SCÈNE II
DONAFLORINDE entre nccontpagnéc d’un homme de <|uarante-ciu<| à cin> quante ans^ balafré, vêtu d’un reste d’habit de guerre raccommodé gros* siérement.
DONA FLORINDE
Zorzo ! vous avez bien compris?
ZORZO.
Parfaitement.
DONA FLORINDE
Aussitôt que vous nous verrez nous cacher derrière ces piliers...
ZORZO.
Soyez calme. Mais il est entendu que je n’irai pas plus loin que les paroles.
DONA FLORINDE
Ce sera suffisant.
ZORZO. f
C’est que, si vous aviez besoin de mieux, vous u’auriez qu’à y mettre le prix.
ÜO.SA FLORINDE.
De mieux? jusqu’où iriez-vous donc?
ZORZO.
Jusqu'au fond de votre bourse.
DONA FLORINDE
Vous frapperiez?
ZORZO.
• Je fais tout ce qui concerne mon état.
2i funi5railles de l’honneur
DONA FLORINDE
Vous frapperiez qui je vous dirais?
ZORZO.
Vous en douiez? je vois^u’on ne m’a pas surfait. Et puis, c'est le délabrement de mon liabit. Vous me voyez mal liarnaché, et alors vous avez p;iuvre opinion de moi, vous ne me croyez pas capable de tuer, vous me méprisez.
DO.NA FLORINDE
Excusez-moi, mon clier. Zorzo ; je ne vous connaissais pas. Ce matin je cherchais quelqu'un qui me servît cette nuit, on vous a indiqué à moi, je vous ai proposé un marché, vous avez accepté...
ZORZO.
En rougissant. Me déranger pour si peu 1 11 faut que la misère des temps soit grande pour que 1e capiiaine Zorzo en tombe à ces frivolités. Je suis capitaine. Mon métier est de recruter des hommes, de les équiper et de les conduire aux princes qui sont en guerre. La bataille d’Almona m'a ruiné. J'avais cent hommes, tous habillés à neuf, des cottes de mailles exquises, des casques clfrayants, des boucliers où le soleil s’admirait, des lances qui donnaient envie d'être embroché. Nous sommes revenus cinq ! Je ne me consolerai jamais de la perte de tant d’armures. Les hommes, ce n'est rien ; mais le champ de bataille est resté aux Aragonais, qui ont déshabillé mes morts. Ah I mes beaux justaucorps ! ah! mes jambières chéries ! Les cinq armures que nous avons rapportées sont comme vous voyez la mienne, trouées, hachées, évenlrécs; les brassards sont en guenilles et les cottes sont en miettes. J'ai fait de mon casque une écumoire. Vous comprenez, senora, que je n’ai qu’une idée : retourner à la frontière, reprendre aux Aragonais Cé qu’ils m’tmt volé, leur arracher tous leurs vêlements ; la nuit, j’ai des rêves où je vois leS Aragonais tout nus 1 Mais il me faudrait uné troupe. Ce n’est pas la troupe qui m’embarrasse, t’est l’équipement.