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LES TROIS COMMÈRES

Gravure de Suyderhoef, d'après le tableau d’Adriaan Van Ostade. (Smith, t. Ior, p. 17°* n° 224*)

LES ARTISTES CÉLÈBRES

où le fond est absolument blanc, sauf une petite ombre portée, sur le devant de la poitrine; sauf quelques traits au dos et au cou. Ces bustes mesurent peut-être deux centimètres de hauteur, et ils ont un brio qu’on ne rencontre pas toujours dans les tableaux de Van Ostade.

Il a observé avec un tact prodigieux les différences qu’il fallait dans la manière de traiter les figures, le terrain, les arbres, le ciel, les draperies ou les menus accessoires chargés, simplement, de remplir les vides. Ses figures sont indiquées légèrement, mais fermement : il y a mis toute son application, tous ses soins, tandis que le reste a une allure beaucoup plus insouciante. Le pinceau à la main, il pourra lui arriver, par exception, de s’attarder aux objets inanimés au détriment de ses personnages; mais, si ses personnages gravés se détachent aussi nettement que ses personnages peints, les contours en sont peut-être mieux déterminés encore, et il n’y a point là de détails trop envahissants; l’action des individus, le modelé des têtes sont rendus par des touches savantes et l’on ne saurait mieux noter qu’il ne l’a fait la dégradation de l’ombre à la lumière. Certaines de ses estampes sont d’une incroyable chaleur de coloris et toutes révèlent cette aisance, cette virtuosité sans effort déjà signalée dans sa peinture, qui séduit par la grâce du résultat obtenu, sans qu’on puisse soupçonner la peine qu’il a coûté. On les dirait produites d’un seul coup, en se jouant, et elles débordent de vie, de santé, d’entrain. Plus caractéristiques encore que les tableaux du maître, elles nous disent le tour habituellement ironique de son humeur, la profondeur de son observation, la couleur délicatement méprisante de sa philosophie, enfin, son ardente pitié et son indulgence pour les misérables. Ici vont défiler tous les bohèmes, tous les bouffons, tous les parias de l’ancienne société. Sur le papier granité, auquel le cuivre, mordu par l’acide, a donné un beau ton rougeâtre, se dessine, grandie, la silhouette des ambulants de tout ordre, de tout âge et de tout grade, depuis le Rémouleur au chapeau démesuré, au tablier de cuir tendu sur le ventre, qui s’en va criant dans les villages hollandais et flamands : « Sclieer slj'jp, scheer slyjp ! » 1 de la voix éperdue et hurlante d’un homme qu’on étrangle, jusqu’à la Chanteuse des rues , effrontée, minable, qui chante des choses sentimentales d’un air sournois, en passant par le Joueur d'orgue de Barbarie , par les Harangueurs , clamant à tue-tête les nouvelles dans les quartiers populaires; par V Empirique en costume carnavalesque, à face impudente; par le Mari . Je repasse les ciseaux.

Réduction d'une eau-forte d’Adriaan Van Ostade. — (Bartsch,

chand de lunettes qui court offrir sa marchandise de porte en porte; par l’infirme qui exhibe sa gibbosité, la main tendue.

Tel Gueux de cette galerie, un gueux qui y reparaît sous trois avatars : debout, enveloppé d’un manteau , avec le dos courbé , tel gueux

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