POUR ÊTRE DITE EN I/HOSTELLERIE DU CHAT NOIR
Le temps n'est plus où tu robbais viandes,
Et dans la terre on te laisse seulet,
Pauvre Villon, sans flûtes ni guirlandes...
Mais vois tes fils, ô sire maigrelet,
Toi que mordaient tous les chiens au mollet :
Pour relustrer ta mémoire flétrie,
Ils sont venus dans cette hostelleric,
Et vers ton âme éclose papillon
Nous crions tous, afin qu'elle sourie :
Un coup de vin pour le pauvre Villon !
Tes compagnons sont morts, et leurs truandes! O vagabond, toi que rien ne troublait, Ami du fol et terreur des marchandes, Bon maquereau, basteleur et valet
Que le trépas prit souvent au collet, Réjouis-toi d'une éternelle vie!
Tu sus mêler dans ton cœur sans envie L'âpre douleur au rire vermillon.
Ta renommée en est toute fleurie :
Un coup de vin pour le pauvre Villon !
Tu n'amasses ducats d'or ni prébendes, Frère de ceux dont le corps triste est laid, Déchiqueté par de sinistres bandes, Pour les corbeaux aux potences tremblait 1 Sont en enfer, comme mouches en lait.
Ton corps à toi, dont l'âme endolorie Par tant de mains cruelles fut pétrie, Christ l'a couvert de son blanc pavillon Afin de plaire à la Vierge Marie :
Un coup de vin pour le pauvre Villon !