LES
FRESQUES DE RAPIAEL
PROVENANT DE
LA MAGLIANA
Sortons de Rome par la Porta Portese et engageons-nous dans la vallée du Tibre sur la route de Fiumicino; après un parcours de six milles environ, arrêtons-nous et regardons du côté du fleuve ; nous verrons, presque à notre portée, au premier plan de cette campagne dont les horizons s'étendent jusqu'aux montagnes du Latium et de la Sabine, un édifice, ou plutôt une réunion d’'édifices quasi abandonnés, qui ne constituent ni un château ni une ferme, mais qui présentent encore les apparences de la grandeur. Une cour rectangulaire, entourée de murailles à créneaux guelfes, précède les bâtiments de différentes époques et d’inégale hauteur ; une porte monumentale, surmontée d'un arc en plein cintre et flanquée de colonnes, donne accès dans cette cour ; un pont jeté sur le Magliano conduit à cette porte ; le seuil une fois franchi, on
se trouve en pleine Renaissance, on est dans la Magliana. Les
buse
terres environnantes sont malsaines et marécageuses, mais abondamment fournies de gibier ; les papes du xv° et du xvi° siècle avaient là leur rendez-vous de chasse.
Giacomo Volterrano raconte une grande chasse dont Girolamo Riario, neveu de Sixte IV, fit les honneurs au duc Ernest de Saxe-Lavwenbourg, en 1480 ‘. Dans cette narration, il est à plusieurs reprises parlé du Magliano, mais il n'est dit mot de la Magliana. Donc, aucune construction ne se voyait alors dans cette contrée. Ce fut, en effet, Innocent VIII (1484-1492) qui bâtit le casino primitif. Alexandre VI vint ensuite (1492-1503) et n’y ajouta rien de notable. Mais Jules 11 (1503-1513) lui donna des proportions presque grandioses, et appela tous les arts à son aide pour en faire une résidence digne d’un pape. Des peintres de l’école de Pérouse décorèrent les chambres de fresques, dont plusieurs subsistent encore aujourd'hui. Jules IT adopta la Magliana comme un séjour de prédilection, et, afin que la postérité n’en püt douter, il voulut que son nom fût répété au-dessus de toutes les fenêtres des
bâtiments qu'il fit élever *. Or, à une résidence pontificale il
fallait une chapelle. Cette chapelle fut ménagée dans les appartements du rez-de-chaussée ; elle fut dédiée à saint Jean- Baptiste, et le cardinal Francesco Alidossi, chargé de présider à sa décoration, fit graver cette inscription sur la porte :
F, CAR. PAPIEN. IVLII. LI. P. M. ALVMNVS. Alidossi,
4. Muratori, Scrip. Rer. ltal., T. XXIIL, p. 404. 2. On attribue à Giuliano da San Gallo les constructions que Jules II fit faire à la Magliana.