‹ Les Frères Trois-PointsChapitre 187 sur 189 · RITE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

RITE FRANÇAIS

D. Etes-vous Maçon? — R. Mes Frères me reconnaissent pour tel.

D. Qu'est-ce qu'un Maçon? — R. C'est un homme libre et de bonnes mœurs qui préfère à toutes choses la Justice et la Vérité et qui, dégagé des préjuges du vulgaire, est également ami du riche et du pauvre, s'ils sont vertueux.

D. Qu'est-ce que la Franc-Maçonnerie? — R. La F'ranc- Maçonnerie est une institution philanthropique, philosophique et progressive, dont le but est de réaliser la Justice dans l'humanité.

D. Quels sont ses principes? — R. Elle proclame, comme fondement du droit et de la morale, l'inviolabilité de la personne humaine. Elle n'accepte pour rigoureusement vrai que ce que la science et le libre examen ont reconnu incontestable. Elle laisse k la conscience individuelle la libre interprétation des hypothèses relatives aux questions d'origine et de fin.

D. Quelle est sa devise? — R. La Franc-Maçonnerie a pour devise : « Liberté, Egalité, F'raternité ». Pour elle, la Liberté est le droit qu'a chaque homme de faire tout ce qui

ne porte pas atteinf? à sa dignité et tout ce qui ne nuit pas à la liberté d'autrui. L'Éf^alitéy c'est ce même droit reconnu à tous les hommes, quelle que soit leur race et quelles que soient les opinions qu'ils professent sur les questions religieuses et politiques. La Fraternité, c'est le développement conscient, et l'application réfléchie, aux relations de la vie, des sentiments affectueux qui nous portent à nous aimer et à nous aider réciproquement. De la pratique de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité, résulte la Justice tout entière.

D. Quel est le caractère de la Franc-Maçonnerie? — R. La Franc-Maçonnerie est essentiellement progressive; elle n'a ni Credo ni dogmes immuables. Comme l'esprit humain, elle s'enrichit chaque jour des conquêtes de la science, et chaque jour elle découvre de nouveaux horizons et de nouveaux sujets d'étude. Elle fait la guerre à l'ignorance, aux préjugés et aux superstitions. Elle honore et recommande le Travail, respecte le Droit et réprouve toutes les violences.

D. Quels sont les devoirs du Maçon? — R. Le Maçon doit travailler sans relâche à la réalisation du but que poursuit la Franc-Maçonnerie. Il doit étudier avec soin toutes les questions qui agitent les sociétés humaines, en chercher la solution par les voies pacifiques et propager autour de lui les connaissances qu'il a acquises. Il doit être bon, juste, digne, dévoué, courageux, exempt d'orgueil et d'ambition, aOranchi de tout préjugé et de toute servitude, prêt à tous les sacrifices pour le triomphe du Droit et de la Vérité.

D. A quoi reconnaîtrai-je que vous êtes Maçon? — R. A mes signes, paroles et attouchement.

D. Comment se fait le signe? — R. Par équerre, niveau et perpendiculaire {faire le signe).

D. Que signifie-t-il ?■ — R. Que j'aimerais mieux avoir la gorge coupée que de révéler les secrets qui m'ont été confiés.

D. Donnez-moi le mot de passe? — R. Tubalcatn.

D. Que signifie ce mot? — R. C'est le nom de l'un des fils de Lamech, patriarche hébreu, dont les descendants se distinguèrent par le travail. Lamech eut de sa première femme Ada deux enfants : Jabel qui, selon la tradition hébraïque, fut le premier des pasteurs nomades, et Jubal, inventeur des premiers instruments de musique. De sa

seconde, nommée Sella, il eut Tubnlcaïn, le premier homme qui ait forge les métaux, et Nohcma qui inventa le tissage de la toile. Le mot de passe des Apprentis-Maçons a été choisi parmi ces travailleurs de la première heure, pour nous apprendre à honorer et à glorifier le travail jusque dans ses manifestations les plus modestes et les plus élémentaires.

D. Donnez-moi le mot sacré? — R. Je ne dois ni lire ni écrire, je ne puis qu'cpelcr; ditjs-moi la première lettre, je vous dirai la seconde (on l'épcle).

D. Que signifie-t-il ? — R. Stabilité, fermeté. C'est le nom d'une colonne du Temple de Salomon, près de laquelle les Apprentis touchaient leur salaire.

N'avcz-vous pas d'autres mots de reconnaissance? — R. 11 y a encore les mots de semestre. A l'époque des solstices, le Grand-Orient adresse, sous pli cacheté, aux Vénérables des Loges, deux mots destinés à constater l'activité des Maçons : ces mots ne sont communiqués par les Vénérables qu'aux membres réguliers et actifs de leur Atelier, ils sont donnés à voix basse, selon des règles établies, et ne doivent dans aucun cas, être prononcés en dehors dci locaux maçonniques.

D. Donnez-moi l'attouchement? — R. On le donne.)

D. Pourquoi vous ètes-vous fait recevoir Franc-Maçon? — R. Parce que j'étais dans les ténèbres et que je désirais voir la lumière. La société au milieu de laquelle nous vivons n'est qu'à demi civilisée. Les vérités essentielles y sont encore entourées d'ombres épaisses, les préjugés et l'ignorance la tuent, la force y prime le droit. J'ai cru et je crois encore que c'est dans les temples maçonniques, consarrés nu travail et h l'étude par des hommes éprouvés et choisis, que doit se trouver la plus grande somme de vérités et de lumières.

D. Qui vous a présenté à l'initiation? — R. Un ami, que j'ai ensuite reconnu pour Frère.

D. Où avez-vous été reçu? — R. Dans une Loge juste et parfaite.

D. Que faut-il pour qu'une Loge soit juste et parfaite? — R. Trois la gouvernent, cinq la composent, sept la rendent juste et parfaite.

D. Dans quel état avez-vous été présenté? — R. Ni nu ni vêtu, pour rapp(;ler que la vertu n'a pas besoin d'ornements; dépourvu de tous métaux, parce qu'ils sont l'cm-

blême et souvent In cause des vices et des crimes (|ue le Maçon doit combattre.

D. Comment avez-vous été introduit en Loge? — F^. Par trois grands coups.

D. Que signifient ces coups? — R. Demandez, vous recevrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira.

D. Que vous est-il arrivé ensuite? — R. Un Expert m'a demandé mon nom, mes prénoms, mon âge, le lieu de ma naissance, mon domicile, ma profession et si c'était bien ma volonté d'être reçu Franc-Maçon.

D. Qu'a fait de vous le Frère Expert? — R. Il m'a introduit en Loge et m'a fait voyager comme doit le faire tout Apprenti-Maçon pour apprendre à connaître les difficultés, les tourments et les nécessités de la vie. J'ai été purifié par l'eau et par le feu, et, après avoir répondu aux diverses questions qui m'ont été posées, j'ai été admis dans l'association, et j'ai prêté le serment de garder les secrets qui allaient m'être confiés et d'agir en toutes circonstances comme un bon et loyal Maçon. Le Vénérable m'a remis ensuite deux paires de gants blancs et m'a revêtu d'un tablier de même couleur. Puis, après m'avoir indiqué mes devoirs, il m'a communiqué les mots et les signes de reconnaissance du ler degré.

p. Que signifient ces gants et ce tablier? — R. Les gants, par leur blancheur, indiquent que les mains d'un Maçon , doivent être pures de tout excès, et que nous devons soigneusement éviter les plus légères souillures. Le néophyte doit garder une paire de ces gants en souvenir de son initiation et donner l'autre à la femme qu'il estime le plus, pour qu'elle le rappelle à ses obligations s'il s'en écartait. Et c'est ainsi que la Franc-Maçonnerie, qui n'admet pas les femmes à ses mystères, leur donne, en les invitant à veiller sur l'honneur des Maçons, le plus grand témoignage de confiance et de respect qu'il soit possible de donner. Le tablier est l'emblème du travail. Il rappelle au Maçon que sa vie tout entière est consacrée au labeur, et que rien ne doit le distraire de ses devoirs. C'est le véritable insigne des Francs- Maçons et nul ne doit se présenter dans nos réunions sans en être revêtu.

D. Qu'avez-vous vu quand vous êtes entré en Loge ? — R. Rien. Un épais bandeau couvrait mes yeux.

D. Pourquoi vos yeux étaient-ils bandés? — R. Dans l'ini-

tiation, la Franc-Maçonnerie s'applique à parler aux sens par des symboles. Le bandeau sur les yeux est l'image des ténèbres qui enveloppent encore le monde intellectuel et moral, et du besoin qu'ont tous les hommes de chercher la lumière. Le bandeau sert aussi à tenir les membres de la Loge en garde contre les indiscrétions du néophyte, pour le cas où il ne serait pas jugé digne de l'initiation.

D. Qu'avez-vous vu lorsque le bandeau est tombé de vos yeux? — R. J'étais placé à l'Occident sur le pavé mosaïque, entre deux colonnes d'airain dont les chapiteaux étaient ornés de pommes de grenade entr'ouvertes. Une voûte azurée et parsemée d'étoiles couvrait le temple dans lequel je me trouvais. A l'Orient, sur une estrade de trois marches, le Vénérable, debout, l'épée flamboyante à la main, portant autour du cou un large cordon bleu décoré d'une équerre, dominait l'assemblée. Au-dessus de sa tête était placé un dais de velours à franges d'or. Au fond du dais rayonnait un Delta. A gauche, on voyait le disque du soleil ; à droite, le croissant de la lune. Près des colonnes, à l'Occident, se tenaient les deux Surveillants : le premier, portant à son cordon un niveau; le second, une perpendiculaire. Sur les côtés de la salle mes yeux éblouis aperçurent un grand nombre de Frères, debout, le glaive en main, la pointe contre ma poitrine. Sur les murs, je distinguai des trophées guerriers unis à des emblèmes d'agriculture, de science, d'art et d'industrie.

D. Pourriez-vous donner l'explication de quelques-uns des objets symboliques dont vous venez de parler ? — Le pavé mosaïque, formé de pierres blanches et noires, cimentées entre elles, symbolise l'union de tous les Maçons, quelles que soient la couleur de leur peau, leur nationalité et les opinions politiques ou religieuses qu'ils professent. Les pommes de grenade, divisées à l'intérieur par compartiments remplis d'un nombre considérable de grains symétriquement rangés, représentent la famille maçonnique dont tous les membres sont harmonieusement reliés par l'esprit d'ordre et de fraternité, La voûte des temples maçonniques est azurée et étoilée parce que ces temples figurent la terre tout entière. Le soleil placé à côté du dais représente la lumière qui doit éclairer les Maçons et la chaleur qui doit les animer pour tout ce qui est grand, juste et bon. La lune, par l'éclat emprunté dont elle brille, nous enseigne

que nous devons accepter docilement les leçons et les lumières que nous donnent la science et la raison. L'équerre, qui décore le cordon du Vénérable, est un instrument dont on se sert, dans la construction des bâtiments, pour équarrir les pierres : son action est bornée à la propriété de rendre les corps carrés; comme emblème, il rappelle à celui qui le porte, que son pouvoir est limité et qu'il ne doit avoir en vue que le respect des règlements, la prospérité de l'institution. L'équerre comme instrument de précision est aussi un symbole de la Justice. Le niveau est l'emblème de l'égalité sociale. La perpendiculaire symbolise la rectitude du jugement qui pousse les vrais Maçons à ne faire que ce qui est juste et légitime. Les trophées militaires rappellent les combats que le Maçon doit livrer à la tyrannie, à l'ignorance, aux mauvaises passions. Les emblèmes relatifs à l'agriculture, aux sciences, aux arts, à l'industrie, représentent aux Francs-Maçons les sujets d'étude qui s'imposent à leur esprit. Ils rappelleraient en outre aux initiés, s'ils pouvaient l'oublier, que notre association considère l'obligation au travail comme une loi impérieuse de l'humanité, qu'elle l'impose àchacun de ses membres selon ses forces, et qu'elle proscrit en conséquence l'oisiveté volontaire.

D. Pourquoi les Frères présents à votre initiation tenaientils leurs glaives tournés vers votre poitrine ? — R. Pour m'indiquer que les Maçons seraient toujours prêts à voler à mon secours, dans les circonstances périlleuses où je pourrais me trouver, si je demeurais fidèle à l'honneur et aux engagements que je venais de contracter. Ils m'indiquaient aussi que je trouverais, en tous temps et en tous lieux, des vengeurs de l'institution, si je trahissais la confiance qu'on me témoignait en m'admettant dans la Loge.

D. A quelles heures les Maçons ouvrent-ils et ferment-ils leurs travaux ? — AUégoriquement, les travaux s'ouvrent à midi et se ferment à minuit.

D. Pourquoi les Maçons sont-ils censés ouvrir leurs travaux à midi et les fermer à minuit ? — R. En souvenir de Zoroastre, l'un des premiers fondateurs des mystères de l'antiquité, qui, d'après la légende, recevait, le jour de ses séances, ses disciples à midi, et les congédiait à minuit, après l'agape fraternelle qui terminait les travaux. Symboliquement, ces heures indiquent encore que l'homme atteint la moitié de sa carrière, le midi de la vie, avant de pouvoir

être utile h ses semblables; mais que, des cet instant et jusqu'à sa dernière heure, il doit travailler sans relâche au bonheur commun.

D. Quel âi^c avez-vous? — Trois ans.

D. Que signifie cette réponse? — Le nombre trois jouait un rôle considérable dans les anciennes initiations. Toutes les religions l'ont considéré comme un nombre mystérieux et sacré. La théologie indienne avait sa trilogie composée de Brahma, Siva et Vichnou. La mythologie partageait le gouvernement du monde entre trois dieux : Jupiter qui commandait aux cieux et à la terre; Neptune, le maître des eaux; Pluton, le roi des enfers. La mythologie comptait encore trois Parques, trois Furies, trois Gorgones, trois Grâces, etc., etc. A Samothrace, il y avait trois dieux cabires. D'après la Bible, Adam eut trois fils : Caïn, Abcl et Scth ; l'arche de Noé avait trois étages ; le Temple de Salomon avait trois parties, images de la terre, de la mer et des cieux ; Noé, comme Adam, eut trois fils : Sem, Cham et Japhet, etc. Suivant les chrétiens, trois mages vinrent adorer l'Enfant Jésus ; saint Pierre renia trois fois son Maître; il y eut trois croix au calvaire ; Jésus fut attaché à la croix par trois clous ; il fut enseveli et ressuscita le troisième jour, etc., etc. La Franc-Maçonnerie, par imitation des mystères anciens, a conservé le nombre trois dans son symbolisme et l'a consacré aux Apprentis. La marche, l'acclamation, tout, dans le premier degré, se fait par trois. Demander à un Frère son âge maçonnique, c'est lui demander quel est son grade. L'Apprenti a trois ans.

D. Comment se nomme votre Loge? — R. Loge Saint- Jean, sous le titre distinctif de

D. Pourquoi dites-vous Loge Saint-Jean, puisqu'il y a un titre distinctif ? — R. Pour rappeler que toutes les Loges maçonniques sont placées sous le patronage de Saint Jean, ou plutôt de Janus, le dieu de la paix, dont le double visage regardait à la fois le passé et l'avenir ; ce qui apprend aux Maçons qu'ils doivent étudier avec soin les leçons de l'histoire pour préparer sûrement à l'humanité les voies du progrès.

D. Que fait-on dans votre Loge ? — R. On combat la tyrannie, l'ignorance, les préjugés et les erreurs; on y glorifie le Droit, la Justice, la Vérité, la Raison. C'est ainsi qu'il faut traduire la formule : c Nous tressons des cou-

ronnes à la vertu : et nous forgeons des fers pour le vice»; ou celle-ci : « Nous élevons des temples à la vertu, et nous creusons des cachots pour le vice. »

D. A quelle époque commence l'année maçonnique ? — R. Au premier mars.

D. Pourquoi? — R. Parce que les mystères anciens commençaient, dit-on, vers Féquinoxe du printemps.

D. Les Maçons n'ont-ils pas adopté l'ère chrétienne? — R. Non. Sous l'empire d'idées bihliques fort influentes autrefois, ils ont ajouté quatre mille ans à l'ère chrétienne. Ainsi, pour dire 3 avril 1884, ils disent 3« jour du 2« mois de la lumière 5884.

D. La Maçonnerie a-t-elle entendu fixer à cette date le commencement du monde? — R. Non. La Franc-Maçonnerie n'accepte pour vrai que ce qui est démontré ou démontrable.

D. Où recevez-vous votre salaire ? — R. A la colonne J.

D. Etes-vous satisfait? — R. Oui; les Maîtres sont contents de moi.

D. N'avez-vous pas d'autre ambition? — R. Une seule: j'aspire à l'honneur d'être admis parmi les Compagnons.

Conclusion : Travaillez et persévérez.

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