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LE GRAND VILLAGE

Tableau d’Izaak Van Ostade.

représente d’une forme plus raffinée, plus délicate que la leur ; sa figure est plus jolie, sa prestance plus élégante. Son écriture même, comparée à celle d’ Adriaan, a de la distinction et, justement, l’allure fantaisiste, aventureuse et risquée que je n’ai point trouvée en celle de ce dernier, ferme et forte. De tempérament et de tendances, il était le contraire, l’opposé, l’ antipode de son frère ; néanmoins, et tant est puissante l’empreinte de la première éducation, il imita d’abord très consciencieusement la peinture d’Adriaan, en s’appliquant à représenter, comme lui, des intérieurs de fermes et de logis bourgeois, des scènes de cabarets;

puis, tout d’un coup, il s’émancipa et s’en fut, seul, demander ses impressions au plein air, dans les dunes et les fertiles prairies des environs de Harlem. Dès lors, si la personne humaine continue à l’intéresser vivement, le paysage aussi l’occupe beaucoup; il l’inspire et le transporte : nul n’a mieux pénétré le langage de la nature, nul n’en a rendu les harmonies avec une émotion plus communicative. On

PLAGE DE SCHEVENINGUE.

Fac-similé d'une eau-forte de Delaunay, d'après le tableau d’Izaak Van Ostade. (Ancienne collection de M. Schneider.)

peut affirmer que, sous ce rapport, l’élève surpasse le maître et que si les ouvrages d’Izaak, à ne considérer que la facture, valent rarement ceux d’Adriaan, ils leur sont toujours supérieurs en sentiment.

Ce peintre, mort à la fleur de l’âge, a, dans son art, le rien de frémissant, d’indiscipliné et de téméraire avec grâce qui rend charmante la jeunesse. Ses tableaux attirent et captivent; ils sont d’une coloration fine, d’une composition qui ne sent point l’arrangement, et il possède le secret des lumières voilées, des brouillards flambants, des

HOLLANDE

PEINTRES

LES ARTISTES CÉLÈBRES

ciels singulièrement diaphanes qui rendent si difficile à peindre l’atmosphère humide et rousse de sa patrie.

Je ne le voudrais point juger d’après celles de ses œuvres oü il a imité son frère au point qu’on les confond souvent; ni celles où, ébloui par Rembrandt, il le copiait d’une manière servile, comme, par exemple, le fameux Intérieur villageois de l’ancienne galerie Suermondt, que beaucoup prétendent être son chef-d’œuvre et qui est, à peu de chose près, une contrefaçon de ce Ménage du menuisier, déjà repris par Adriaan dans son Intérieur de chaumière.

Si Izaak Van Ostade n’avait, à son actif, que des travaux de cet ordre, je le placerais, tout simplement, parmi ceux de ses innombrables contemporains qui marchèrent à la remorque de l’auteur de la Ronde de nuit et réussirent à attraper son procédé.

Mais il fut plus, il fut mieux. Sa physionomie que j’ai essayé de ressaisir dans le passé et de fixer ici, sa physionomie est, par excellence, celle du peintre de la nature, poète à ses heures, inégal et un peu fantasque, mais jeune , toujours jeune; qualité ravissante pour un artiste et qui lui fera pardonner bien des faiblesses. Adriaan Van Ostade est un austère piétiste, au talent sage et réfléchi; Izaak, lui, est un enfant, un capricieux, un coureur des bois et des prés, qui écoute seulement sa fantaisie et ébauche un site pour se faire plaisir à lui-même. Il ne déteste point les choses riantes, douces à l’œil, et se gardera de bannir de ses tableaux, — comme fit son frère avec une persévérance qui semble du parti pris et a été taxée de systématique, — les minois aimables et les riches habits ; il lui arrivera, ce qui n’arriva guère à Adriaan, de représenter des types dont le physique était heureux, des fillettes radieuses en leur printemps, des gentilshommes de haute mine, vêtus de soie et de velours, chevauchant des montures de prix. Je le répète, il est plus délicat, plus recherché, plus impressionnable. Bien moins équilibré ? — J’en conviens; mais si vivant, si expansif et d’une séduction si pénétrante ! Dès qu’ayant secoué toute contrainte et répudié toute domination étrangère, il se montrera à nous sous son vrai jour, nous le trouverons exquis.

Les tableaux de ses premiers temps, pour la plupart peints sur bois, comme ceux de son maître, rappellent ceux d'Adriaan au point qu’on ne les en distingue pas, et je ne serais point surprise si les Cinq Sens du Musée de l’Ermitage, attribués à ce dernier, étaient, précisément, ces

LÈS FRÈRES VAN OSTADE fameuses « pièces ovales » qui valurent à Izaak un procès de son client Leendert Hendricx et les remontrances de la Gilde de Saint-Luc. De meme, il est à Bruxelles une Dévideuse, assise contre la porte d’une étable, dans une cour de ferme, et faisant tourner d’une main le dévidoir

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