LE FUMEUR A LA FENETRE
Eau-Iorte d'Adriaan Van Ostade. — (Bartsch, n° io )
Eau-forte d’Adriaan Van Ostade — (Bartsch, n° 11.)
LES ARTISTES CELEBRES
se fixait, devenait le terme d’appellation courante de tous les membres de cette famille, et c’est ainsi que l'on a, dans les pays de langue néerlandaise, tant de : Jans\en ou Jans{, fils de Jean; Jacob^oon, fils de Jacques; Joonssen , fils de Georges; Michiels, fils de Michel; Pietersen, fils de Pierre; Fredrix, fils de Frédéric.
Il arrivait aussi qu’on particularisait davantage, que ce s noms de baptême étaient complétés par celui du lieu de naissance et qu’on faisait, comme on fit pour le père des Ostade : de Jan Hendricx, Jan Hendricx , van Eyndhoven.
Installé à Harlem, il y obtint le droit de bourgeoisie en i6o5 et s’y maria la même année. On lit dans le registre des Mariages que « Jan Hendricx van Eyndhoven épousa, le 16 janvier ibo5, Janneke Hendriksen, de Woensel1, domiciliée à Harlem, sur le Ossenmarkt ».
Quand on est fils d'un homme appelé Jan Hendricx van Eyndhoven, et n’aurait-on pas eu pour mère une Hendriksen, il y a de fortes présomptions pour croire qu’on possède des origines bataves; mais si, de toutes ces désinences, qui sentent si franchement le terroir, nous rapprochons celle de Ostade attribuée aux deux frères et qui appartient à un petit hameau des environs de Harlem, voisin de Eyndhoven, nous en arrivons vite à cette conclusion que nos artistes descendaient d’une famille hollandaise originaire de Ostade près de Eyndhoven, et qu’il en fut pour eux comme pour tant de leurs prédécesseurs et de leurs contemporains illustres, dont le nom se trouve confondu avec celui de l’endroit où ils virent le jour ou d’où provenaient leurs ascendants.
Nul n’ignore que Jan van Schorel est ainsi désigné en souvenir du village de Schoorl, sa patrie; Martinus van Veen est natif du hameau de Heemskerk , et c’est ce dernier terme qui est employé de préférence lorsqu’on veut parler de lui. Pourquoi Gossaert, le célèbre primitif, a-t-il été appelé Jan Mabuse, sinon parce qu’il avait eu son berceau à Maubeuge, Mabuse , en flamand? Le vrai nom de Lucas de Leyde était Lucas Jacob -, et le chef de toute une dynastie de peintres a perdu le sien, en immortalisant celui d’un pauvre village des environs de Bréda : on l’appelle Brueghel et tous ses enfants comme lui; mais le nom véritable, celui des ancêtres, quel était-il ? On l’ignore.
Je pourrais multiplier les exemples et c’est bien inutile, car la nationalité des frères Van Ostade est désormais établie ; ils sont nés à
. Village situé à proximité de Eyndhoven.
Fac-similé de la gravure de Duuker, d’après le tableau d’Adriaan Van Ostade. — (Collection du duc de Wellington.)
(Smith, t. I01', p. 124, n° 62.)
LES ARTISTES CELEBRES
Harlem, d’un père hollandais et protestant, venu de Eyndhoven ou, mieux, de Ostade, près de Eyndhoven, et d’une mère harlemoise. Cela ressort à l’évidence d’un excellent travail publié à La Haye, par feu le docteur A. van der Willigen ', et où apparaissent non seulement l’arbre généalogique de la famille, mais de nombreux actes officiels qui la concernent.
La manière dont il procéda pour arriver à dégager les origines réelles des Ostade ne manque pas d’intérêt : M. van der Willigen, qui était très amateur d’estampes, possédait au nombre des portraits de sa collection ceux d’Adriaan et d’Izaak : deux beaux dessins en couleurs, de la main du frère aîné, provenant de l’atlas de Busserus, et où figuraient, en caractères anciens, tracés assurément des années après l'exécution, ces inscriptions latines : Effigies Adriani a Ostade Harl. Batvi. pictoris celeberrimi , a se ipso ad vivum depicta , nati a D'li 16 io et denati a Dni i685, pour Adriaan; et, pour Izaak : Haec est effigies Isaci a Ostadi pictoris celeberrimi, ad vivum per fatrem suum Adrianum depicta a Harl. Bat. natus a Dni 1621 et denati a0 Dni i65y.
Voilà qui dérangeait singulièrement la tradition selon laquelle les Ostade seraient Allemands !
Le docteur, très intrigué, songea que cette inscription, postérieure à la mort des deux maîtres, pouvait être erronée; mais il sentait bien ce qu’elle avait d’apparence authentique, en tenant compte du sentiment, du style, du fond et de la forme de leurs œuvres. Il redoubla de patience, continua ses recherches et eut le bonheur de trouver, dans de vieilles notes de la Gilde de Saint-Luc, que, là aussi, on considérait les Ostade comme Harlemois; les dates de naissance des deux frères, celle de la mort d’Adriaan étaient celles des portraits. Il crut obtenir immédiatement, grâce à ces pièces, la mention de leurs baptêmes aux registres de !a Ville, mais il y chercha en vain le nom de Ostade.
Les listes de Saint-Luc, examinées une seconde fois et de plus près, lui révélèrent qu’on y appelait couramment Adriaan et Izaak : Jans\ 2 van Ostade : leur père s’était donc appelé Jan. Armé de cette nouvelle
1. Geschiedkundige Aantickeningen over Harlemsclie Schilders. Il a été publié une édition française de ce très utile ouvrage. En voici le titre exact : Les Artistes de Harlem. Notices historiques avec un Précis sur la Gilde de Saint-Luc, par A. van der Willigen Pz, Docteur en médecine. Edition revue et augmentée. Harlem, les Héritiers F. Bohn; La Haye, Martinus Nijhoff. 1870. In-8” de xtv-366 pages et suppléments.