PRÉFACE
Vous qui du tendre amour êtes les serviteurs, Et de ses rêves d'or les francs admirateurs, Lisez donc cette histoire et croyez-la sans preuve. À quoi vous servirait de me mettre à l'épreuve ; Je signe mes écrits, et ma sincérité Doit vous convaincre au moins de cette vérité :
Que depuis six mille ans, on a vu sur la terre
Tout ce que peut rêver un exigeant parterre.
Nul ne saurait mentir
, nrésent, néanmoins,
Je vous entends me dire où sont donc vos témoins ?
Ils sont morts la plupart, le reste est à l’asile !
Fragile humanité que Dieu pétrit d'argile.
Mais pourquoi ce désir de me faire un procès ?
Mon ouvrage peut-être aura peu de succès.
Le procureur est rude, il lui faut de la graisse ; Je fais faire à crédit le travail de la presse.
Qui donc paiera les frais ? Mais vous dites enfin :
Dans ce siècle d'argent, tout cela ne vaut rien ; Cela peut être, mais quand on a rien à faire, L'ennui, le sombre ennui nous abat. Moi j'espère Et crois naïvement que mon livre fera Déloger de chez vous, l'ennui, ce mal bètu.
FE À é in tous cas, essayez,surtout laissez le faire. Si la forme déplait, le fond devra vous plaire : + e . Li » ® ën le lisant ainsi vous allez méditer
Quelque chose, je crois, qui va vous épater !
Sur les bords escarpis du Saguenay sauvage,
Non loin de Tadoussac qui dort sur le rivage
Nous l'égide des flots, des bois silencieux,
Près des célèbres monts du fleuve ténébreux,
Par une nuit d'automne où d’épaisses ténèbres
Couvruient le ciel entier de leurs voiles funèbres,
Un ravisseur nocturne, à l’air sombre, au front noir,
Gravissait un des monts qui forment l’entonnoir
De ce fleuve sans fond, admiré des deux mondes,
Et dont les caps géants peints sur les mappemondes,
Portent des noms plus grands, des noms plus redoutés
Que ceux des océans sous les vents agités.
Quiconque aurait suivi dans cette nuit profonde,
Ce personnage affreux qui portait une blonde
Et belle jeune femme inerte, dans ses bras,
Aurait frémi d’effroi comme au seuil du trépas !
Il l'eut vu vers minuit, s’arrêtant près d'un tremble
Poser son blanc fardeau sur le sol. Il me semble Voir encore ce grand drame et ce sombre décor ! Ce souvenir, hélas ! me fait fréinir encor, Le soir qui précéda la tragédie affreuse, Je w'étais égaré dans la forêt ombreuse ; La nuit tomba. Perdu, j'errais sous de grands pins, Cherchant quelque sentier batcu par des humains. Que le temps parait lent dans des heures pareilles ! Le bruit le plus léger qui frappait mes oreilles Semblait un grand fracas ; ainsi tout grandissait : Je croyais voir un ours quand un lièvre marchait. Vers minuit, épuisé, je n'assieds sous des treilles De sauvages raisins. Tout à coup mes oreilles Entendirent des bruits de branches qu'on cassait. * Quel être était-ce donc qui vers moi s'avançait ? Etait ce un être humain ? Etait-ce quelque fauve ? J'étais sans arme aucune. Il faut que je me sauve, Pensai-je, et cependant je craignais que le bruit De mes pas ne me fit poursuivre dans la nuit. Je me blottis derrière une large broussaille ;
C'est alors que je vis, tout mon corps en tressaille,
Aux sinistres lueurs d’un glaive étincelant,
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—1- Je vis un spectre aff-eux portunt un corps tremblant ; Sur son front quelques mots, en lettres singulières, Disaient : Je suis ln Mort, reine des cimecitres ! Hélas ! c'était la Mort, j'en étais trop certain,
A sa faux, glaive énorme, effroi du genre humain
Et son pas de géant. Puis à dix pas de l’arbre Où j'étais immobile et glacé comme un marbre,
Je la vis s'arrêter, je crus n'évanouir,
Dans ma bouche, mes dents claquaient à me trahir : Impossible de fuir en ma terreur muette !
Les ombres de la nuit, la forêt, ce squelette, Ce glaive étincelant qui brillait dans la nuit, Me clouaient sur le sol, terrifinient mon esprit ! Je tremblais d’être vu nonobstant le feuillage : Je crus qu'un siècle entier s’arrêtait dans mon âge, Le spectre se penchant déposa sur le sol Un corps blanc et très beau sous le vert parasol
D'un tremble, emblème hélas : de leffroi sur la terre:
Je vis tout, rar le glaive éclairait ce mystère !
Je vis ses grands yeux creux sans prunelles, ses trous Qui lançaient des regards tout remplis de courroux.
Je la vis cette Mort si tristement célèbre
PAT. es
Frapper du pied la terre et de sa voix funébre,
Appeler en un ton sévère, impérieux,
Le spectre qui préside aux antres ténébreux.
Les échos d’alentour, la forêt frémissante, Tremblérent sous les : ons de sa voix gémissante !
A eet appel sinistre apparut le Néant,
Monstre livide, affrenuy, saivi d’un Ver géant, Dictateur sans conteste au royaume des fosses. C’est lui que les corber 1x saluent de leurs voix fausses. Lui que les réprouvé appellent sans espoir,
Que les suicidés en; tuant croient voir,
Cette apparition, al ne peut la décrire !
Quel monstre ” cohérent ! Le Ver, fréle vampire, Est son aide, Néant, ombre, énorme chaos,
D'où Dieu tira la terre et les feux et les eaux.
Son repaire est au fond de chaque cimetière ;
Il est là qui détruit plus d’une tète altière,
Et nul ne l'aperçoit ; lentement, lentement
Il fait son œuvre, hélas ! sous chaque monument. Mais comment, lui, ce rien, peut-il vaincre la terre, Broyer peuples et rois sous son pas solitaire,
Confondre sans pitié les fortunes, les rangs,
Titres, vichess?, honneur, tout fondre dans ses flancs ? Sa force d'inertie est presqu’incomparable :
Dieu seul est plus puissant que ce rien formidable,
Il était la, tout près, ce roi du désespoir !
Je crus mourir alors, tomber sous son pouvoir :
Quel destin ! Cependant, je sentais que mon âme
Me disait ne crains rien : Dieu m'a fait de sa flamme |
es, Ote-lui son baillon, dit la Mort, ne crains rien, Je vais prendre sa vie et son corps est ton bien. Tu pourras te vanter, Ô Néant solitaire,
D'avoir le plus beau corps qui régna sur la terre
Ecoute : c’est l'Amour
ên ton affreux charnier,
Que va frapper mon glaive, ouvre ton noir séjour, Son règne fut fameux ; jadis, sur le calvaire, Eîle fut sanctifiée et délivra la terre
Par la vertu d’un Dieu reconnu trois fois saint,
Dont le nom Tout-Puissant fait trembler le destin, Mais depuis, l'Éternel voyant avec colère
Qu'elle se corrompait au contact délétère
Des mortels, me commande et je dois obéir ; Je dois l'exécuter, tu dois l’ensevelir |
Vois ce mont Trinité qui brave la tempête,
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Ce cap Eternité qui montre au lain sa crête.
Entre ces deux grands noms, l'Amour, ce doux flamhenu
RE Tao ne ee É ad. manon one
Aura malgré son crime un Heu pour son tombeau !
Elle dit, et sa voix lugubre et caverneuse
Fit pleurer les échos sous la forêt ombreuse ;
Chaque mont fit entendre ur long gémissement,
Comme an funèbre glas un jour d’enterrement !
Le Néant stupéfait versait-plus d’une larme :
En benaté de l’Amour qu'il contemple, le charme,
Se tournant de côté, le Néant fit bien bas
€e discours que la Mort, je crois, n’entendit pas,
À LE NÉANT -Q trop cruelle Mort, ta fureur est extrême ! ;
Tuer cette beauté, cette beauté suprème
Ov'un tigre adorerait, Quel deuil pour l'univers Eala triste vallée où tant de maux divers Assiègent les mortels, belle consalatrice !
{ Qui voudra vivre alors, charmante bienfaitrice À
Pu vieillard malheureux, de l'enfance au berceau
Du jeune âge qui n'a que ce temps-là de beau: Plus de printemps dorés. l'hiver seul et la tombe ;
Au noir souffle du nord tout se flétrit et tombe !
a a gr en er
‘ à Q Q Eur cé triste univers seul règnera l'ennui,
au La tristesse et le deuil et la plus sombre nuit, J'en frémis malgré moi, mon ombre se révolte,
Tnsatiable Mort, pour toi quelle récolte !
Ah ! tu crois me flatter en me donnant son corps à d
Son corps sans vie, hélas ! accroîtra mes remords. Tout Néant que je suis, quoique n'ayant pas d'âme, Je sens pleurer mon cœur dont jamais une flamme
3rûla pour les humains confondus soùs ma loi,
Mais détruire l'Amour me donne de l’effroi !
Je sauverai sa vie et j'en ferai ma femme :
Aux sombres révions on chérira sa flamine Le] ,
Je la proclamerai reine des noirs tombeaux :
Les vers pour la servir suniront aux corbe: ax LA MORT
Eh ! bien, monstre indolent, roi de la pourriture,
Médites tu toujours quelque frasque future ?
re ra
Voudrais-tu te soustraire à mon autorité ?
L'Amour doit elle, ici, vaincre par sa beauté ?
Néant, écoute moi. La fin du siècle approche,
Bientôt la fin des teinps sous son aile de roche
Va broyer les humains : restons unis tous Ceux :
oran ne
Re rremtreirereminetiarenrre
ES Ci
L'Amour malgré tes soins s'en ira dans les cieux.