I. — LETTRE DE VICTOR HUGO
/» y^*^ ^trX^ Ot^ f/*^ ^^¥^'^
•^ ér%
l^tr 4yypi/ /^iri
fl. — LETTRE DE LOUIS BLANC.
■ I Il M I f ■ ■ - I 11. / ^
Par délibération immédiate, le Comité Spécial prononça, à runanimiic moins une voix (la voix du F.'. Rath), qu'il n'y avait pas lieu de donner suite à la plainte déposée contre moi, mon innocence étant complète et absolue; procès-verbal fut dressé de cette délibération, avec des conclusions à mon éloge.
Vous croyez peut-être que, mon innocence étant proclamée par le Comité qui avait fait une enquête approfondie sur mille points me concernant et même ne me concernant pas, vous croyez peut-être que, devant la preuve authentique, palpable, de l'existence réelle des lettres en litige, cette affaire était bel et bien terminée. Vous pensez cela, n'est-ce pas?
Ah ! que vous connaissez peu la Franc-Maçonnerie!
Mon exclusion était décrétée par le Grand-Orient; il fallait qu'elle se fît. Les Frères Trois-Points allaient, malgré moi-même, me rendre le seul vrai service que j'aie jamais reçu d'eux.
Le mercredi 5 octobre, la Loge le Temple des Aviis de l'Honneur Français tenait une réunion administrative sans intérêt ; une quinzaine de membres à peine étaient présents. Le Vénérable n'avait pas envoyé de convocations imprimées ; quelques Frères seulement avaient été avisés, par cartes postales, qu'on traiterait ce soir-là « diverses questions tinancières. »
Le Comité Secret, chargé de l'enquête sur mon affaire, apporta son procès-verbal, dont les conclusions déclaraient que la plainte déposée contre moi n'était point fondée.
Aux termes de la Constitution maçonnique (art. 14 des Dispositions Judiciaires), le Vénérable n'avait qu'à donner au Comité acte de son procès-verbal et de ses conclusions; après quoi, il avait l'obligation formelle de prononcer l'annulation de la plainte. En effet, le
2« paragraphe de l'art. 14 dit expressément : « Si le Comité Spécial d'instruction, à la majorité des voix^ reconnaît que la plainte n'est point /ondée, elle est annulée. » Elle est annulée, ni plus ni moins, c'est clair et net.
Mais comme la Constitution maçonnique a été créée et mise au monde pour être violée par les Vénérables chaque fois que le Grand-Orient l'ordonne, l'extraordinaire F.*. Lemaire prit la parole et dit :
« — A mon sens, le Comité a mal conclu dans cette affaire. En admettant même que le F.-. Léo Taxil ait produit devant le Comité les lettres autographes de Victor Hugo et Louis Blanc, sa culpabilité n'est point diminuée, au contraire; car, au lieu de déposer ces pièces à nos archives', comme il aurait dû le faire, il s'est con tenté de les montrer, témoignant ainsi à la Maçonnerie une injuste défiance. Bien plus, sitôt qu'il a eu retrouvé ces lettres, il en a publié dans son journal la reproduction autographiée, en l'accompagnant d'outrages à l'adresse des illustres Victor Hugo et Louis Blanc, qui sont, sachez-le bien, mes Frères, les deux plus grands saints de la démocratie du dix-neuvième siècle ! »
Et, à l'appui de son dire, le F.*. Lemaire montra à l'assistance un numéro de journal reproduisant lesy^c- 5/mî7e des deux fameuses lettres. Quant à mes prétendus outrages, ils consistaient dans la constatation de l'absence de mémoire dont avaient fait preuve Victor Hugo et Louis Blanc en oubliant au bout de trois mois la lettre que chacun d'eux avait écrite au Midi Républicain; l'expression la plus irrespectueuse adressée, dans l'article, à ces éminents personnages, était la quaiifica tion de « vénérables débris d'un glorieux passé » ; on
I. On avouera qu'il aurait fallu être d'une rare bêtise pour consigner ces documents entrj les mains du Frère Lemaire et dé ses pareils .
avouera que l'auteur de Tartichi aurait eu le droit d'être plus méchant '. N'ayant que cette alternative, ou passer pour un faussaire aux yeux du public, ou démontrer que « les deux plus grands saints de la démocratie du dix-neuvième siècle » avaient, comme la plupart des personnes de leur âge, ce qu'on appellepoliment des absences, je n'avais pas hésité ; j'avais tenu à me laver complètement d'une imputation déshonorante. Dame, je crois qu'à ma place chacun de mes lecteurs en eût fait autant! Seulement, dans la Franc- Maçonnerie, on appelle indiscipline et révolte les justifications produites de cette façon-là.
Lors donc, le Vénérable Lemaire, après avoir bien chauffé les esprits des quatorze pelés et un tondu qui composaient ce soir-là l'assistance, eut le superbe aplomb de mettre aux voix la déclaration régulière qui m'innocentait. De la Constitution maçonnique qu'il avait jurée, il se souciait alors, l'excellent homme, comme le Grand-Orient se soucie du serment d'aide et protection qu'il jure à ses naïfs initiés.
La majorité des quatorze pelés et un tondu n'approuva pas les conclusions du Comité, se rendant ainsi complice du viol de Constitution commis par le Vénérable.
Trois jours après, je recevais ma citation à comparaître, conçue en ces termes :
I. Les expressions les plus vives de cet article étaient à Tadresse des intrigants qui avaient abusé du grand âge de Victor Hugo et de Louis Blanc pour leur faire renier leur signature. Ceux-là, par exemple, n'étaient pas ménagés. « Le peuple, était-il dit, est mené à cette heure par quelques ambitieux qui se soucient peu de son bonheur et beaucoup de leur fortune. Ces gens-là, passés maîtres en fait de pasquinades et de coquineries, ne reculent devant aucun procédé pour arriver à leurs fins. Quiconque aime le peuple est pour eux un ennemi qu'il faut faire disparaître. •
A.-. L.-. G.-. D.-. G.-. A.-. D.-. L'UN.-. Au Nom et sous les Auspices du Grand-Orient de France.
TEMPLE DES AMIS DE L'HONNEUR FRANÇAIS
LIBERTÉ