SUGGESTION
Tout le monde admet aujourd’hui la réalité de la suggestion orale. Il est établi qu'en parlant à certaines personnes, mises en état de réceptivité par des circonstances fortuites ou des manœuvres volontaires, on détermine chez ces personnes des impulsions auxquelles il leur est très difficile de résister. On est généralement d'accord (et c'est là mon opinion basée sur de très nombreuses expériences) que la suggestion ne peut prendre que si le sujet s’y prête ; elfe reste presque toujours inefficace si elle choque des instincts ou des résolutions bien arrêtées. Elle n'en i*este pas moins une arme très dangereuse entre les mains de qui saurait tourner la difficulté.
La suggestion est capable de déterminer non seulement des effets moraux, mais des effets physiques, notamment sur des nerfs sensitifs et moteurs et sur la circulation sanguine.
1. Le Matin n’a publié que la première partie de cette lettre et s'est arrêté à la Lévitation. M. Jules Bois n’a même pas cru pouvoir insérer cette première partie dans le volume où il a réuni les éléments de son enquête.
('oniiïie la suj^geslion faite dans un but thérapeutique est toujours acceptée avec empresse- -ment par le sujet, on conçoit qu'elle arrive à produire des guérisons en apparence miraculeuses.
La suggestion mentale, c’est-à-dire simplement j)ensée et non formulée par la parole, se produit bien plus rarement, mais beaucoup de barnums l’imitent à l’aide de dilférents trucs. C’est ce (jui résulte d’une enquête que nous avons faite, quelques amis et moi, à l’aide de plusieurs des liseuses de pensées qu’on avait admirées à l’Exposition de 1900 (1),
Ces trucs sont toujours liasés sur l’emploi de langages conventionnels jiar mots ou gestes. Ils sont destinés à aider, ou même remplacer com- ]>lètement des facultés plus ou moins développées qui ne sauraient résister à la fatigue des longues séances imposées par l’exercice du métier. La plupart des sensitifs de cette espèce sont aptes à percevoir l’action du barnum concentrant fortement sa pensée, mais sans éprouver autre chose qu’un sentiment d’attraction ou de répulsion qu’on utilise, par une éducation convenable, pour faire exécuter une série de mouvements concourant à un but fixé à
1. Le petit comité qui s’est réuni à cet efTet à l’École polytechnique comprenait S. A. R. le prince Henri d’Orléans, le chanoine Brettes, Camille Flammarion, les Oudin, Dariex et Maréchal, M. Gabriel Delanne, le baron de Watteville,. M. Marcel Mangin et moi.
LETTRE OUVERTE A M. JULES BOIS
Fig. 2. — Ange pur^ ange radieux 1 (opéri de Faust par Gounod). — Suggestion musicale.
ravance. Cependant il y a quelques natures exceptionnellement douées qui peuvent lire dans le cerveau d’autrui comme dans un livre, IjCs personnes que ces questions intéressent en trouveront un exposé plus complet dans trois articles que j’ai publiés dans le Cosmos sous le titre : L"extériorisation de la pensée,
La suggestion musicale, c’est-à-dire l’éveil des sentiments déterminés à l’aide de phrases musicales et leur expression automati(|ue par des gestes, n’a encore été étudiée qu’avec Lina (I). Mes conclusions ne sont donc point appuyées d’expériences assez nombreuses et assez variées pour être adoptées sans réserves, mais je dois dire que, depuis la publication de mon livre
sur LES SENTIMENTS, LA MUSIQUE ET LE GESTE (2),
et divers articles parus dans I’Art au Théâtre et La Fronde, j’ai reçu des lettres me prouvant que les sensitifs de cette espèce ne sont point aussi rares qu’on pourrait le supposer.
Je vous envoie ci-joint trois photographies de Lina donnant des exemples de suggestion musicale.
1. Depuis que cette lettre a été écrite, M. Em. Magnin a étudié, avec Laide de son beau-frère M. Boissonnas le célèbre photographe de Genève, une jeune femme d’intelligence très cultivée, M“® Madeleine G., qui présente des facultés tout à fait analogues à celles de Lina. Ces messieurs, secondés par quelques amis musiciens, sont arrivés à obtenir près de 400 clichés correspondant à des suggestions musicales ou orales différentes qu’ils se proposent de publier.
2. Grenoble. Librairie dauphinoise, in-4® de 348 pages et 350 gravures en couleur, tiré à 1.100 exemplaires numérotés. Prix, 30 francs.
LETTRE OUVERTE A M. JULES BOIS
l’extériorisation DE LA SENSIBILITÉ
L’extériorisation de la sensibilité est un phénomène assez difficile à expliquer en peu de mots. Il consiste essentiellement en ceci que certaines personnes perçoivent les actions mécaniques exercées à quelque distance de leur corps, comme si on les avait exercées sur leur corps même. Les choses se passent comme si ces personnes émettaient des radiations jouant à Lextérieur le même rôle que les nerfs sensitifs jouent à l’intérieur.
Ces radiations ont de plus la propriété de se condenser, pour ainsi dire, dans certaines substances qui deviennent elles-mêmes alors des corps radiants, de telle sorte que si on exerce des actions mécaniques dans leur sphère d’activité, ces actions peuvent se transmettre jusqu’à la personne sensitive— quand la distance n’est pas trop grande.
L’extériorisation de la sensibilité avait été constatée par quelques-uns des anciens magnétiseurs, mais on ne s’était pas rendu compte de son processus. Bien que les faits soient aujourd’iiui établis d’une façon indiscutable par divers expérimentateurs, la science oflicielle hésite encore à les admettre parce qu’ils contredisent les théories enseignées relativement au rôle des nerfs sensitifs ; elle oublie ce que dit Claude-
Bernard : « Une découverte est, en général, un rapport imprévu et (pii ne se trouve pas compris dans la théorie, car, sans cela, il serait prévu... Il laut garder sa liberté d’esprit et croire que, dans la nature, l’absurde suivant nos théories n’est pas toujours impcissible. » Certains sujets disent voir, comme des nébulosités plus ou moins lirillantes, les effluves sensibles. On a exposé dans la salle des dépêches du Matin deux photographies instantanées de Lina prises à la lumière de magnésium par M. Gheuzi, directeur de la Nouvelle Reviie^ chez M. Gailhard, directeur de l’Opéra, pendant qu’elle dansait une habanera chantée par Calvé et accompagnée par M. Paul Vidal.
Les traînées lumineuses qu’on y aperçoit très nettement seraient elles dues aux émanations de Lina, alors fortement extériorisée et exaltée par cette admirable musi(|ue ? C’est ce (ju’il est difficile d’aflirmer, car l’expérience n’a pas été refaite dans les mêmes conditions.
l’extériorisation de la motricité