‹ Les frontières de la science. 2e sérieChapitre 40 sur 46 · Vol. 7, p. 316. — Juillet · texte numérisé non relu

Vol. 7, p. 316. — Juillet

suivant, qui montre avec quelle défiance il aliordait ce genre d'études.

«J"ai lu la relation dune quantité innombrable d’observations, et il me semble qu"il y a liien peu d’exemples de réunions tenues avec l’intention expresse de placer les phénomènes, avec les conditions expérimentales, en présence de personnes dûment reconnues aptes, par la direction de leurs études, à peser et à apprécier la valeur des preuves qui pourraient se présenter (1). Les seules bonnes séries d’expériences probantes dont j’ai connaissance ont été tentées par le comte de Gasparin, qui, en admettant la réalité des phénomènes, arrivait à la conclusion qu’ils n’étaient pas dus à des causes surnaturelles.

« Le spiritualiste pseudo-savant fait profession de tout connaître : nul caleul ne trouble sa sérénité, nulle expérience n’est difficile, pas de lectures longues et laborieuses, pas de tentatives pénil)les pour exprimer en langage clair ce qui a charmé le cœur et élevé l’esprit. Il parle avec volubilité de toutes les sciences et de tous les arts, submergeant son auditeur sous les termes d'électro-biologie,psychologie^ magnétisme animal, etc., véritable abus de mots, qui montre plutôt l’ignorance que le savoir. Une pareille science banale n’est guère propre à guider les découvertes qui marchent vers un

l. Les expériences de la Société dialectique de Londres n’étaient point encore publiées.

avenir inconnu ; et les vrais ouvriers de la science doivent, an plus haut degré, prendre garde à ce que les rênes ne tombent pas en des mains incompétentes et incapables.

« Le vrai savant a un grand avantage dans les investigations qui déjouent si complètement ["observateur ordinaire. Il a suivi la science dès le commencement, à travers une longue suite d"études, et il sait par conséquent dans quelle direction elle le mène ; il sait que, d’un côté, il y a des dangers, de Tautre des incertitudes, et d’un troisième côté, la vérité presque absolue.

« II voit une certaine étendue devant lui.

Mais, quand chaque pas se dirige vers le merveilleux et ["inattendu, les précautions et le contrôle doivent s’accroître plutôt que diminuer. Les chercheurs doivent travailler, (juoique leur travail soit petit en quantité, pourvu que son excellence intrinsèque lasse compensation. Mais, môme dans ce royaume des merveilles, celte terre de prodiges vers laquelle la recherche scientifique envoie ses pionniers, y a-t il quelque chose qui puisse être plus étonnant que la délicatesse des instruments auxiliaires que les travailleurs apportent avec eux, pour les aider dans les observations de leurs sens naturels ?

« Le spiritualiste parle de corps pesant oO ou 100 livres, qui sont élevés en l’air sans l’intervention de force connue ; mais le savant chimiste est accoutumé à faire usage d’une

balance sensible à nn poids si pelil qu’il en laiidrail dix mille comme lui pour faire un grain. Il est donc fonde à demander que ce pouvoir qui se dit guidé par une intelligence, qui élève jusqu'au plafond un corps pesant, fasse mouvoir sous des conditions déterminées sa balance si délicalement équilibrée.

« Le spiritualiste parle de corps frappés qui se produisent dans les ditfércntes parties d'une chambre, lorsque deux personnes ou plus sont tranquillement assises autour d'un? table. L'expérimentateur scientifKpie a le droit de demander que ces coups se produisent sur la membrane tendue de son phonautographe.

« Le spiritualiste parle de chambres et de maisons secouées, môme jusqu’à en être endommigées, par un pouvoir surhuniai:i. L'homme de science demande simplement (|u'un pendule placé sous une cloche de verre et reposant sur une solide maçonnerie soit mis en vibration.

« Le spiritualiste parle de lourds objets d’ameublement se mouvant d’une chambre à l’autre sans l’action de l'homme. Mais le savant a construit des instruments qui diviseraient un pouce en un million de parties, et il est fondé à douter de l’exactitude des observations ellectuées, si la môme force est impuissante à faire mouvoir d’un simple degré l’indicateur de son instrument.

« Le spiritualiste parle de fleurs mouillées de fraîche rosée, de fruits et môme d’ôtres vivants apportés à travers les croisées fermées, et môme

à travers de solides murailles en liriques. L'investigateur scientiliijue demande naturellement qu'un poids additionnel, ne i*iit-il que la millième partie d'un grain, soit déposé dans un des plateaux de sa balance, quand la lioîte est fermée à clef ; et le chimiste demande ([u'on introduise la millième partie d'un grain d’arsenic à travers les parois d'un tube de verre dans lequel de l'eau pure est hermétiquement scellée.

« Le spiritualiste parle des manifestations d une puissance équivalente à des millions de livres, et qui SC produit sans cause connue. L’homme de science, qui croit fermement à la conservation de la force et qui pense qu'elle ne se produit jamais sans un épuisement correspondant de quelque chose pour le remplacer, demande que lesdites manifestations se produisent dans son laboratoire, où il pourra les peser, les mesurer, et les soumettre à ses propres essais.

«C'est pour ces raisons et avec ces sentiments (|ue je commence renquète dont l’idée m’a été suggérée par des hommes émijients qui exercent une grande inlluence sur le mouvement intellectuel du pays. »

Avant de chercher à construire des instruments spéciaux, M. (]rookes voulut se mettre en rapport avec un certain nombre de sujets et s’assurer, par les procédés usuels, de la nature et de la réalité des phénomènes qu’il avait à étudier.

« Je vis, dil-il (1), en cinq occasions dilfcren- (cs, des objets dont le poids variait de 25 à 100 livres, être moinentancinent inlluencés de telle manière que moi et d’autres personnes présentes, nous ne pouvions qu'avec difticulté les enlever au-dessus du plancher. Désirant établir d’une manière certaine si cela était dû à un fait physique ou si c'était simplement l'inlluence de rimagination qui faisait varier la puissance de notre propre force, je mis à l’épreuve les phénomènes avec une machine à peser, dans deux circonstances dilférentes où j’eus l’occasion de me rencontrer avec Home chez un ami. Dans le premier cas, l’accroissement de poids fut ^généralement de 8 livres pour des poids de 36 livres, 48 livres et 46 livres ; expériences qui furent faites successivement et sous le plus rigoureux contrôle. Dans le second cas, qui eut lieu quinze jours plus tard en présence d'autres observateurs, je trouvai que, dans trois expériences successives dont les conditions furent variées, l’augmentation de poids fut de 8 livres pour des poids de 23 livres, 43 livres et 27 livres. Comme j'avais l’entière direction des essais sus-mentionnés, que j’employai un instrument d'une grande exactitude et que je pris tous les soins voulus pour calculer la possibilité de résultats obtenus par fraude, je n’étais pas sans m’attendre à un résultat satisfaisant, lorsque le fait fut convenablement

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