GRADE D'APPRENTI
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Comment se pratique l'enrôlement.
La Franc-Maçonnerîe cherche, avant tout, à avoir le plus grand nombre possible d'adhérents, pourvu cependant qu'ils appartiennent à une condition les mettant en mesure de répondre aux exigences pécuniaires de rOrdre.
Pour recruter des adeptes, on s'adresse donc aux classes aisées de la société : on ne dédaigne pas certes le petit boutiquier ni l'artisan libre qui gagne quelque superflu, on enrôle même le contre-maître d'atelier et au besoin l'ouvrier de la catégorie supérieure dont le travail est indépendant et le salaire élevé ; mais à l'ouvrier ordinaire qui s'appelle légion, au travailleur à prix moyens, au petit employé, à tous les prolétaires de l'usine, du champ et du bureau, les portes des Loges sont et demeurent fermées.
De l'opinion politique, on ne se soucie guère. L
Franc-Maçonncric est le groupement dediveis cgoîsmcs individuels se fortifiant les uns les autres et constituant ainsi la monstrueuse solidarité d'un dgoïsme général qui exploite la grande masse des Profanes, c'est-à-dire des gens restés en dehors de l'association. C'est pourquoi la secte a besoin, pour se maintenir sous tous les régimes, d'avoir dans son sein des hommes affichant des opinions diverses et surtout manquant de scrupules. Toutefois il est juste de dire que, dans notre pays, les préférences de la Maçonnerie sont pour la République, vu que clicz nous ce mode de g'ju^'"rnemc:"it est celui qui favorise le plus la pêche en eau trouble et la lutte contre le catholicisme.
Quant aux bonnes mœurs, on en parle beaucoup dans les Constitutions, dans les Rituels et dans les discours qui se prononcent à tout propos entre les quatre murs des Temples; mais, en réalité, on en a encore moins cure que des opinions politiques. L'enquête sur la moralité d'un candidat à l'initiation a uniquement pour objet de savoir si, en cas de mauvaise conduite, l'individu proposé ne pourrait pas, par quelque scandale, jeter du discrédit sur la corporation : l'être pervers, vicieu v même, est, dès l'instant qu'il possède de la fortune et a un rang dans la vie civile, initié avec les mêmes égards et aussi bien honoré que le père de famille aux mœurs irréprochables.
L'argent n'a pas d'odeur, voilà le vrai principe maçonnique. Ayez des millions gagnés aux tripotages malpropres de la Bourse ou dans l'exercice d'une profession notoirement déconsidérée, que même l'or de vos revenus soit vomi dans votre caisse par un de ces égouts innommables qui sont la honte de notre société, cela ne vous empêchera pas d'être affilié Frère Trois-Points; tout comme un autre, vous pourrez même viser aux plus hauts grades.
Oui, peuple naïf qui te paies de mots et qui, ne connaissant pas de près la secte ténébreuse dont tu es le jouet, la prends pour une association dii^ne de ton respect, oui, bon public, il en est comme j'ai riionneur de te le dire. S'il l'était donné de parcourir seulement la liste des membres du Grand Collège des Rites (Suprême Conseil des SS'-'^du Grand-Orient de France), tu reviendrais de ton erreur; l'un des plus émincnts de ces membres, flétri naguère par toute la presse lionncte, est propriétaire, en plein Paris, d'une de ces maisons infâmes dont le commerce est réglementé par la préfecture de police.
Relativement aux idées religieuses, la secte ne s'en préoccupe pas trop non plus, quand il s'agit d'une adniission. Le catholique qui, malgré les censures de Rome, se laisse entraîner à l'initiation maçonnique, est tenu par les sectaires — et en cela ils ont raison — pour un homme d'une foi bien peu alTermic; l'engrenage est là, du reste, savamment organisé, pour broyer, pulvériser, détruire dans un écrasement progressif, lent, mais sûr, les quelques croyances chrétiennes que possédait cette pauvre amc imprudente avant la satanique afliliation.
La Franc-Maçonnerie, recrutant son monde parmi ceux dont la bourse peut être mise à contribution, ne regarde donc pas à la qualité, mais à la quantité
Un membre de la secte, le Frère F.-T.-B. Clavcl, dans un livre aujourd'hui introuvable *, a laissé échap-
I. Le Grand-Orient a fait tout son possible pour que cet ouvrage disparaisse. Il est intitulé Histoire pittoresque de la Franc-Maçon.ierie, et on ne le trouve plus que dans les bibliothèques d'amateurs; la Bibliothèque Nationale en possède un très bel exemplaire. — La publication de ce livre valut à son auteur une mise en accusation devant sa Loge. Le F.*. Clavel, \dr 33 Toix contre 14, fut condamne, le 3o novembre 1844, à
per de précieux aveux sur le mode de recrutement qui est employé.
Je cite textuellement cet auteur franc-maçon : « La Franc-Maçonnerie, dit-on à ceux que l'on veut enrôler, est une institution philanthropique progressive, dont les membres vivent en frères sous le niveau d'une douce égalité. Là sont ignorées les frivoles distinctions de la naissance et de la fortune, et ces autres distinctions, plus absurdes encore, des opinions et des croyances. L'unique supériorité que Ton y reconnaisse est celle du talent; encore faut-il que le talent soit modeste et n'aspire pas à la domination. Une fois admis, on trouve mille moyens et mille occasions d'être utile à ses semblables, et, dans l'adversité, on reçoit des consolations et des secours. Le Franc-Maçon est citoyen de l'univers : il n'existe aucun lieu où il ne rencontre des Frères empressés à le bien accueillir, sans qu'il ait besoin de leur être recommandé autrement que par son titre, de se faire connaître d'eux autrement que parles signes et mots mystérieux adoptés par la grande famille des initiés. »
« Pour déterminer les curieux, poursuit le Frère Clavel, on ajoute que la société conserve religieuse-
l'exclusion à perpétuité de la Franc-Maçonnerie ; plus de 1 5o membres, ayant voix déiibérative, n'avaient pas reçu leur lettre de convocation pour la séance du jugement (on voit par là que le procédé employé contre moi en 1881 n'est pas nouveau). Néanmoins, le Grand-Orient, après avoir ratifié d'abord la sentence de la Loge, amnistia ensuite le F.-. Clavel, celui-ci ayant mis les pouces ; les exemplaires qui étaient encore en magasin chez l'éditeur ne furent plus vendus au public, mais rachetés par les frères haut-gradés, qui se les partagèrent. Le décret d'amnistie reconnaissait que le F.'. Clavel, dans la rédaction de son œuvre, avait constamment fait preuve de sentiments de vrai et bon maçon, qu'il ne tarissait pas en éloges sur l'association, mais que beaucoup de ses indiscrétions étaient réellement malheureuses et donnaient des armes à la critique profane. En d'autres termes, le F.'. Clavel avait été un a enfant terrible ».
ment un secret qui n'est et ne peut être le partage que des seuls Francs-Maçons. Pourdccider les hommes de plaisir, on fait valoir les fréquents banquets où la bonne chcre et les vins généreux excitent à la joie et resserrent les liens d'une fraternelle intimité. Quant aux artisans et aux marchands, on leur dit que la Franc-Maçonnerie leur sera fructueuse, en étendant le cercle de leurs relations et de leurs pratiques. Ainsi l'on a des arguments pour tous les penchants, pour toutes les vocations, pour toutes les intelligences, pour toutes les classes; mais peut-être comptc-t-on un peu trop sur l'influence des préceptes maçonniques pour rectifier ensuite les fausses idées et pour épurer les sentiments égoïstes qui portent que<a'^cs personnes à se faire recevoir. »
On conçoit que des aveux de ce genre aient gêné le Grand-Orient. Mais le Frère Glavel n'a pas tout dit. Il est encore une sorte de pression que la Maçonnerie exerce pour augmenter le nombre de ses adeptes.
Les Francs-Maçons, dans le domaine de la vie politique, n'appuient exclusivement que ceux qui sont des leurs. Mais, comme ils ne sont pas les dispensateurs de la renommée, il arrive souvent qu'un indépendant, non affilié à la secte, se fait tout à coup connaître du public soit par un acte hardi, soit par une plaidoirie retentissante, soit par un ouvrage à succès.
Ce dernier cas fut le mien. Une brochure, qui m'avait valu un procès en cour d'assises de la Seine, terminé par un acquittement, m'avait brusquement mis en lumière; celles qui suivirent obtinrent à leur tour une réussite, trop connue, hélas ! pour y insister. La Franc-Maçonnerie, à laquelle j'étais alors étranger, n'avait nullement aidé à ces succès scandaleux. Seulement, lorsque, la vogue se maintenant, il fut acquis qu'une nombreuse partie du public républicain s'aim-