‹ Les Gaîtés du chat noirChapitre 46 sur 102 · A TA GORGE · texte numérisé non relu

A TA GORGE

La chemise qui te voilait, Lasse enfin du rôle impudique Que ta pudeur lui conseillait, A l'heure sainte et fatidique

S'est couchée à tes pieds d'enfant.

Alors ta gorge de Faunesse M'est apparue, et triomphant J'ai vu les splendeurs de jeunesse

Que ta chemise recelait.

J'ai vu sur ta poitrine nue, Deux jumeaux, deux frères de lait, Enfants d'une belle venue,

Modernes, mais non décadents, Gonflant leur rigidité ronde, Sans l'aide des corsets prudents Sachant se tenir dans le monde

Marbre, satin, roc velouté, Ils résolvaient ce grand problèmo :

La douceur dans la fermeté, Dualité rare et suprême.

Dans l'amour du Bien et du Beau, Baisant leur pente éburnéennc, Du haut de ce double Nébo Une Terre chananéenne

A déroulé devant mes yeux Ses campagnes riches et grasses...

Et je vous adresse un joyeux Cantique d'actions de grâces,

Hauteurs neigeuses où se fond L'ennui des steppes et des plaines, Trésors somptueux qui me font, Comme aux innocents, les mains pleines.

Et lorsque sur ta gorge en feu Ma soif d'aimer se désaltère, Je songe, en remerciant Dieu, Qu'ils n'en ont pas en Angleterre !

Maurice Donnay

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