le regard nous soutenait. Nous avions foi en lui, nous vmdions déposer dans sa main fidèle le prix de la lutte. Nous espérions pouvoir lui dire un jour : Père, ami, frère, es-tu content? ai-je bien fait?
Lorsque enfin le sommet de ce glorieux Calvaire est atteint, qu'aperçoit on autour de soi?
Une solitude immense, et dans le fond de la vallée, la capricieuse multitude, enthousiaste un jour, et le lendemain oublieuse ou dénigrante; puis, toujours éveillées, la Haine»
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J'Envie, a.Tec leur bouclic plisséc eL leur. œil xl'oiseau de proie.
! Ml Michelet a va mourir sa mère avant :d*être arrivé à l'heureuse position que lui a conquise sou talent. Dans sou livre du prêtre, ^e la femme et de là famille, il dit eu terrailiant une éloquente préface : « J'ai écrk tout «CCI en pensant It une femuie dont le feniie et .sérieux esprit ne nrcîit pas manqué daus ces Jutles; je Vai perdue il y a trente ans (j clais «nfant alors), etuéanmoins, toujours vivante, elle me suit d'âge en âge. EHe a eu mou mauvais temps, et elle n'a pu profiter de mon meilleur. Jeune, je Tai conlristéc, et je ne In consolerai pas... Je ne sais pas seulement où sont ses os : J'étais trop pauvre alors pour lui acheter de lu terre. Kt pourtant je lui dois beaucoup. »
Cette consanguinité féminine si évidente <lans son Histoire de la Révolution, qu il s'agisse d'Oîympe de Gouges ou de IIano-.\ntoinette, ne tue pas en lui le sentiment démocrnlique. Loin de là. Il fait justice, mais une iitsfice attendrie, si je puis ainsi m' exprimer.
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Lorsqu'il parle des galanteries de Marie-Anloiiiette, on dirait qu'il y a en lui du regret ou de l'incertitude. Et pourtant il n'est que trop malheureusement dans le vrai.
Un de mes amis les plus respectables, à qui je communiquais un jour cette observation/ me fit la réponse suivante : — « Si M. Hichelet avait vu ce que j'ai été dans le cas de voir en Suède, au château de M. de Fersen, sa certitude en ce qui concerne les mauvaises mœurs de Marie-Antoinette eût été complète. »
Ou sait que H. de Fersen était un officier suédois de Tintimité de la reine. C'est lui qui, déguisé en cocher de fiacre, conduisit Marie- Antoinette au rende2-vous pour le voyage de Varennes. Il a été tué à coups de pieds par le peuple dans les rues de Stockholm.
Comme souvenir de son séjour en France, H. de Fersen conservait sons la remise de son château la chaise de poste qui avait servi au voyage à Varennes, une vraie maison roulante.
Il possédait aussi un portefeuille qui l/i
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avait été donné par Haric-Âmoine(lc au temps de leurs amours. Dans ce partefeuille il y avait un compartiment à secret contenant des choses,., inexpressibles.
Consolons-nous en pensant qu'elle n*éiait pas Française. Et si, politiquement, nous ne pouvons oublier combien les princesses antrichiennes sont fatales à la France^ plaignons du moins la femme.
Infortunée ! jetée si jeune au milieu d'une cour dissolue, elle a expié bien chèremenl Terreur des sens et de Timagination!
Pour voir îi quel point les travaux lîllé- * mires de H. Michelel ont trouvé dans les fonctions qu il a exercées une forte trame sur laquelle il n'a eu pour ainsi dire qu'à broder ses grandes arabesques historiques, il sufTîl d'un simple coup d œil.
La première partie de sa carrière se partage entre renseignement de riiistoire, des langues mortes et celui de la philosophie au collège Roltin. Nous l'avons vu à TÉcole normale en i827. La Révolution de juillet arrive, et il est nommé à l'emploi de chef de la :»eclion liis*
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torique aux archives du royaume. Quelle fouction pour un historien !
Peu de temps après, M. Guizot, (ouché sans doute de la prédilection dont M. Uichelet en> loure souvent dans ses œuvres les protestants et le protestantisme, en fait son suppléant à la Faculté des lettres. M. Michelet suppléant*de H. Guizot, et du gré de Tun et de l'autre, comme tout cela aujourd'hui semble faux et dissonant!
La chaire de H. Daunou venant à vaquer en 1858, M. Michelet le remplaça au Collège de France dans l'enseignement de l'histoire et de la morale. Peu de temps après, Tlnstitut, section des sciences morales et politiques, rappela h succéder au comte Rcinhard. Hais ceci, c'est la récompense.
M. Michelet a donné des leçons d'histoire à Tune des princesses filles du roi Louis- Philippe.
.Une personne de ma connaissance, se trouvant un jour chez H. Michelet, qui était sorti, vit entrer une jeune dame aussi simple que
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distinguée : c'était la spirituelle princesse Clémentine.
Elle attendit palienunent le retour de sou
M. Hichelet, qui eût pu utiliser une si haute relation au profit de sa fortune, n*en a jamais rien fait.
II refusa même, dit-on, d'être présenté au roi.
Quoique sorti de TUniversité, H. Micbelet profita de sa nouvelle position pour y défendre cette seconde mère à laquelle il doit beaucoup. La compagnie de Jésus était alors dans le plein de celte croisade dont on a pu se faire une idée en parcourant notre portrait de M. de Montalembert.
On sait quelles proportions prit celte lutte.
Le principal foyer d'attaque partait de Lyon, qui se trouve être à la fois une des citadelles de l'obscurantisme et de la démocratie. En s'appuyant sur le principe de la liberté, les jésuites faisaient preuve de beaucoup d'adresse. Ils jetaient le trouble dans les formules
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et trouvaient des auxiliaires en dehors de leur propre camp.
Pour ne citer que Jes économistes, et parmi eux le regrettable Frédéric Bastiat, dont j'ai déjà parlé, il est aisé de voir qu'avec son appel à la liberté de renseignement et les déclamations contre le monopole universitaire, la compagnie de Jésus dut rencontrer des adjudants temporaires parmi des gens qui la détestaient cordialement. Elle les mettait malgré eux de son côté.
Ce sont là des tours de jésuite.
En'France le monopole n*est pas aimé, la liberté Test beaucoup. 11 fallait de pareils traquenards intellectuels pour qu'on se posât enfin cette question: Qu'est-ce que la liberté?
Question à laquelle d'ailleurs personne n'est en mesure de répondre d'une manière satisfaisante; mais, qu'elle soit posée, c'est déjà beaudoup. Lé sphinx est à moitié compris.
Espérons qu'il ne nous dévorera plus.
Nous ne tomberons pas du moins dorénavant dans les embûches qu'on nous tendra
-^\ Faide de celte grande et retentissante parole: la liberté.
La querelle du Collège de France avec les Jésuites alla, comme on sait, jusqu'à h Chambre des pairs, à propos de la loi sur renseignement secondaire.
Elle passa ensuite à la Chambre des députés sous le couvert d'une discussion relalife •aux congrégations religieuses. Il fallut dépu* ter un ambassadeur au général des jésuites.
Qu'on nie encore la puissance de ces gensià!
Il y eut une sorte de transaction. Les jésuites s'engagèrent à ne pas former de communautés en France, et le cabinet promit de surveiller le Collège de France. Un professeur resta sur le carreau, ce fut M. Edgar Quiuet, qui ne voulut pas laisser restreindre la portée de son enseignement.
Les jésuites ne se relèveront pas en France des coups que ces deux professeurs leur ont j)ortés.
Le livre intitulé : le Prêtre, la femme et la famiUe fît à M. Michelet des ennemis ac-
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tifs et irrécoucilidbles. Il avait démasqué un triste mystère, celui de Tadultère intellectuel du directeur et de sa pénitente.
A côté de Tandrogyne matrimonial, de répoux et de l'épouse ne faisant qu un, il avait montré un troisième personnage qui, s'cmparant de Tesprit de la femme, Tabsor- ]>ant en Dieu et Tannihilant en la chair, ne laissait au mari que le cadavre de 1 épousée.
C'était un coup hardi et terrible porté & rinfluence sociale du prêtre. L'Église s'émut. Quelques prélats poussèrent la haine oontpe lauteur de ce livre jusqu'à l'oubli des convenances.
« Triste spectacle! dit M. Hichelet : des pontifes, des anciens du peuple, gesticuler, trépigner^ écumer, grincer des dents... »
L'évêque de Chartres, un des prélats les plus belliqueux de ce temps, fit un libelle.
Les salons, les feuilles et revues du parti clérical, se mirent à l'œuvre. On inventa des Michelet ayant commis pis que pendre, affectant de confondre celui-ci avec ceux-là.
Marseille pétitionna pour la destitution du
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professeur. Quelques prêtres poussèrwit ce cri funesle : « Au martyre ! » C'est comme à Ton eût crié : A l'assassinat l à la Saial-Bar-
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Le prêtre qui crie au martyre ne fiât que donner un signal.
En temps ordinaire, cela veut dire aux plumitifs du parli : Calomniez.
En temps de Saiut-Barthélemy ou de terreur blanche, cela veut dire : Tuel tuel
Après le gémissement des martyrs vint le feu roulant des mandements.
Peu de penseurs ont élé plus en butte que M. Michelet à la persécution des mandements.
Véut-on savoir ce que c'est qu'un mandement?
C'est un journal qui se débite gratis, qui se parle et qui s'écrit, qui se glisse d'église en église, de chapelle en chapelle, de couvent en couvent, de confessionnal en confessiounal; qui, par les femmes, va de maison en maison, de porte en porte, sans distinction d'hôtes, chez rilleltré comme chez' le lettré, et qui laisse, en fin de compte, dans les cerveaux les
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plus obtus un nom , et au bout de ce uom une malédiction.
Quand donc TÉglise quittera-l-elle ce dangereux terrain de la politique et fera-t-elle que la Démocratie puisse lui tendre une main amieî
Ce n'était pas en réalité contre le prôtre qu'était dirigé le livre de M. Michelet, mais bien contre la condition faite au prêtre par les rigueurs de TÉglise.
Selon M. Michelet, la papauté n*est plus à Rome, elle est à Paris, dans le Code Napoléon, dans Voltaire, dans Rousseau, dans la Révolution. « La France est pape. »
A ses yeux le prêtre est une victime de la contradiction de la loi civile et de la loi canonique.
Selon lui, prêtre veut dire vieillard, et il réclame pour le jeune prêtre les droits de la nature et ceux de la famille.
Il ne veut pas qu'un prêtre ûdèle à la consigne de rÊglise soit obligé d'imiter cet abbé bénédictin du Tyrol qui, ne pouvant se faire
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relever de ses vœux et ne voulant pas ks rompre, se poignarda*
Ce fut la belle époque de la carrière de H. Michelet. Son cours, le plus soivi de crax de Paris, réchauffait uu peu la monotonie du règne, et poussait tout doucement vers h ré> publique celte bonne monarchie constiUilioiH uelie, assez aveugle pour ne pas comprendre qu'en France les conséquences de son système mèneront toujours là.
Et pourquoi d'ailleurs Tarréterait-on en cliemin? Taristocralie frauçaise a-t-elle dit quelque chose pour cela?
Qu'est-ce qu'une monarchie constitutionnelle sans aristocratie puissante, active et respectée, — sinon Técole préparatoire à Tad* mission d'un peuple pour la république?
En songeant à cette jeunesse entliousùislc qui se pressait autour de la chaire de M. Michelet, ma pensée se reportait sur cesdocteurs du moyen âge qui, les premiers, initiaient les foules à la passion des idées.
Je songeais à Abeilard, dont les lèvres furent
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comme une double source d'où s'épanchaient à la fois l'Amour et la Science.
L^amour et la scjence, l'amour de la science et la science de Tamour : tels sont eu effet les plus rejnaniuables caractères de l'œuvre de M. Uichelet.
La Science sans TAmour a quelque chose de barbare qui sent les froides ombres du cloiire, les rigueurs scolasliques, le célibat, la poussière, l'odeur des vieux livres et les terminaisons en us.
Mais, comme chez H. Michelet Tamour adoucit toujours la science, ou ne sent plus le prbfesseur. C'est un homme éloquent, un artiste qui cause avec vous.
Lorsque du haut de sa chaire du Collège de France il parlait à la jeunesse, cet Abeiiard,
— mais un Abeiiard marié, tout enflammé des joies légitimes du mariage et de là famille,
— il prenait la Jeunesse pour son Héloîsé, il causait avec elle, il lui lançait de certains regards qui soudain portaient en elle le trouble de Fadoration.
Sa parole, comme sonslyle, était toute pleine
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de points d^exclamations, de hardiesses, de réticences, ou plutôt de temps d'arrêt causés par rémotion... « Messieurs!... i s'écriait-il parfois. Et ce a Messieurs, » jeté comme uu cri, comme un soupir exprimant Timpuîssance du verbe à tout rendre, à tout exhaler, faisait passer des étincelles dans les cheveux de son auditoire.
Il fallait voir alors cette belle tête de travailleur chargée de sa moisson de cheveux blancs, cette face mobile et fine, comme une figure de femme, et ossifiée en même temps comme celle des hommes qui aiment beaucoup les femmes.
 le voir tout blanc par le haut et tout feu par le cœur, on dirait d'un volcan couvert de neige.
Chose digne de remarque, le cours de M. Michelet, qui sous Louis-Philippe avait résisté à de si vives attaques, fut fermé sous la République.
En mars 1851, à Tépoque où les éléments réactionnaires combinés étaient devenus maîtres de tous les postes, H. Barthélémy Saint-
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Hilaîré, un débris anonyme de la commission executive, remplissait les fonctions d'administrateur du Collège de France, L'administrateur est lui-même un professeur nommé par ses collègues et n*a aucun droit de censure ou de contrôle sur l'enseignement du Collège de France.
Hais les plaintes des jésuites étaient alors accueillies avec faveur par la réaction, qui acceptait tout et faisait flèche de tout bois contre la Rq)ublique.
Le cours de H. Hichelet, défiguré par des sténographes infidèles, fut mis sous les yeux du ministre de Tlnslruction publique. Celui-ci avait déjà Tœil sur le cours de M. Michelet en raison de Tenthousiasme qu'il excitait dans la jeunesse et des désordres qui en étaient la conséquence lorsque les jésuites essayaient de troubler les séances.
Dans la correspondance qui s'engagea à ce sujet entre H. Barthélémy Saint-Hilaire et le ministre, le premier prit d'abord le parti de son collègue et se rangea ensuite du côté de ses adversaires.
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H. Michelet exposa ses griefs daus les journaux. M. Barthélémy Saiiit-Hilaire répliqua aigrement. Il accusa M. Michelet de manque d'assiduité. Il exagéra les désordres auxquels le cours avait donné Heu. Il déclara que^ce cours d'histoire et de morale d^éuénut eu politique. Critique importante à remarquer.
Où commence, où finit la politique? N'est-ce pas là le plus grand argument qu*on puisse invoquer contre renseignement du Collège de France?
De son côté, M. Michelet réplique : c J'affirme que ma leçon du 27 février, sténographiée par les soins de l'administrateur pour éclairer le ministre et le Collège de France, est une parodie perpétuelle. On m'y ùii dire mille inepties ; ou y supprime ce qui fait le caractère religieux et moral de mon cours, t
Le résultat de celle lutte ne se fit pas attendre : deux jours après, le cours de M. Michelet était suspendu.
On ne retrouvera pas de longtemps un pareil professeur. Il en existe de plus savants peut-être, de plus méthodiques; mais, parle
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mélange même de ses qualités et de ses dé* fants, il reste hors de toute comparaison.
Quel artiste! quel séducteur! mais que) honnête séducteur!
Comme il vous entraîne à Tamour, à la liberté! mais comme en le quittant on retombe lourdement dans le terre-à-lerre de la vie et comme Ton sent que la politique ne peut se passer ainsi en expansions de tendresse et de vertu!
Il y a des moments où, pour cette profonde, cette ardente sympathie humaine qui est en lui, on voudrait l'embrasser. F^es pages de ses livres palpitent comme le sein d*une belle femme vertueuse, mais sensible.
Quand je lisais son Histoire de la RévoluiioUj je me suis surpris en temps pluvieux cachant sous mon habit ce cher livre, le met* tant au chaud près de mon cœur et l'emportant pour le lire dans mon lit. J'étais sûr de passer une nuit attendrie, une nuit en bonne fortune avec la Julie la plus artiste, la plus savante, la plus honnête et la plus amoureuse qu*il soit possible d'imaginer. Je croyais con-
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verser avec madame Roland, avec CharkUe Corday, avec Lucile, avec Théroigne, avec toutes ces femmes eu une seule, et presser dans mes bras la déesse de la liberté.
Mais quelle prostituée au réveil! qudle comédienne! quelle menteuse ! lorsqu^on songe qu'après avoir tant promis au pauvre peuple elle n*a su faire que les affaires des bourgeois, laisser la parole au plus riche, l'industrie aux grands capitaux, et, avec ses tirades étenielles sur la vertu, se vendre partout au plus fort!
A Dieu ne plaise que je poursuive H. Hichelet sur le terrain économique, qui n'est pas le sien. Mais si, comme le prétend \e Journal des Débats, la philosophie est la science des principes, H. Michelet, qui a enseigné la philosophie, peut, sans être économiste, vous dire ce que c est (|ue la liberté.
Or comment, n'ayant pas plus que moi confiance dans le laissez faire et le laissez passer de M. de Goumay, peut-il concilier son amour pour la liberté avec la négation de cette formule?
Ce que j'admire dans M. Michelet, c^estone
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grande conscience des droits du peuplé: qu'il le traduise par le mot liberté ou par tout autre, peu importe. Ce que j'aime en lui, c'est sa profonde sympathie humaine.
■ Ce que je lui reproche, c'est de manquer absolument du sentiment de la nécessité, et par conséquent de rinstinct politique. Il voit très-bien la raison de l'individu, mais il ne ^"oit pas la raison d'Étal.
Le cœur est tendre, mais Tâme n'est pas assez haute. Aussi ne sera-t-il qu'un historien de second ordre, cher à la jeunesse et aux femmes. Or l'histoire est, 5 mon sens, une lecture d'homme, par excellence, et demande, de la part de celui qui l'écrit, un génie viril.
L'historien est Thomme d'État de la littérature.
Homme de sentiment, mais de peu de logique;
Homme de talent, mais de génie médiocre;
Homme de poésie, mais de faible caractère;
Homme de passion, mais non de raison;
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Utile quelquefois, dangereux souvent;
Lyrique, artiste, décousu eu sou style, comme Thabit d'un coureur d'aventures : tel est à peu près M. Uichelet, que nous aimons tous, malgré et peul-êlre à cause de ses défauts; mais que, pour mon compte, j'aime pour de meilleurs motifs, et entre autres pour celui-ci : il a contribué à séparer le jésui> tisme du catholicisme, en dépit des affirmations contraires du parti clérical. Ce qui permet à la démocratie, sauf certaines réserves du domaine temporel, de ne pas se séparer de rÉglise.
Ceci est un service politique. Que tels ou tels évêques protestent, peu importe. Nous ne voulons pas confondre.
Les défauls de H. Michelet ont cela de fâcheux, qu'ils nuisent quelquefois à la valeur ■ et au sérieux de son œuvre. Son génie du détail et de la couleur, son amour de l'induction, le jettent à chaque instant dans le domaine des pures hypothèses. Et Thiitoire n'a pas le droit d'aller jusque-là.
Il a engendré ainsi une école qui, en abu-
sant des procédés du maître, est tombée dans un véritable galimatias.
Son enthousiasme trop fréquent fatigue.
Quelquefois il dégénère en pure poésie, et celte poésie fmit par s'écarter de Tétroite ligne de la raison. Je n'en veux pas citer d'exemples.
Il arrive ainsi que ses livres les plus solides tout à coup s'évaporent. Je le regrette pour son Histoire de France, dont les derniers volumes se ressentent de cet état deTâme qui va croissant chez lui : je le regrette aussi pour son Histoire de la Révolutioriy qui n'est pas précisément une histoire, mais une appréciation historique mêlée de dithyrambes, de réflexions et d'impressions.
Ht sont ainsi plusieurs dont la carrière se termine par une véritable vaporisation de facultés : par la fureur chronique, voir M. Victor Hugo; par un grand besoin d'argent, voir M. de Lamartine; par un amphigouri esthétique, voir la célèbre femme auteur George Sand; par un chant, voir M. Hichelet.
Car qu'est-ce que YOiseau, sinon un chant?
Serait-ce le chaut du cygne, liélas! serait-ce Tannonce que la moisson est faite, que les lauriera sont fanés?
Au fond, que veut dire (out celât E>t-€e que la démocratie désespère? Ne sent-elle pas que le monde est à elle, quels que soient les gouvernements? ne sent-elle pas que ses majestueuses destinées s'accomplissent à traTers les événemenls sombres ou fantasqnes de l'Europe, comme un fleuve qui suit son cours au milieu des orages?
Tout le monde a lu ce livre, YOiseau^ avec bien de Téton nement d'abord, avec beaucoup de charme ensuite ; je n'ai nul motif de le dissimuler. On peut regretter de voir M. Michelet s*écarter de ce laborieux sillon qu*il trace depuis tant d'années à travers le champ de l'histoire, mais on ne peut nier le talent qu'il déploie.
L^histoire devait le conduire à un autre ordre de conceptions. Elle devait le mener aux idées puremeikt spéculatives, à la formule des principes de gouvernement.
Les événements qui ont eu lieu en France,
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événements mal compris encore, les revers de la démocralie en Europe, la douleur inséparable de tous ces cataclysmes dans lesquels apparaît la nécessité triomphale et la Force se superposant au Droit ou du moins à la lettre du droit, toutes ces causes auront replié vers les choses du foyer son âme qui tendait à s'élever à la vie publique.
Ces brusques coups de boutoir du sanglier Fortune ont beaucoup étonné les cœurs tendres, les esprits légaux, les âmes modérées.
Le choc qu'ils en ont reçu, — très*curieux à observer, — les a tous plus ou moins frappés de telle façon qu'ils ne s*en relèveront pas. 11 y en a plusieurs qui sont devenus presque fous. Ils ressemblent à ce bœuf échappé de Tabaltoir après avoir reçu un coup de marteau et qui court les rues, furieux, aveugle, sourd.
Les hommes fortement trempés dans Tidée révolutionnaire et mieux douSâ de lesprit politique n'ont éprouvé ni ces étonnements ni fait tout ce vain bruit. Ils ont senti que la Révolution entrait dans une phase nouvelle,
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et ils se sont appliqués à Tétudier et à la comprendre.
A cette cause supérieure du déraillement de cette brillante locomotive qu'on nomme Hichelet, il en faut ajouter de plus hamblcs, de plus intimes... et, disons-le gaiement, de plus aimables !
M. Michelet, qui a si vaillamment défendu la famille contre l'invasion du prélrc, prêche d'exemple. La mort avait éparpillé les cendres de son foyer ; il a relevé cet humble autel domestique.
Quoique un peu attardé déjà dans la vie, se sentant l'âme jeune et tendre comme aux premiers jours, — plus tendre peut-être, — car c'est une erreur de croire qu'on durcit en vieillissant; les belles âmes, au contraire» se fout plus humaines, plus attendries à mesure qu'elles se rapprochent de ce suprême hjmeu de la mort ; — se sentant, dis-je, trop d'amour pour pouvoir l'apaiser en labeurs et en paroles, il s'était remarié.
11 avait épousé une personne t née à la campagne, » y ayant c passé les deux tiers des