L'AMOUR
4} —J'’étais venue m'asseoir au foyer des mortels ;
J'avais quitté pour aux les parvis éternels.
Attribut du Très-Haut, une des étincelles
De ce foyer divin dont les flammes si belles
Enivrent de bonheur les élus au séjour
Que je regrette hélas ! foyer du pur amour !
J'arrivais dans ces lieux au premier jour du monde : Le globe commençait sa course vagabonde ; °
Je me crus quelque temps en un deuxième cicl ! Adam et Eve entraient dans leur lune de miel :
Du couple bienheureux j'étais l’amie intime,
Je dorais tous leurs pas, je les comblais d’estime ; Mais bientôt leurs désirs libertins, in.onstants,
Les firent succomber, brisant leur beau printemps ! A l'instant même, 6 Mort ! aïguisant ton long glaive Sur le monde au berceau, dans les bras de mon rêve
Tu frappas sans pitié les malheureux mortels !
Ils pleurent sous tes coups, ils voilent leurs autels :
De l’homme je sais vrop la triste ingratitude.
J | Eu Pour l'argent, vil métal, du vol il fait l'étude ; Pour l'or, il me délaisse et mon ciel s’obscurcit.
, Car Dieu dit : Aimez-vous, ma loi le veut ainsi : L'infâme impureté qu'il mêle avec mon charme
Est un crime de plus qui nuit et jour nr'alarme !
Il profune mon culte et ma tendre beauté :
Tel Si d Si la De :
Tel Sotlome jadis souilla l'antiquité.
Ni des mères le cœur ne m'était plus fidèle, Ni la religion, divine citadelle
De mon charme, croulait sur tout le genre humain,
D'un Dieu juste et vengeur, nul retiendrait la main.
LA MORT — Mais d'où vient que tu fuis quand le malheur se lève ? LE NÉANT —-Que votre Majesté prolonge encor la trève : J1 ne me reste plus maintenant qu’un témoin A faire comparaître ; assignez le Destin.
LA MORT Le Destin ! Que dis tu ? Ce géant détestable Qui déchaîne les maux sur l’homme respectable, Sur le juste souvent fait tomber le malheur, Qui protège le fourbe et parfois le voleur ?
Moi je suis juste au moins, mais je vois ta pensée ; Tu voudras de l'Amour faire ta fiancée :
— Non ! Janais !
Puis je vis la Mort gesticuler ; Je trembiai de les voir tout deux se quereller.
Soudain la Mort brandit son effroyab'e glaive !
Le Néant prend la fuite : il tombe et se relève Appelant & grands cris le Destin au secours.
Le Destin apparaît, la lutte suit son cours :
Quel spectacle de voir ces géants, ces athlètes,
Aux prises corps à corps ; {es pins, les épinettes Volent en mille éclats sous chaque combattant ! Pour sa part, un gros pin qu’arracha le Néant,
Lui se: vant de bâton sans même ôter les branches, La Mort et le Destin avec leurs armes blanches Vous coupaient d’un seul coup plus d’un chêne géant ! Le Ver ! l’horrible Ver ! plus gros qu’un éléphant, Faisait sauter la souche ainsi qu’un grain de sable, Et tous trois se ruaient sur la Mort exécrable.
Des flots de sang coulaient : le cap Eternité
Noyé dans leurs courants, faillit être emporté.
Les cris, les hurlements, faisaient trembler la terre Et furent entendus jusque dans l'Angleterre !
Les coups d: glaive en l'air fendaient le firmament
Que les Anges du ciel recousaient promptement.
Soudain la Mort s'arma d’un rocher, bloc immense : Le Néant prend le cap Trinité, le lui lance.
Ma foi, la Mort trouva que c'était un peu lourd :
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RD, Elle recule enfin, et se sauve à son tour. Lors, le Néant s'empare à l'instant de la belle ; Le Ver avec sa trompe eftilée et cruelle, Creusa tout près du tremble une profonde fosse : Tout à coup retentit d’un hibou la voix fausse, C'était l’horrible glas du sombre enterrement ! Je n'entendis qu’un cri, mais un cri déchirant : Vivante, sous mes yeux, l’Amour fut mise en terre, Et ce cri me poursuit comme un coup de tonnerre ! La nuit devint plus sombre ;un léger tremblement Du sol se fit entendre en ce triste moment.
La brise gémissante, en berçant le feuillage, Pleurait ses rêves d’or en plaignant le jeune âge. Tout avait disparu : je restai là sans voix, Sans mouvement, pensant : je suis mort cette fois ! \ On me chercha trois jours. A la fin du troisième, On me trouvait enfin ; je m'ignorais moi-même, J'étais sans connaissance et noir comme un chaudron. On avait beau crier, n'appeler par mon nom, Ma langue articulait que trois mots d'un son aigre.:
Je suis mort ! Et chacun me prenait pour un negre,
On me fit un brancard de branches, et puis, enfin,
On me plaça dessus, quoique mort j'étais bien ;
Mais les gueux de scapins mettent la flamme aux branches : Tout défunt que j'étais je sentis bien mes hanches
Qui grillaient ; je m'enfuis, courant comme un poltron, Pestant comme un vivant qu’un chien mord au talon. Depuis ce temps hélas ! j'erre seul en ce monde
Sans bonheur, sans espoir ! Ma barque vagabonde
Vogue au gré des courants, esquif désemparé,
Sans gouvernail, sans mâts, sans voiles, sans beaupré,
Plus d'Amour ici-bas, j'ai vu ses funérailles.
Le vil métal seul règne au siècle de ferrailles :
Le veau d’or est le dieu qu’on préfère aujourd’hui
Dans le palais doré comme en l'humble réduit,
Charlesbourg
Salut, 6 ! Charlesbourg : berceau de mon enfance ! Je t'aime comme on aime une douce romance
Qu'on entend en exil au déclin de l'été.
Je t'aimerai toujours, coin de terre enchanté !
Tes vallons, tes coteaux, tes verdoyants bocages,
Je les ai parcourus, rêvant sous leurs ombrages ; Mais déjà sur le soir, brisé par le destin,
Je viens ici pleurer l’ange de mon matin.
Lieux qui l'avez vu naître, ah ! montrez-mci sa trace ! Il me semble la voir, cet ange, cette grâce !
Mais non, rien, tout est mort, et ce triste séjour
Qui pour moi fut si beau au temps de mon amour, Semble aujourd’hui pleurer comme moi son absence, Car la mort seule, hélas ! jouit de sa présence.
Ah! la mort seule ? oh! non, ce serait le néant : C’est le ciel qu'il faut dire, avec Dieu maintenant,
C'est dans ce doux village où repose mon père
A l'ombre du vieux temple où toujours la prière S'entremêle au doux chant des cantiques pieux. LA j'ai reçu la vie et la foi des aïeux
Et le premier baiser de ma pieuse mère :
Doux rayon de soleil en cette vie amère
Ce maternel amour qui nous rend triomphant
A l'aurore des jours et qu’on pleure au couchant. La le premier amour pour les yeux d’une femme, Là l’âge de vingt ans passant comme une flamme, Comme un coursier de feu,comme un rêve riant. Puis l’espérance part, retourne à lorient :
Seul le souvenir reste et s'attache à notre âme Comme an rêve lointain, comme au cœur une larme !
Salut, vieux Charlesbourg ! Des hauteurs cù tu donne, Couronné par ton temple où règne la madone,
Tu peux voir d’un coup d'œil, du haut de ta grandeur, Québec, Lévis, Beauport, la rade et sa splendeur.
De ton site éminent, tu vois la plaine altière
Où Wolfe et de Lévis enchaînaient la victoire ;
Lorctte est à tes pieds, pour te faire sa cour
er Tandis que Sainte-Foye admire ton contour Par derrière, adossé aux belles Laurentides,
Crois-moi, vieux Charlesbourg ! tes rides sont splendides !
On peut voir en ton sein plus d’une antiquité : Le vieux château Bigot, illustre iniquité.
Mais, que tu parais beau quand la brune hirondelle Vient au temps des amours en la saison nouvelle, Pour bâtir ses doux nids, à l'abri des balcons :
On dirait que l'amour chante sur tes gazuns Les chants des rossignols comme un concert de flûte, Il semble que l’amour avec ce doux chant lutte
Pour redire aux échos ton nom délicieux.
Adieu ! beau Charlesbourg ! endroit béni des cieux !