RACCOMMODAGE
Après ses sottes aventures Et de serments et de ruptures, Notre amour n'est-il pas ainsi Qu'un plat de Bernard Palissy Remis à neuf par vingt sutures ?
Amie, il faut le ménager, L'accrocher vite ou le ranger Avec la plus grave prudence, Soit au mur ou sur la crédence, Pour qu'il ne coure aucun danger,
Au temps où s'accordaient nos âmes.
Plus d'une fois nous y mangeâmes
La soupe et le bœuf du bourgeois Et du merle blanc quelquefois, Quand nos bouches buvaient nos âmes.
Pas un profil, pas une fleur N'a laissé pâlir sa couleur, L'émail en est invulnérable :
Pourquoi notre main misérable Causa-t-elle donc ce malheur?
Qu'il vive de longues années !
Et que ses cases fleuronnées Dorment dans une heureuse paix, Nous lui mettrons un voile épais Qui l'isole des araignées.
11 n'ornera plus nos repas, Car tout choc serait un trépas Si lugubre et si prosaïque, Le plus artiste en mosaïque Ne le raccommoderait pas.
Comprends-tu bien par ce poème Que nous trépasserons de même Si nous continuons ce jeu, Et pourtant tu m'aimes un peu, Et tu crois pourtant que je t'aime !
Maurice Vaucaire.
LES GAÎTÉS DU CKAT NOIB. 71
CHANSON STYRIENNE
Elle trottinait, légère comme une biche...
Elle était blonde et Parisienne...
Elle avait des yeux tapageurs...
Son talon faisait comme ça : Tra la la la la !...
Et je la suivais — moi, — comme un caniche..,
Dans le passage des Princes, elle dit : Faut qu' tu m' rinces !
Dans le passage Jouflroy, je pris un air froid.
Dans le passage Verdeau, j' lui fis un cadeau.
Dans le passage Vivienne, elle me dit : J' suis de la Vienne !
Et elle ajouta :
J'habite chez mon oncle, C'est le frère à papa; Je lui soigne un furoncle...
C'est un sort plein d'appas.
J' devais r'trouver la donzelle, passage Bonne-Nouvelle.
Mais en vain je l'attendis passage Brady.
Les voilà bien, les amours de passage !
Narcisse Lebeau.