‹ Les Gaîtés du chat noirChapitre 20 sur 102 · POUR ÊTRE DITE EN I/HOSTELLERIE DU CHAT NOIR · texte numérisé non relu

POUR ÊTRE DITE EN I/HOSTELLERIE DU CHAT NOIR

Le temps n'est plus où tu robbais viandes,

Et dans la terre on te laisse seulet,

Pauvre Villon, sans flûtes ni guirlandes...

Mais vois tes fils, ô sire maigrelet,

Toi que mordaient tous les chiens au mollet :

Pour relustrer ta mémoire flétrie,

Ils sont venus dans cette hostelleric,

Et vers ton âme éclose papillon

Nous crions tous, afin qu'elle sourie :

Un coup de vin pour le pauvre Villon !

Tes compagnons sont morts, et leurs truandes! O vagabond, toi que rien ne troublait, Ami du fol et terreur des marchandes, Bon maquereau, basteleur et valet

Que le trépas prit souvent au collet, Réjouis-toi d'une éternelle vie!

Tu sus mêler dans ton cœur sans envie L'âpre douleur au rire vermillon.

Ta renommée en est toute fleurie :

Un coup de vin pour le pauvre Villon !

Tu n'amasses ducats d'or ni prébendes, Frère de ceux dont le corps triste est laid, Déchiqueté par de sinistres bandes, Pour les corbeaux aux potences tremblait 1 Sont en enfer, comme mouches en lait.

Ton corps à toi, dont l'âme endolorie Par tant de mains cruelles fut pétrie, Christ l'a couvert de son blanc pavillon Afin de plaire à la Vierge Marie :

Un coup de vin pour le pauvre Villon !

Page 1