LE BON PETIT CŒUR
Barbesange a pleuré et sa femme est triste. Elle reste blottie au fond du fiacre qui l'emmène chez le beau Maxime de Talence ; parfois elle regarde l'heure aux pneumatiques, car elle est fort en retard, mais elle se sent un poids sur le cœur... son mari a pleuré.
Oh ! de petites larmes, qui sont venues avec de petits reproches très humbles, parce qu'elle sortait bien souvent seule, le laissant dans son lit, tordu par une crise de rhumatisme atroce. Elle songe que c'est mal ce qu'elle fait là. En somme, son mari est un brave homme ; il l'a faite riche ; il n'est pas plus bête que l'autre et lui est dévoué comme un caniche. Il l'aime profondément et s'il apprenait qu'elle le
trompe !... Elle ne veut pas y penser, seulement. Et elle n'y pense pas; mais elle se souvient que ce pauvre Amédée avait l'air très malheureux en lui disant : « Reviens bientôt ; je m'ennuie tant sans toi I Tu es toute ma gaîté. »
Hélène descend de son fiacre. Maxime, qui l'attend depuis une grande heure, lui fait remarquer qu'elle est en retard. Hélène répond aigrement et comme Maxime, surpris, reste planté devant elle, les bras ballants et l'air assez grotesque, Hélène ajoute :
« Et puis, après tout, j'en ai assez... bonsoir! »
Et elle remonte dans sa voiture qui la ramène aussitôt chez elle.
Barbesange a un bon sourire en la voyant entrer.
— Je suis revenue tout de suite ; j'étais décidément inquiète de te savoir seul.
Et Barbesange montre sa joie profonde d'avoir une bonne petite femme qui l'aime autant. Il lui demande pardon de ses exigences de malade qui l'ont troublée dans ses courses. Il lui prend la main, pose sa tête sur son oreiller, calme maintenant, sans désirs, satisfait puisqu'elle est là, et peu à peu, il s'endort.
Mais les pensées d'Hélène tournent, tournent...
Tout doucement, elle dégage sa main, se lève sans bruit, remet son chapeau, sort avec précaution, tran-
quille puisque son mari est tranquille. Elle arrive toute souriante chez Maxime qui n'est pas sorti de son ahurissement de tout à l'heure, mais qu'elle rassure vite, vite, en se faisant la plus ensorcelante et te plus gaie des amoureuses.
Pierre Valdagne.