La Salle d'attente actuelle des examens
avaient un concierge spécial, dont on a toujours maintenu l'emploi malgré la suppression du Pensionnat, ce qui explique, par parenthèse, pourquoi le Conservatoire, n'ayant que deux portes, possède trois concierges. Là, on leur enseignait le Chant et la Déclamation lyrique, et ils étaient censés apprendre aussi le solfège et quelques éléments de piano l.
Cherubini avait institué à leur égard une discipline de fer; une grille du même métal, toujours fermée comme celle d'une prison, existait sous le porche; défense absolue était faite à ces jeunes gens de sortir seuls; ils ne pouvaient mettre le nez dehors qu'en bande et accompagnés; la surveillance était de tous les instants... Les récréations se prenaient en commun, dans la cour quand il faisait beau, sous l'œil vigilant des trois concierges, d'un surveillant spécial et du Directeur du Pensionnat. La correspondance était l'objet d'une attention spéciale. Un vrai règlement de couvent, enfin !
Cela n'empêchait pas que presque toutes les nuits il y avait des évasions, puisque tous les matins ou à peu près il y avait des pensionnaires qui rentraient par la porte. Ils savaient bien sortir, mais ils ne savaient pas rentrer; le personnel était sur les dents, Cherubini furieux.
Voilà qu'un beau soir à onze heures, le tambour-maître d'un régiment en garnison à la caserne de la Nouvelle-France, passant rue Bergère, reçoit dans ses bras un jeune homme qui se laissait glisser le long d'un tuyau de descente. Il le prend pour un voleur et lui met la main au collet ; explications bruyantes, altercation, lutte, pendant lesquelles le quartier s'ameute, et, avec le quartier, les trois concierges, le surveillant spécial... Ce fut un scandale épouvantable, si bien que le lendemain Cherubini, exaspéré, donnait l'ordre de mettre
1. Il y a eu aussi, de 1822 à 1826, un pensionnat d'élèves-femmes (26, rue de Paradis), dont nous n'aurons pas à parler plus longuement.
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des chaînes et des cadenas fermant à l'intérieur à toutes les fenêtres du Pensionnat, ordre qui fut exécuté le jour même.
Peu après, le laitier qui tous les matins venait apporter la provision de lait, en arrivant devant la porte du Pensionnat, sonne comme de coutume ; le concierge tire le cordon, la porte ne s'ouvre pas; il resonne, le concierge retire le cordon, la porte continue à résister ! A la fin, fatigué de ce manège inaccoutumé, le concierge se décide à se lever et crie par la fenêtre : « Mais pourquoi donc n'entrezvous pas? » Le laitier lui répond : « Je ne peux pas ! il y a un cadenas extérieur à la porte! »
Mystère!... On n'a
jamais pu savoir comment, pourquoi et par qui ce cadenas avait été placé. A l'appel du matin, tous les pensionnaires étaient présents. Cette fois, il avait su rentrer.
À l'usage de ceux qui n'étaient pas de première force en gymnastique, il existait un passe-temps plus sédentaire.
On allait chercher à la cuisine toutes les casseroles, chaudrons, couvercles, passoires et généralement tous autres ustensiles métalliques, et on les attachait à la queue leu-leu au moyen d'une très longue corde, dont un élève emportait un bout au troisième étage, tandis qu'un autre conservait l'extrémité inférieure dans la cave. Ces dispositions prises, il ne restait plus à chacun qu'à tirer alternativement son bout, comme font les ramoneurs avec leur hérisson, pour faire parcourir à toute cette ferraille l'étendue entière de l'escalier, s'accrochant à toutes les marches, se heurtant a la rampe, et produisant ainsi du haut en bas de la maison un vacarme que tous ceux qui l'ont entendu affirment être des plus réjouissants. Ils appelaient cela :
jouer à l'orchestre de l'Opéra.
Un jour, un écureuil, appartenant probablement a l'un des pensionnaires, étant mort, on
lui fit de pompeuses funérailles qui ne durèrent pas moins de trois jours, pendant lesquels tout le Conservatoire fut en effervescence; rien ne fut oublié, l'exposition du corps, les chants et les cérémonies du culte; il paraît que c'était très drôle; je n'oserais pas affirmer que c'était tout à fait convenable.
On voit par tout cela que, malgré les rigueurs directoriales, la vie n'était pas si intenable qu'on aurait pu le croire au Pensionnat; Messieurs les pensionnaires savaient l'embellir et la mettre à leur goût.
Tous les gens qui ont connu Cherubini affirment qu'en dehors du service, c'était un homme très affable, très doux et même spirituel; que sa maison était fort gaie, qu'il recevait beaucoup, et que ses filles, pour lesquelles il était plein de tendresse, étaient charmantes. Malgré cela, je n'ai jamais entendu citer de lui un mot vraiment aimable ; à moins que ce ne soit celui-ci :
Pour amuser ses filles, ayant organisé une petite sauterie intime, il fait dire au chef du Pensionnat de lui envoyer le pensionnaire Couderc. Enchanté et flatté de cette distinction, Couderc se met sur son trente-et-un, habit noir, cravate blanche immaculée, chemise à tout petits plis, bottines vernies sortant de chez le bottier, et arrive ainsi tout pimpant chez le Maître, bien exactement à l'heure dite.
— « Que, que, que que vous voulez?
— Je suis M. Couderc, cher Maître...
— Que que c'est que ça, zé connais pas ?
— Mais il y a donc erreur? C'est M. Legendre1 qui m'a dit que vous m'aviez fait l'honneur de m'inviter ?
— Que, que, que z'ai demandé le pensionnai?^ Couderc ,