‹ Les Frères Trois-PointsChapitre 188 sur 189 · RITE ECOSSAIS · texte numérisé non relu

RITE ECOSSAIS

D. Qu'y a-t-il de commun entre vous et moi? — R. Une

vérité.

D. Quelle est cette vérité? — R. L'existence d'un Grand Architecte, auteur de l'Univers, c'est-à-dire de tout ce qui a été, de tout ce qui est et sera.

D. Comment savez-vous cela? — R. Parce que, outre les organes qui constituent notre être matériel, le Grand Être nous a donné l'intelligence, au moyen de laquelle je puis discerner le bien d'avec le mal.

D. Cette faculté que vous nommez intelligence, est-elle indépendante de votre organisation physique ? — R. Je l'ignore, mais je crois que, comme nos sens, elle a ses progrés et son développement, elle a son enfance, son adolescence et sa maturité; d'abord inaperçue chez les enfants,

elle se manifeste dans les adultes, se perfectionne et s'élève ensuite au plus haut degré de conception.

D. L'intelligence sutlit-elle pour discerner le faux d'avec le vrai, le bien d'avec le mal? — R. Oui, lorsqu'elle est dirigée par une saine morale.

D. Où enseigne-t-on cette morale? — R. C'est la Franc- Maçonnerie qui enseigne la morale la plus pure et la plus propre à former l'homme pour la Société et pour lui-même.

D. Êtes-vous Maçon? — R. Mes Frères me reconnaissent pour tel.

D, Quelle est la base de la morale enseignée dans la Maçonnerie? — R. L'amour de nos semblables.

D. Toute morale ne doit-elle pas être fondée sur cette base? — R. Oui, sans doute; mais la Maçonnerie est le mode pratique le plus parfait pour son enseignement.

D. En quoi consiste ce mode? — R. Dans des mystères et des allégories.

D. Quels sont ces mystères et ces allégories? — R. Il n'est pas permis de le dire; mais interrogez-moi, si vous le voulez, et vous parviendrez peut-être à les deviner et à les comprendre.

D. Qu'a-t-on exigé de vous pour vous faire Maçon ? — R. Que je fusse libre et de bonnes mœurs.

D. Comment libre ? Reconnaitricz-vous qu'un homme puisse être dans un esclavage légitime ? — R. Non, tout homme est libre; mais il peut être soumis à des empêchements sociaux qui le privent momentanément d'une partie de sa liberté, et, d'un autre côté, il ne tombe que troo souvent dans l'esclavage de ses passions ou des préjugés fie son enfance et de son éducation, et c'est de ce joug surtout que tout néophyte doit être aftVanchi. Cependant, celui qui a lui-même aliéné sa liberté doit être exclu de nos mystères; car celui qui ne peut disposer de lui-même légalement ne peut contracter aucune obligation valable.

D. Comment avez-vous été reçu Maçon? — R. On m'a dépouillé d'une partie de mes vêtements et de tous mes métaux, et on m'a privé de l'usage de la vue.

D. Que signitie cela? — R. Plusieurs choses à la fois : la privation de métaux me représentait l'homme avant la civilisation et dans l'état de nature; enfin, l'obscurité dans laquelle j'étais plongé figurait l'homme dans l'ignorance de toutes choses.

D. Quelles conséquences morales résultent de cette allégorie? — R. La nécessité de l'instruction.

I). Qu'a-t-on fait pour vous instruire? — U. On m'a fait voyager de l'Occident à l'Orient et de l'Orient à l'Occident, d'abord par une route inégale, parsemée d'écueils, interrompue par des obstacles, au milieu d'un fracas et d'un bruit étourdissant. Ensuite j'ai voyagé par une route moins difficile que la première et où j'entendais un grand conflit d'armes. Et enfin, en troisième lieu, j'ai marché dans une voie facile et agréable.

D. Que signifie cette route inégale, ces écueils, ces obstacles et le bruit qui signalèrent votre premier voyage ? — R. Physiquement, ils signifient le chaos, que l'on croit avoir précédé et accompagné l'organisation des mondes; au moral, ils signifient les premières années de l'homme ou les premiers temps de la société, pendant lesquels les passions, n'étant pas encore réglées par la raison ni par les lois, conduisaient l'un et l'autre dans une foule d'embarras inextricables.

D. Que signifie le bruit d'armes que vous avez entendu pendant votre second voyage? — R. Il figure l'âge de l'ambition ; il représente les combats que la société est obligée de soutenir avant de parvenir à un état régulier, ou bien encore les obstacles que l'homme doit surmonter et vaincre pour parvenir à se ranger convenablement parmi ses semblables.

D. Que veut dire la facilité que vous avez trouvée dans votre dernier voyage? — R. Elle indique l'état de paix et de tranquillité qui résulte de l'ordre dans la société et de la modération des passions chez l'homme oui entre dans la maturité de l'âge.

D. Comment s'est terminé chacun de ces voyages? — R. Chacun de ces voyages m'a conduit à une porte où j'ai frappé.

D. Comment étaient situées ces portes? — R. La première au Sud, la seconde à l'Occident, et la troisième à l'Orient.

D. Que vous a-t-on dit lorsque vous avez frappé ? — R. A la première, on m'a dit de passer; à la seconde, on m'a dit de me purifier par l'eau; à la dernière, on m'a dit de me purifier par le feu.

D. Que signifient ces purifications? — R. Que, pour être en état de jouir de la lumière et de la vérité, il faut se

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dcgnper de tous les préjuges de l'entante cl de l'éducation et se livrer avec ardeur à l'étude de la sagesse.

D. Que signifient les trois portes où vous avez frappé? — R. Les trois dispositions nécessaires à la recherche de la vérité : la sincérité, le courage et la persévérance.

D. Que vous est-il arrivé ensuite? — R. On m'a fait faire le premier pas dans un carré long.

D. Que voulait dire cela? — R. C'était pour me faire comprendre que le premier fruit de l'étude est l'expérience qui rend l'homme prudent.

D. Que devîntes-vous ensuite? — R. On me donna la lumière.

D. Que vîics-vous alors ? — R. Des rayons éclatants vinrent frapper ma vue, et je vis tous les Frères armés de glaives dont la pointe était dirigée vers moi.

D. Que voulait dire cela? — R. J'ai compris, depuis, que ces glaives figuraient les ravons de la lumière de la vérité, qui, au premier aspect, blessent la vue intellectuelle de celui qui n'y a pas été préparé par une solide instruction.

D. Comment vous a-t-on lié à la Franc-Maçonnerie? — R. Par un serment et une consécration.

D. Qu'avez-vous juré ? — R. De garder fidèlement les secrets qui allaient m'ètre confiés, d'aimer et de secourir mes Frères au besoin.

D. Vous etes-vous repenti d'avoir contracté cette obligation ? — R. Jamais ! et je suis prêt à la renouveler en face de tout Respectable Atelier !

D. A quels indices peut-on encore reconnaître un Maçon? — R. A un signe, h un mot et à un attouchement.

D. Quel est le signe? — R. Le voici. [On fait le sif^ne.)

D. Quel est le mot ? — R. Je ne dois ni lire ni écrire, je ne puis qu'épeler; dites-moi la première lettre, je vous dirai la seconde. {On epcle le mot sacré.)

D. Que signifie cette manière ? — R. Elle caractérise le premier degré de l'initiation, qui est l'emblème de l'homme ou de la Société dans l'âge de l'ignorance, lorsque l'étude et les arts n'ont point encore développé ses facultés intellectuelles.

D. Donnez-moi l'attouchement. — R. (On le donne.)

D. Vous m'avez dit qu'on vous avait mis presque nu. Étes-vous habillé en Loge? — R. Oui, on m'a revêtu d'un tablier.

D. Que signifie-t-il ? — R. Il m'enseigne que 1 homme est né pour le travail et que le Maçon doit s'y livrer constamment pour de'couvrir la vérité.

D. Oia travaillez-vous? — Dans une Loge.

D. Comment est construite votre Loge ? — R. C'est un carré long, qui s'étend de l'Orient à l'Occident, dont la largeur est du Nord au Sud, la hauteur, de la terre aux cicux, et la profondeur, de la surface de la terre au centre.

D. Comment est couverte votre Loge? — R. Par une voûte d'azur, parsemée d'étoiles sans nombre, et où circulent le soleil, la lune et d'innombrables globes qui se soutiennent par leurs attractions pondérées l'un vers l'autre.

D. Quels sont les soutiens de cette voûte? — R. Douze belles colonnes.

D. La Loge n'a-t-elle pas d'autres appuis ? — R. Elle est encore fondée sur trois forts piliers.

D. Quels sont-ils ? — R. Sagesse, Force, Beauté.

D. Comment sont représentés dans la Loge ces trois attributs ? — R. Par trois grandes lumières.

D. Comment sont placées ces trois grandes lumières ? — Une à l'Orient, une à l'Occident, et la troisième au Sud.

D. Que remarque-t-on encore dans votre Loge ? — R. Diverses figures allégoriques dont le Maître m'a expliqué le sens.

D. Quelles sont ces figures? — ■ R. i» Un portique accompagné de deux colonnes en bronze, sur le chapiteau desquelles sont trois grenades ouvertes laissant paraître leurs pépins ; 2° une pierre brute; 3° une pierre taillée que l'on nomme la pierre cubique à pointe ; 4° une équerre, un compas, un niveau et une perpendiculaire ou fil à plomb ; 5° un maillet et un ciseau ; 6° une table polie qu'on nomme la planche à tracer; 7° trois fenêtres percées dans la Loge ; 8° à rOrient, le soleil et la lune ; 9° la Loge est ceinte d'un ornement que l'on nomme la houpe dentelée ; elle orne la frise intérieure de la voûte.

D. Que signifie le portique? — R. Il est la figure de l'initiation aux mystères de la Maçonnerie.

D. Que signifient les deux colonnes en bronze ? — R. Elles marquent les deux points solsticiaux.

D. Que signifient les grenades entr'ouvertes sur les chapiteaux des colonnes ? — R. Elles nous retracent tous les biens produits par l'influence des saisons ; elles nous figurent

aussi toutes les Loges et le nombre infini des Maçons rcpan* dus sur la surface du globe terrestre.

D. Que veut dire la pierre brute? — R. File représente l'homme sans instruction et dans l'état de nature.

D. Que signifie la pierre cubique à pointe ? — R. Elle figure le Maçon ou l'homme civilisé ; elle est encore l'emblème des connaissances humaines.

D. Que signifient l'équerre, le compas, le niveau et la perpendiculaire ? — R. Comme ces instruments sont indispensables pour faire des constructions solides et durables, ils me rappellent les règles que je dois suivre dans ma conduite : l'équerre, pour la rectitude; le compas, pour la mesure ; le niveau et la perpendiculaire, pour la justice envers nos semblables.

D. Que veulent dire le maillet et le ciseau? — R. Ils figurent l'intelligence et la raison qui ont été données à l'homme pour le rendre capable de discerner le bien d'avec le mal, le juste d'avec l'injuste, afind'opérer l'un et d'éviter l'autre.

D. Que représente la planche à tracer ? — R. C'est l'emblème de la mémoire, de cette faculté précieuse qui nous est donnée pour former notre jugement, en conservant le tracé de toutes nos perceptions.

D Que représentent les trois fenêtres? — R. Elles indiquent, par leur position h l'Orient, au Sud et à l'Occident, les heures principales du jour : le lever, le midi et le coucher du soleil.

D. Pourquoi le soleil et la lune sont-ils représentés dans votre Loge ? — R. La Loge étant une image de l'Univers, il est facile de comprendre le motif de la représentation des magnifiques splendeurs de la voûte céleste qui ont dû frapper l'imagination de l'homme.

D. Enfin, que veut dire la houpe dentelée? — R. Elle nous représente sans cesse l'union et l'amour fraternels qui existent entre les Maçons, et qui devraient exister entre tous les hommes, de quelque nation ou de quelque couleur qu'ils soient.

D. Que fait-on dans votre Loge? — R. On y tresse des couronnes pour la vertu, et l'on y forge des fers pour le vice.

D. A quelles heurescommencentetfinisscntles travaux des Ma-'ons? — R. Ils commencent à midi et finissent a minuit.

D. Que venez-vous faire en Loge ? — R. Vaincre mes passions, soumettre ma volonté, et accomplir de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.

D. Qu'y apportez-vous? — R. Amour et bienveillance à tous mes Frères.

D. Quel âge avez-vous ? — R. Trois ans.

Conclusion : Et comme l'avenir dépend du travail pendant la jeunesse, travaillez pour que votre âge mûr soit heureux et que votre passage en ce monde ne soit pas stérile quand vous rentrerez au sein de la nature, d'où vous sortez.

Les révélations, qu'il me reste à faire, — et ce sont les plus importantes, — montreront au public tout ce qu'il y a de faux dans ces pompeuses déclarations de principes que la Franc-Maçonnerie affecte de mettre en tête de ses Constitutions, qu'elle affiche aux yeux du monde « profane » au moyen des journaux rédigés par ses sectaires, et dont elle a môme l'effronterie de parler dans ses Loges où les Maçons d'initiation récente peuvent seuls ne rien comprendre à Todieuse farce qui se joue.

Le public qui a lu déjà entre les lignes des premiers documents mis sous ses yeux, verra la secte rejeter un à un tous les voiles de son hypocrisie, au fur et à mesure qu'elle pousse vers les hauts grades ceux qu'elle a distingués et dont elle a fait ses élus; il entendra, dans les Arrière-Loges, dire nettement et sans détours ce qui ne se murmure qu'à demi-mot dans les Loges.

En attendant d'aborder cette autre partie de l'ouvrage, constatons que l'aimable gogo, qui s'est laissé engluer par les Frères Trois-Points, est vraiment difficile s'il n'est pas content au sortir de la séance d'initiation. Si d'une part les bousculades lui ont été prodiguées pendant plus d'une heure, il a eu d'autre part la joyeuse satisfaction d'ouïr un Vénérable, lequel sou-

vent est notoirement connu en ville comme athée ei matérialiste endurci, lui parler avec componction d'un Etre Suprême et invoquer le Grand Architecte de l'Univers. Enfin, si cette suave confrérie de gens qui mêlent d'une façon au moins bizarre l'éloge d'une bienfaisance problématique à l'art de couper la gorge aux récalcitrants, a réussi à extraire de la bourse de rinitié cent cinquante ou deux cents francs, en revanche, elle lui a appris à applaudir en disant trois fois II<)U-{C et à épelcr letfe par lettre JAKIN.

FIN DU PREMIER VQT UMR

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