‹ Les frères van OstadeChapitre 17 sur 48 · LA TL'ÉE DU PORC · texte numérisé non relu

LA TL'ÉE DU PORC

Dessin d'Adriaan Van Ostade. — (Musée du Louvre.)

LES ARTISTES CELEBRES

considérer longtemps, au fond de leurs cadres étroits, en leurs occupations sédentaires, en leurs divertissements peu compliqués, il semble qu’on voie ressusciter leur siècle et eux-mêmes nous le conter dans leur langage de modestes trafiquants, de bateleurs et de rustres. Si les Ostade ne furent pas des peintres d’histoire, à proprement parler, s’ils restèrent pleins d’indifférence devant les grands événements politiques accomplis sous leurs yeux, ce ne furent pas moins des historiens. Historiens de la nature agreste d’un pays, du coin du feu d’un peuple et d’une caste à une certaine époque.

Leurs tableaux expliquent la Hollande et la Hollande les explique; loin d’elle, si on les a estimés fort, il ne me semble pas qu’on les ait beaucoup compris. C’est qu’ils sont très strictement le produit d’une nation et d’un temps, c’est qu'ils renseignent sur une catégorie spéciale d’individus de cette nation et de ce temps : catégorie peu remarquée jusqu’alors, peu considérable et qu’on négligeait. Pour en provoquer l’émancipation, il fallait ce coin de terre heureux et sage, régenté par des gouvernants aux droits restreints, par une religion rationnelle, sans mysticisme, ni pompe, ni poésie, qu’était la Hollande de ce temps-là; pour en perpétuer l’image, il fallait les artistes naïfs et véridiques, observateurs sans parti pris et railleurs sans causticité, que furent les frères Van Ostade.

La passion et l’idéal échappent à leur nature positive et, pour eux, la beauté absolue se trouve dans la réalité. Aussi, ne s’attaqueront-ils ni aux sujets allégoriques, ni aux questions sociales, ni à la philosophie, ni à la métaphysique, ni à rien qui ne soit très sûr et très clair; ils prendront leurs héros autour d’eux, dans une classe qu’ils connaissent bien, dans la région qu’ils habitent, dans le décor qui leur est familier, et, en les mettant en scène, c’est eux-mêmes qu’ils peindront, eux, les merveilleux ouvriers d’art d’une époque et d’une contrée « bourgeoises ». Cette peinture est si expansive, qu’elle nous dira presque tout du tempérament, de l’humeur, de l’âme et de l’esprit de ces deux hommes dont on a conservé, à peine, une ligne d’écriture, un trait de caractère, le souvenir d’un mot prononcé en une certaine circonstance, et dont les origines mêmes semblaient impénétrables.

Mais lorsque le talent se décide à parler, il a des révélations qui valent bien celles de l’histoire extérieure.

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