‹ Les funerailles de l'honneur drame en sept actesChapitre 22 sur 71 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

DONA BEATRIZ et MARTIN DIAZ.

MARTIN DIAZ, montrant une maison.

Voici une maison d’où vous pourrez voir.

Ce sera horrible d’èlrc là ; mais je veux assister à l’impression de la foule. Tous ces supplices me font trembler pour don Pédre. On ne voit plus le crime, on ne voit que l'expiation,

MARTIN DIAZ

Don Manuel ne vaut pas qu’on le regrette.

DONA BEATRIZ.

Non; c’est un traître envers sonfrère et envers son pays. Eh bien ! moi-même, qui le connais, et qui ai plus de raisons qu’une autre pour haïr l'ennemi du roi, je pense qu’il va souffrir et je me sens pleine de pitié pour lui.

MARTIN DIAZ

Si don Pèdre a peur des ressentiments...

DO.N’A BEATRIZ.

Peur! don Pèdre! La colère des éléments ne renipêciiorait pas d’être juste. Noble nature! C’est par l'admiration que mon amour a commencé. Il est la loi vivante, l’effroi du mal et la confiance du bien. Ah ! il a bien le droit d’être juste contre les autres, ciir il l’est contre lui.

MARTIN DIAZ

Contre lui?

FUNÉRAILLES DE l’hONNEUR

Oui. Ne sais-tu pas ravcnture de la rue du Candilejo?

MARTIN DIAZ

Quelle avenlure?

DONA BEATRIZ.

Tu as vu la tête sculptée sans corps ni buste?

MARTIN DIAZ

La tète du roi?

DONA BEATRIZ.

Sais-tu comment elle est là?

MARTIN DIAZ

Comment?

DONA BEATRIZ.

Il y a neuf ans, en treize cent cinquante- trois, les rues de .Séville étaient si mal gardées que c’étaient des querelles et des meurtres toutes les nuits. Le roi cassa l’alcade, et offrit sa charge à qui la voudrait, sous la condition qu’au premier meurtre, si, dès le lendemain matin, l’alcade n’avait pas cloué la tète du meurtrier au lieu môme où le meurtre aurait été commis, il y clouerait, lui, la tète de l’alcade. Un homme se présenta. La nuit suivante, le roi était sorti selon son habitude, et traversait, seul, la rue du Candilejo, quand il fut heurté par un passant. Une dispute s’ensuivit, les épées furent tirées, le passant tomba. Le matin, le roi ht venir l’alcade et lui dit sévèrement qu’un meurtre avait été commis dans la nuit. L’alcade répondit qu'il le savait. Le roi lui rappela leurs t.jventions, et lui demanda si la tète du meurtrier était clouée à l’endroit du meurtre. L’alcade répondit que oui. Le roi, stupéfait, s’écria: — >Je suis curieux de la voir ! — Venez ! dit l’alcade, et il le conduisit rue du Candilejo. La muraille était couverte d’un drap noir. Le roi dit : — La tète du meurtrier ! Alors, l’alcade écarta le drap noir, et découvrit... la tête du roi. Leroi la laissa au mur et récompensa l’altade.

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