‹ Les frères van OstadeChapitre 24 sur 48 · LE PAYSAN PAYANT SON ÉCOT · texte numérisé non relu

LE PAYSAN PAYANT SON ÉCOT

Eau-forte d’Adriaan Van Ostade. — (Bartsch, n° 42.)

Déjà Van Ostade jouissait d’une grande réputation et gagnait largement sa vie : le plus ancien tableau qui nous soit resté de lui, Y Intérieur villageois de l’ancienne galerie Pommersfelden, est daté de 1 636 ; il atteste l’excellente tenue du peintre dès ses débuts.

L’esprit délié, si pénétrant, de l’auteur du Rommelpot ne l’avait pas seul séduit chez Frans Hais; la technique du maître l’avait frappé au même titre et, bientôt, il se laissait influencer par sa manière franche, énergique et libre, par son fier coloris ; cela avec moins d’ampleur, avec une exécution moins audacieuse et plus de minutie dans les

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détails, mais avec un pareil souci de la vérité et de l’expression.

Peu d’artistes ont mieux connu leur métier et peu appliquèrent leurs connaissances d’une manière aussi simple : il est très savant et se joue des difficultés avec tant d’aisance, avec un air si tranquille qu'on jugerait que cette science acquise est un don inné et qu’avant même d'avoir appris il eût pu déjà travailler ainsi naïvement, ingénument, comme l’oiseau chante. Son talent est égal, son œil admirablement organisé, sa main sûre, et il a infiniment d’esprit sans en faire étalage, sans le vouloir, sans le savoir peut-être! Il observe la nature en peintre et la peint en observateur; mais sans parti pris, sans préméditation, parce que c’est son instinct d’agir ainsi. Fut-il impressionné par David Teniers qui réussissait avec bonheur, en Belgique dans des études de mœurs campagnardes? — j'en doute et cherche en vain ce qui pourrait expliquer le rapprochement si souvent établi par les critiques entre ces deux praticiens : ils ne se ressemblent ni par l’idée, ni par la façon de la rendre, ni par le genre de leur talent, ni par leur facture, et le fait qu’ils ont représenté, l’un et l'autre, des paysans n’indique qu’une bien vague parenté d’esprit entre eux. Teniers est un Flamand, avec la facilité entraînante, la santé plantureuse, l’exubérance, l’espèce d’enthousiasme un peu déréglé du Flamand : l’ampleur de son dessin parfois lâché, sa palette brillante, aux gaietés argentines, où chantent, atténués, tous les tons aimables et réjouissants de la palette de Rubens, le démontrent non moins que l’entrain endiablé de ses kermesses : c’est le peintre de la belle humeur. Adriaan Van Ostade est un Hollandais et un puritain, froid, austère, flegmatique, qui, lorsqu’il lui arrivera de peindre des grotesques, les peindra gravement, d’un pinceau raisonnable et convaincu, avec tout juste une pointe de malice sourieuse, à peine narquoise.

Sa gamme est sobre : il aime les demi-teintes, les ajustements foncés, les clartés amorties; choisit habituellement un gris lavé de vert, pour la couleur ambiante de ses tableaux, et s’arrange alors pour avoir, dans ses fonds, soit un arbre bien feuillé, soit un berceau de vigne ou les lianes de quelque autre plante grimpante, afin de justifier ce ton qu’il donnera franchement aux murailles quand la scène se passera à l’intérieur, mais qu’il fera toujours réveiller très à propos par des touches de lumière, par une pluie de rayons. Dès lors, la base harmonique de la peinture devient plus chaude : en pénétrant les branches, en glissant au

long des tapisseries, le soleil prend un superbe éclat d’or vert et, comme les héros de Yan Ostade sont généralement vêtus d’habits noirs, bruns, jaunâtres, de robes couleur tabac ou violettes, avec des cols, avec des

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