‹ Les Frères Trois-PointsChapitre 2 sur 189 · PRELIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRELIMINAIRES

But de cet ouvrage.

a En premier lieu, arrachez à la Franc-Maçonnerie le masque dont elle se couvre, et montrez-la telle qu'elle est. Secondement, instruisez le peuple, faiteslui connaître les artifices employés par cette secte pour séduire les hommes et les attirer dans ses rangs, la perversité de ses doctrines, l'infamie de ses actes. » (Extrait de l'Encyclique Humanum Geniis, de Notre Très Saint Père le Pape Léon XIII, sur la Franc-Maçonnerie.)

De nombreux ouvrages ont été écrits contre les sociétés secrètes en général et contre l'association maçonnique en particulier. Tous, sans exception, sont ani mes d'un esprit excellent, et beaucoup prouvent de patientes et sagaces recherches de la part de leurs auteurs. Mais, en effectuant leurs recherches, ces divers auteurs, souvent, n'ont pas aperçu toute la vérité que

TOMK PREMIER. I

leurs efforts tendaient à découvrir ; deux choses leur manquaient, à leur louange, je me hâte de le dire : l'initiation maçonnique , et la fréquentation des membres de la secte.

L'œuvre de révélations, que je livre aujourd'hui à la publicité, est donc appelée à combler bien des lacunes. Je le confesse à ma honte, j'ai appartenu à la Franc-Maçonnerie, et, par l'étude spéciale à laquelle je me suis livré au sein de ce monde téncbreuscment voué au triomphe du mal, j'ai pu pénétrer tous ses secrets.

Certes, en tant qu'auteur, mon mérite est mince, puisque mon œuvre se compose surtout de documents. Ma seule peine a été de les recueillir, de les conserver et de les classer. Tout au plus, devra-t-on reconnaître que j'en ai tiré le meilleur parti possible, en les disposant de façon à bien faire saisir tout le mécanisme mystérieux de la plus perverse des associations, en expliquant ce qui pourrait ne pas être compris, en y adjoignant enfin mes souvenirs personnels et des renseignements complémentaires puisés à des sources sûres.

Mais, du moins, comme je dois, pécheur repentant, une réparation, chaque jour plus solennelle, à l'Eglise, pour ma lourde part de responsabilité dans le dommage qui lui a été occasionné en ces temps impies, comme j'ai à cœur d'effacer mon triste passé, comme je ne mourrai heureux que si je puis donner aujourd'hui ma vie pour la sainte et bien-aimée religion de mon enfance, c'est avec joie que j'affronte les colères que mes divulgations ne vont pas manquer de susciter, les rages qui éclateront furieuses, les menaces sataniques et peut-être leur mise à exécution.

Qu'importe, après tout?...

Puisse cet ouvrage, en projetant une complète lumière, aider à la disparition d'une société d'égoïsme,

d'intrigue, d'immoralité et d'imposture, qui ne peut vivre que dans l'ombre et le crime.

Il s'agit de démontrer, pièces en main, que la Franc- Maçonnerie est une association de tripoteurs politiques, exploitant le peuple, à la faveur du mystère qui cache à celui-ci les artifices d'une organisation trompeuse ; que le joug maçonnique est, pour les affiliés, la plus insupportable des tyrannies, et qu'une fois qu'on se l'est laissé imposer par inconscience, il est presque impossible d'en secouer l'oppression ; que le prétendu exercice de la bienfaisance, dont la secte se targue pour attirer à elle les naïfs et pour se concilier l'estime du vulgaire ignorant, n'existe quc dans la théorie, n'est en aucune circonstance mis en pratique, est, en un mot, le trompe-l'œil le plus effronté qu'ait jamais imaginé l'esprit du mensonge ; que, sous une monarchie, la société fonctionne à l'état de conspiration permanente, pour peu que le chef de l'Etat ne lui laisse pas prendre place au pouvoir, et que, sous une république, elle monopolise l'autorité, confisque le gouvernement, accapare les emplois et les fonctions, triche le suffrage universel, berne la démocratie, frustre la masse des producteurs, bourgeois, artisans et ouvriers, en se substituant dans la direction des affaires politiques à tous ceux qui y ont des droits, et cela avec une habileté telle que les victimes de ces tricheries et de ces frustrations ne peuvent seulement pas s'apercevoir de leur rôle de dupes ; que la Franc-Maçonnerie s'est donné la tache de détruire tous les principes de morale, tous les instincts de justice, toutes les notions du bien, et que peu nombreux sont ceux de ses membres que l'influence délétère d'une pareil milieu n'a point encore corrompus; que sa vraie philosophie n'est autre qu'un grossier panthéisme, auquel les adeptes sont graduellement amenés par une série de mômeries ridicules,

commençant par la glorification de la matière pour finir par l'adoration de Satan ; que ces cérémonies, loin d'avoir la grandeur imposanie du culte catholique, sont grotesques, souvent répugnantes, et, par leur caractère de parodie à la fois haineuse et triviale, trahissent la malice infernale qui les inspire; que, tout en proclamant la liberté des croyances, la secte poursuit, avant n'importe quel autre but, la destruction du catholicisme, et que, pour atteindre à ce résultat, elle ne recule devant aucune violence, ni devant aucune hypocrisie ; enfin, que la multitude vicieuse ou égarée des francs-maçons est elle-même, sans qu'elle s'en doute, dans les mains de quelques centaines (à peine !) d'individus cachés, disposant à discrétion des sectaires aveugles, s'en servant comme de jouets qu'ils peuvent briser à un moment voulu si cela leur paraît utile, combinant avec lâcheté et faisant exécuter avec perfidie les attentats les plus criminels, les plus odieux, les plus exécrables.

Telle est la démonstration qui va être faite, non par des dissertations sur des indices plus ou moins vagues, mais par la reproduction de documents indiscutables et complets.

Les documents parleront d'eux-mêmes, le commen taire ne sera qu'accessoire.

Mes démêlés avec le Grand-Orient.

« Je demande la parole pour un fait personnel. » Avant d'aller plus loin, il importe que je réponde d'avance à une objection qu'on ne manquera pas de m'adresser. On me dira que, le jour de mon initiation,

j'ai prcté le serment de ne rien révéler sur la Franc- Maçonnerie, et qu'en publiant cet ouvrage, je viole aujourd'hui ce serment.

Je pourrais répondre que Notre Très Saint Père le Pape, en daignant lever les censures ecclésiastiques prononcées contre moi à l'époque de mes scandales, m'a en même temps et par le même fait, délié de tout serment impie prêté à l'esprit du mal. Les catholiques qui me liront savent tous qu'une promesse faite dans un but mauvais, dans un dessein coupable est nulle et sans valeur par elle-même.

Mais je n'écris pas uniquement pour les catholiques. Mon ouvrage, j'en suis bien sûr, sera lu aussi par des francs-maçons, et dans le nombre il s'en trouvera qui ignorent à quel point les chefs secrets de la société usent et abusent d'eux. Il sera lu encore par bon nombre de libres-penseurs qui, pour n'être pas inféodés à la secte, n'en sont pas moins, dans leur centre particulier d'action, hostiles à la Papauté et à TEglise. Mon but, en dévoilant les mystères maçonniques jusqu'aux plus hauts grades, est d'arrêter ceux qui seraient tentés de s'affilier à la ténébreuse association et de décider à en sortir, par un suprême effort, les quelques malheureux encore honnêtes qui s'y sont égarés. Or, pour ceux-ci comme pour ceux-là, il m'est indispen sable d'établir que, bien avant d'être délié de mon ser ment maçonnique par Sa Sainteté le Pape Léon XIII, je l'étais par la Franc-Maçonnerie elle-même.

Le serment de l'initiation maçonnique est double d'une part, le récipiendaire s'engage à ne jamais divulguer les secrets de la société ; d'autre part, la société s'oblige à aider et protéger en toute occasion le récipiendaire. « Tous les maçons, dit au néophyte le Vénérable, parlant au nom de l'association, voleront à votre secours dans les circonstances difficiles où vous

pourrez vous trouver. » Il s'agit en réalitd d'un pacte contracté entre deux parties : si donc l'une des parties contractantes viole ses engagements, il est évident que l'autre partie, victime de la non-exécution du traite commun, n'est plus tenue, en conscience, à ses obligations personnelles.

Tel est mon cas. C'est la Franc-Maçonnerie qui la première a déchiré le traité souscrit entre elle et l'auteur de cet ouvrage. Rien n'est plus facile à prouver.

Un mot encore.

Bien que la Franc-Maçonnerie se soit conduite à mon égard avec une injustice passionnée, ce n'est point un désir de vengeance qui me guide. Les faits, que je vais d'abord raconter, datent de l'année 1881. Si j'étais animé par un sentiment de colère, il y a longtemps que j'aurais attaqué cette association dont, comme tant d'autres, j'ai à me plaindre. Je ne l'ai pas fait. J'ai plaisanté quelquefois, à l'occasion, ses côtés ridicules; mais cela a été tout. A l'époque où j'avais le malheur de combattre la religion, je souffrais de l'iniquité dont j'étais victime ; mais je souffrais en silence, parce que ces frères iniques combattaient pour la même mauvaise cause que moi.

Depuis, par une grâce inespérée, j'ai ouvert les yeux ; j'ai vu dans quel abîme je m'enfonçais chaque jour davantage : je me suis repenti, j'ai invoqué le Ciel, j'ai supplié Dieu, et Dieu m'a tiré de l'abîme.

Seule ma reconnaissance envers Dieu m'inspire. Je n'ai pas la haine des méchants, j'ai la haine du Mal qui les pousse. Mon œuvre n'est point contre les francs-maçons en tant qu'hommes, mais en tant que sectaires ; elle est absolument contre la Franc-Maçonnerie. Aimer Dieu, c'est haïr l'Enfer.

Je démasquerai donc le vice, non pour me venger

des iniquités du vice, mais pour rendre honneur à la vertu.

Voici maintenant comment la Franc-Mnçonncric m'a délié, il y a cinq ans, de mes obligations envers elle :

J'avais, certes, tout ce qu'il faut pour faire, sinon un parfait, du moins un bon maçon. Mon impiété pouvait rivaliser avec celle de nos blasphémateurs les plus endurcis.

Bien avant mon initiation, les grandes lumières de la secte, me prenant à qui mieux mieux pour leur collègue, m'écrivaient en me qualifiant do frère avec les trois points réglementaires (F.*.).

En 1878, invité à une fête maçonnique par la Loge la Réunion des Amis Choisis, de Béziers, je causai un étonnement profond à mes aimables hôtes en leur apprenant que le Grand Architecte de l'Univers* ne me comptait pas au nombre de ses disciples.

Les frères bitterrois m'excitèrent vivement à me faire enrôler.

Je ne me rappelle plus pourquoi je ne suivis pas alors leurs conseils. Je voyais dans la Franc-Maçonnerie une ennemie déclarée du catholicisme, et j'étais moi-même perdu dans les sentiers du mal.

Lorsque, vers la fin de 1879, un de mes vilains romans, le Fils du Jésuite^ produisit dans le monde catholique un légitime mouvement d'indignation, je reçus de diverses Loges des lettres me flattant et m'excitant à persévérer dans mon impiété.

Je n'en citerai que deux.

I. On sait que dans leurs cérémonies, les Frères Trois-Points invoquent, sous le nom de Grand Architecte de l'Univers, un Être Suprême indéfini qui, pour ceux d'entre eux qui croient encore, Cbt censément Dieu^ et qui, pour ceux qui ne croient plus, représente, à leur dire, une force inintelligente et éternelle, motrice de la matière et des mondes.

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