‹ Les gaietés de l'annéeChapitre 12 sur 13 · LES GAIETÉ S · texte numérisé non relu

LES GAIETÉ S

lorsqu’il ne resta plus aucune chance d’en préserver la carcasse.

Croirait-on cependant qu’après cet abandon en plein Océan, il s’est trouvé un navigateur anglais assez hardi pour frapper une amarre sur cette lugubre épave et tenter de la remorquer à travers la tempête jusque dans les eaux britanniques? Cet intrépide marin se nomme le capitaine Tom Taylor, commandant du trois actes T Overland- Route , de Londres.

On se demande vraiment s’il faut le plus admirer la hardiesse de ce commodore ou flétrir sa cupidité.

11 nous reste à signaler la conduite inqualifiable du sieur Francisque Sarcey, président de la Société des naufrageurs de France : sorti la plume au vent, à bord de son bateau-piloje, sous le prétexte fallacieux d’aller portersecour s au Crocodile en détresse, le patron Francisque a parcouru le lieu du sinistre pendant

la durée de six colonnes, en allongeant de formidables coups d’aviron et de gaffe sur tous les naufragés dont les têtes émer geaient à la surface des flots. On a eu tout spécial ement à déplorer l’horrible persévérance avec laquelle cet écumeur de mer s’est acharné sur le corps

déjà verdâtre de l’infortuné Sardou qui vainement implorait la clémence de son bourreau, en évoquant l’image de ses petits-enfants. Tant il est vrai qu’il n’v a aucun sentiment

humain à attendre d’un homme sans religion.

Et, pendant ce temps-là, les Méridionaux continuaient à nous la faire au soleil ; pour la. .. première fois, les Latins ont conquis le palais de l’Industrie : le Midi s’est enfin levé, et ce levage est dû à un folliculaire nommé Chincholle, dont les séductions ont entraîné la Tarasque dans le tourbillon des plaisirs parisiens ; heureusement pour l’honneur de la corporation, cette aimable personne est âgée de beaucoup plus de quinze ans, de sorte que M. Chincholle ne sera pas poursuivi pour détournement de mineure ; on assure d’ailleurs qu’il est tout disposé à réparer ses torts par un mariage en bonne et due forme.

Dans l’attente d’un si beau jour, la folichonne Tarasque se livre publiquement à un dévergondage qui laisse bien loin en arrière les plus mauvais jours de la Goulue, — dont elle se distingue seulement en ce qu’il lui faut plusieurs déménageurs de la force du

regretté Chariot pour la mettre en branle, — et cette malheureuse choisit impudemment pour nous donner le spectacle de ses turpitudes l’heure sainte où Grille d’ Égout expie ses fautes de jeunesse en se faisant visiter au bénéfice des inondés.

Nous avons tous lu dans des tas de journaux que ces fêtes du Soleil étaient appelées a nous donner une idée assez exacte des coutumes méridionales, mais je me plais à croire que cette affirmation ne doit pas être prise au pied de Ja lettre, car, s’il nous fallait envisager dans les façons d’agir de la Tarasque une fidèle image de la vie domestique parmi les dames de la société tarasconnaise, nous ne pourrions nous défendre de critiquer en elles une liberté de gestes et un abandon de tenue qui détonneraient dans nos salons parisiens ; aussi bien l’exiguïté de nos appartements cadrerait mal avec ces manières exubérantes pour lesquelles le palais de l’Industrie luimême semble un tant soit peu étriqué.

Du reste, je ne serais aucunement surpris

si quelque compatriote de cette professionnal beauty venait m’avouer confidentiellement que, loin d’être un exemple des bonnes mœurs provençales, cette fameuse Tarasque se trouve bel et bien expulsée de sa ville natale où elle scandalisait les mères de famille; il serait de la sorte fort explicable que cette impudique créature fût venue faire la fête du Soleil dans ce satané Paris, asile tutélaire de toutes les jeunes personnes qui ont mal tourné.

Attendons-nous donc à voir dans un avenir peu éloigné cette pauvre Tarasque réduite à chahuter des quadrilles naturalistes sur les planches d’un café-concert et peut-être même, plus tard, à se créer des relations mondaines entre dix et onze, dans le promenoir des Folies- Bergère, — à moins qu’un mariage riche lui vienne assurer du pain pour ses vieux jours et l’oubli de ses fautes.

Puisse la malheureuse enfant rencontrer quelque jour un galant, homme assez épris pour lui donner son nom, quand bien même elle devrait pour cela recourir aux annonces

DE L’ANNÉE

et faire insérer dans les feuilles un avis ainsi conçu :

JEUNE TARASQÏÏE

que agréable, épouserait gentleman prêt à lermer les yeux sur le passé.

Pour renseignements, s’adresser à M. Chincholle, au Figaro.

TABLE DES MATIÈRES

Pages

Le jour des Ilois à l’Élysée. — Nous avons un ministère. — Étrange disparition d’une fève. — Le borborygme révélateur. . . .

Le feuilleton ecclesiastique. — L’Éden- Renan. — On s’amuse aux Débats . . .

L’État mastroquet. — Le budget équilibré sur le zinc. — Lichons pour la république!

Les ombres chinoises de M. Renan. — Un Molière nature. — Claretie réaliste . . .

Le lapin reconstituant. — Plus do myopes. — Avis aux gardiens du sérail

Les grèves de la Comédie française. — Un jury d’honneur. — Nouveau dialogue des morts

table des matières.

Pages.

L’affaire Barrême et M= de Pontmartin.

N’insultons pas les critiques. — Un bœuf

pique

Plus d’avocats. — La crcdulopathie. — Conseils aux âmes affaiblies 75

Nous marions Bragance. — Le Parlement portugais lésine sur la dot. — Tout s arrange au dénouement 87

On a perdu Gayarré. — Talazac a 1 assaut de Saint-François-de-Sales. — Miousic. . 99

Encore Michelin. — La droguerie libre dans l’État libre. — Éloge des huissiers . . . 107

Pourquoi l’on expulse les princes. — Heureuses les familles qui n’ont pas régne sur la France. — Les landaus de l’étranger. . 117

Troubles à l’École de pharmacie. — Chatin s’amuse. — Vive la Pologne, Monsieur ! . D25

La déposition du roi de Bavière. — Ramollissement royal. — Dieu protège M. Grévy. 135

Les perturbations atmosphériques. — A quoi songe le bon Dieu? — Jouit-il de la plénitude de ses facultés? — Qui mettre à sa place? ^

TABLE DES MATIÈRES

Pages.

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