‹ Les funerailles de l'honneur drame en sept actesChapitre 68 sur 71 · ACTE VII · texte numérisé non relu

ACTE VII

DONA BEATRIZ.

Je crois que tu es vivant !

DON JORGE

Madame, allez-vous-en. L’heure approche où il va se faire ici une chose que je ne désire pas que vous voyiez.

DONA BEATRIZ.

Tu ne vas pas le tuer?

DON JORGE

Non. Allez-vous-en !

DONA BEATRIZ.

Je ne m’en irai pas t

Savez-voûs à quoi vous vous exposez en restant ?

DO.VA BEATRIZ.

Si j’en meurs, tant mieux !

DON JORGE

Ne restez pas. Rappelez-vous de qui je descends. Rappelez-vous Ruy Gonzales. Il n’élait question dans toute la Castille que du château que don Ruy Gonzalès venait de se faire hâtir. Le roi d’alors écrivit à don Ruy que sa reine était curieuse de voir ce château, et qu’elle viendrait le visiter tel jour. Don Ruy récompensa largement le messager de cette grande nouvelle, acheva vite d’orner ses murs, et prépara une hospitalité digne de l’hôtesse. Au jour dit, les clairons sonnèrent, don Ruy sortit avec tous ses gentilshommes, et vit arriver, la bannière royale au vent, une cavalcade nombreuse, la moitié de la cour, et, au centre, au lieu de la reine, la maîtresse dn roi. Ruy Gonzalès était vieux, et n'avait pas appris à désobéir au roi; il ne témoigna aucune colère, salua cette femme que le roi lui envoyait, la laissa entrer, commander, rire, manger le repas de la reine, coucher dans lu lit de la reine, lui fut poli toutle jour et tout

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le lendemain et, quand elle voulut partir, la reconduisit jusqu’au bout du pont. Seulement, dès qu’elle ne fut plus chez lui, sans attendre son remercîment, sans la saluer, sans la connaître, il rentra, prit une pioche, comme j’ai pris celle-ci, monta sur son toit et, appelant ses serviteurs, don Ruy Gonzales sc mit à démolir sa maison offensée, trouvant que le seul chùteau habitable c'est l'honneur! Madame, don Ruy Gonzalès était mon grand-père. Je suis donc d’un sang qui n’a pas de patience pour la honte ! Ne restez pas ici !

Que vas-tu faire? Tu ne veux pas répondre? Dis- moi seulement * ce que tu deviendras après.

DON JORGE

Après les funérailles ? Je m’enfermerai dans ce couvent.

DONA BEATRIZ,

Et tu crois que je te lais.serai faire ! Jorge, tu ne voudras pas. Il y a d’abord une réflexion qui doit te frapper. Toute la cour sera là. Quel que soit ton projet, songes-tu quel scandale? Tu dis que tu as une tache à ton nom et, au lieu de la cacher, tu la publies !

DON JORGE

Oh ! elle est publique ! On n’est pas ce que vous êtes incognito.

DONA BEATUIZ.

Raisonnons. Il y a une faute, et une expiation est nécessaire. Mais par qui les fautes doivent-elles être expiées? parles coupables. Toi, tu os innocent, tu n’as pas le droit de le punir. Tune peux plus rien contre le roi; c’est vrai. Ohl non, rien. 11 t’est sacré, tu l’as dit, je le l’accorde. Tu vois que, quand tu as raison, jo suis de de ton avis. Mais me voici, moi. C’est moi qui ai commis le mal, l'expiation m'appartient, je ne to la donne pas. C’est moi qui entrerai dans un couvent, et j’y ferai une telle pénitence qu’elle couvrira toute ma faute. J’y pleurerai jusqu’à ce que ma honte en

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