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LES JOUEURS DK CARTES

Fac-similé d’une eau-forte de W. Unger, d'après Adriaan Van Ostade.

(Ancienne collection de M. le chevalier J. L. de Lissingen.) — (Smith, t. IX, p. ti2, n« in.)

manches, avec des tabliers de linge blanc, cela produit un ensemble d’une gradation parfaite, d’une saveur rare mais non éblouissante. Un Flamand n’aurait pas calculé ainsi; un Flamand n’aurait pas, non plus, accordé aux accessoires l'importance que ce maître leur accorde.

11 n’avait pas reçu de la nature ce qu’il aurait fallu pour s’identifier avec une race d’artistes dirigés absolument par les préceptes de

HOLLANDE

PEINTRES

LES ARTISTES CELEBRES Rubens et qui avaient subi le joug des Italiens. Du reste, Van Ostade n’était pas un réceptif mais, plutôt, un « autodidacte », à l’intelligence très personnelle et très tranchée, mal doué pour l’assimilation. Certes, il lui arriva de penser à Rembrandt et aux remarquables effets résultant de son opposition, de sa dégradation des couleurs; pour s’en convaincre, il ne faut que rapprocher leurs ouvrages, et quand on comparera, par exemple, le Ménage du menuisier de Rembrandt et Y Intérieur de chaumière d’Adriaan Van Ostade, deux joyaux du Musée du Louvre, où l’on voit le jour entrer par la même fenêtre latérale, avec la même soudaineté et la même abondance, en produisant le même effet d’illumination fulgurante ; quand on aura constaté que le premier de ces deux tableaux est de l’année 1640 et que l’autre porte la date de 1642, on comprendra bien qu’il n’y a pas là seulement le hasard d’une rencontre fortuite.

Mais si, pas plus qu’aucun de ses confrères hollandais du temps, Van Ostade ne put se soustraire à l’hypnotisme exercé par la magie du procédé de Rembrandt, encore sa façon d’utiliser cet emprunt lui appartient-elle bien en propre; les personnages du peintre de la Ronde de nuit se détachent en clair sur un fond obscur ; les siens, au contraire, sous l’éclairage dont j’ai parlé, avec leurs habillements discrets, se détachent presque toujours en sombre sur un fond lumineux. Son clair-obscur n’a ni l’imposant caractère, ni l’étrangeté troublante de celui de Rembrandt; il impressionne peu, mais plaît infiniment; c’est un jeu de lumière et d’ombre, plein de chatoiements, plein de caresses, qui communique aux épisodes les plus familiers je ne sais quel mystère charmeur.

Presque tous ses tableaux sont ainsi composés avec un art très naïf, très original et très fort. Il les peignait sur bois, de préférence, et il varia peu sa technique s’il varia infiniment ses sujets; les différentes périodes de son talent sont à peine marquées par de légères transformations dans les nuances de son coloris : il s’en tient, d’abord, à un ton extraordinairement clair et imperceptiblement doré; puis, tout en restant aussi claires, ses lumières, jadis si blondes, rougissent et vont jusqu’à s’enflammer; enfin, nous le verrons adopter un coloris plus froid, dont la transparence est obtenue à l’aide de glacis superposés ; le Maître d’école ' est de cette époque et, malgré sa légitime renommée, révèle certaines faiblesses. Faiblesses aussi franches, d’ailleurs, que les qualités de Van Ostade sont naturelles, et qui prouvent le constant équilibre de scs

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