IS8 LB!S GALANTERIES
Cacher sa folle passion.
€ O penchant tierrible et fùnisistô !
Disait-il ; Zamar, ô ma soetir I O doux nom qui fait mon ihàlheuf !
Lien sacré que je déteste !
Empoisonné par îes remords, Cet amour est illégitime, Je le sais ; et Taspect du crime Semble ajouter à mes transports. »
n veut coïnbattre ; vaine attente !
De cet objet victorieux L'image revient sous ses yeux Toujours plus belle et plus puissante.
Frappé d'une juste terreur, Il a fui ; mais Zamar absente Brûle ses sens, remplit son cœur :
Il la nomme dans son délire, La nomme, lui parle et l'entend ; Il la repousse à chaque instant ; Et dans l'air même il la respire.
Tantôt sur le botd des ruisseaux.
Couché dans l'herbe fleurissante, De ses pleurs il grossît leurs flots.
Et la voix seule des échos Répond à sa plainte touchante.
Quelquefois oa Couleur s'^gi^t ; Alors sur des rocher^ s^dça n promène ses pas rapides Auprès du tofrent qui mug^t ; Alors des moissons et des plaines Il hait le spectacle riant, Et parcourt des fpréts lointaine3 Où règne un silence effrayant.
Dans un délire involontaire Ainsi s'^poule tout le jour ; Faible enfin, épuisé d'amour, Il cherche son lit solitairp ; Mais Tamour pncpr Vy poursuit } Ses larmes coulent dans la nuit ; Ou si quelquefois il sommeille, Ce repos même est sai)s douc^urç ; Un songe lui rend les erreurs Et les souffrance^ de |a veille,
Amnon jcède enfin au transport Qui Tentraîne vers ce qu'il ^iiie.
« O Zapiar ! c'est toi, c'est toi-même, Qui dans mon cœyr as mis la r^Prl»
J'en jure par le Dieu terrible, J'ai résisté, j'ai combattu ; Mais dans ce combat si péni))l(3,
O ma sœur I Tamour a vaincu.
Ce mot seul cause tes alarme?.
Va, mon cœur est fait pour t'aimer,
Mes yeux pour contempler tes charmes.
Le monde ose en vain me blâmer.
Suis ces deux ruisseaux dans leur course
Echappés de la même source,
D'abord ils coulent séparés ;
Puis un même lit les rassemble,
Et leurs flots vont se perdre ensemble
Sous des ombrages ignorés.
Prenons ces oiseaux pour modèles :
Le même nid fut leur berceau ;
Et déjà le même rameau
Les voit amoureux et fidèles.
Abel fiit aimé de sa sœur,
Et Dieu sourit à leur bonheur.
Ce Dieu qui voit couler nos larmes,
N'est pas aujourd'hui plus cruel :
Je suis plus sensible qu*Abel,
Et Thirza n'avait pas tes charmes. »
Zamar ne lui répondait pas ;
Sa résistance est incertaine ;
Tremblante elle refuse à peine.
Et fuit à regret de ses bras.
Cependant la noire tristesse D'Amnon flétrissait les beaux jours, n rejetait les vains secours Que Tart offrait à sa &iblesse.
«Du tombeau si Ton veut m'ôter, Dit-il, que Zamar se présente Avec la liqueur bienfaisante Qu'elle seule sait apprêter. > Zamar lui porte le breuvage, n la voit, détourne les yeux, Et baisse un front silencieux ; Des larmes baignent son visage ; Un long soupir sort de son cœur ; Il avance une main brûlante, Reçoit la coupe, et de sa sœur Il a touché la main tremblante.
La coupe échappe de leurs doigts ; Ils frissonnent, Amnon succombe, Et Zamar sans force et sans voix Tombe, se relève, et retombe.
Pauvres humains ! de vos erreurs L'inconstance est souvent extrême ; Et souvent aussi les pécheurs Sont punis par le péché même.
Tout-à-coup dans le cœur d'Anmon
Dieu mit le remords et la honte.
Et du dégoût le froid poison.
Faut-il que ma muse raconte
Ce trait affreux ? c Sors, laisse-^moi,
Cria-t-il ; fois un misérable,
Fuis donc ; dans mon âme coupable
Ta présence répand l'effroi .
Va gémir et pleurer ta gloire ;
Et du bonheur empoisonné
Que ta faiblesse m'a donné
Périsse à jamais la mémoire ! »
J^amar lui répond en pleurant :
< Quels mots sont sortis de ta bouche I
Ton premier crime fut bien grand ;
Mais, crois-moi, quand ton bras &rouche
Ose me chasser, tu commets
Le plus noir de tous les forfaits. »
A ces mots, elle se retire.
Ses pas incertains s'égaraient.
Dans sa douleur elle déchire Les vétemens qui la couvraient ; De cendre elle souille sa tête, Meurtrit l'albâtre de son sein.
Veut parler, rougit et s'arrête, ^ur ses beaux yeux porte sa main.
Rougit encore, et parle enfin :
€ Le deuil doit être ma parure.
Pourquoi ce riche vêtement ?
Pourquoi cette blanche ceinture.
Qui des vierges est romement ?
€ Hélaa ! de la robe royale U est flétri Tantique honneur ; De la tunique virginale Un crime a souillé la blancheur.
€ Barbare, tu causas ce crime ; Etait-ce à toi de m'en punir ?
De ton amour je fus victime ;.
De ta haine il faudra mourir.
€ Haïr est un supplice encore.
Moins à plaindre dans mon malheur, Je te pardonne, et je n*implore D'autre vengeance que ton cœur. »
Mais la vengeance fut af&euse, Puisqu'Absalon dans sa fureur Immola son frère à sa sœur, A sa sœur qui, plus malheureuse Après cet outrage nouveau.
Suivit le coupable au tombeau.
Dans cette aventure cruelle.
De David Tâme paternelle
Connut la douleur et l'effroi.
Mais de ses peines, la plus dure Fut de vieillir. Un prince, un roi Devrait-il donc de la nature Comme un autre subir la loi ?
C'est vainement que son Altesse Avalait, aux yeux d'un docteur, Ces vins dont l'heureuse chaleur Dans les sens porte la jeunessie ; En vain d'une fourrure épaisse On tient ses vieux membres couverts ; Glacé par quatre-vingts hivers, De froid il grelotait sans cesse.
€ n &ut, dit l'un des courtisans.
Chercher, trouver une pucelle, Pucelle vraiment, fraîche et belle, Et qui joigne à cela seize ans.
De plus, qu'elle soit caressante :
De sa majesté complaisante La couche elle partagera, Et sur son sein réchauffera. »
Ce nouvel avis parut sage.
Mais longtemps il fallut chercher.
Enfin, dans un petit village On trouva l'heureux pucelage
Qui près du roi devait coucher.
On reconnut son existence ; D'Abisag il portait le nom.
Un jeune berger du canton Le pourchassait avec constance.
Après trois mois de résistance, n chancelait dans ses refus ; Un jour encore, il n'était plus.
La vanité souvent l'emporte Sur Tamour même féminin.
La belle hésita ; mais enfin L'ambition fut la plus forte.
Jézahel tombe à ses genoux, Et d'un air suppliant et doux :
€ Ton cœur a connu la tendresse.
Peut-il oublier sans retour Et ma constance et la promesse Que ta bouche fit à l'amour ?
€ Tu trouvais tout dans cet asile.
Des bois, des ruisseaux, un beau jour.
Des fêtes, un bonheur tranquille.
Et les hommages de l'amour.
cTu me quittes; et moi, cruelle.
Je garderai dans ce séjour Le souvenir d'une infidèle,
7$ LB9 OALANTBIUBS
Et les tourmens de mon amour,
€ Tu vas chercher un diadème^ Pars ; mais tu pourras à ton tour Regretter, sur le trône même.
Le baiser que donne Tamour. ^ Abisag, d'une voix émue :
€ N'obscurcis point par le chagrin L'horizon brillant et serein Qui se découvre à notre vue.
Je tiendrai ce que j'ai promis.
Au roi l'amour n'est plus permis.
Pour lui ce nouvel hyménée N'est qu'un remède seulement.
De la bergère couronnée En secret tu seras Tamant.
Je te vois déjà capitaine, Puis colonel, puis général.
Fidèle, et né pour la victoire.
Vers le plaisir et vers la gloiro Tu mareheftts d'un pas égal. Par Jézahel sera cueillie Cette rose qu'il croit jolie.
Et qu'il faut porter à la cour ; Je la réserve à sa tendresse ; Et pour gage, mon ccpur lui laisse
DE LA BÏBLÉ. 71^
Un baiser que donne Tamotir. >
Elle joignait à la jeunesse Beaucoup d'attraits, quelque finesse, Un naïf et doux entretien :
Du prince elle échauffa la glace, ^ Mais sans la fondre ; il dormit bictt, A son épouse rendit grâce, Et de la rose ne dît rien.
Mais au bout d'un mois, cttteroBC Qui trouvait qu'au bandeau royal n manquait encor quelque chose.
Voulut, sans en dire la cause.
Visiter son hameau natal.
A sa réchauffeuse jolie David ne disait jamais non ; Et d'ailleurs cette fantaisie Annonce un cœur sensible et bon.
Son apparition soudaine Du berger calme le chagrin.
Elle repart le lendemain Très-satisfaîte et vraiment reine.
Jézahel, quelques j ours après, Quitta le hameau pour la ville.
Sur lui d'un roi faible et facile On accumula les bienfaits.
Toujours cher à sa protectrice, Quelquefois d'un jaloux soupçon H sentait le vif aiguillon :
Un mot dissipait ce caprice.
Abisag et tous ses appas Couchaient à côté du monarque, Et pourtant il ne péchait pas :
De la Bible c'est la remarque.
Lecteur, quitte à pécher un peu, H faut, dans l'hiver de ton âge.
Imiter ce roi juste et sage Qui fut selon le cœur de Dieu.
Son heureux fils, dès sa jeunesse.
Poussa bien plus loin la sagesse.
Du trône à peine possesseur.
Il écrit avec éloquence Contre le trône et la grandeur, La bonne chère et l'opulence.
Le monde et son attrait menteur.
Le bel esprit et la science.
On crut que ce régent des rois.
Leur donnant l'exemple lui-même, Et repoussant le diadème, Allait vivre en simple bourgeois.
Point ; il conserve ses richesses.
Ses bons repas, ses dignités,
Et les jouissances traîtresses
Qu'il appelle des vanités.
Sa sagesse un peu singulière,
Préchant la modération,
Fait pourtant égorger un frère
Dont il craignait Tambition.
Dans ses écrits toujours sévère,
Des voluptés frondeur austère.
Aux femmes il ne permet rien.
n démasque les courtisanes,
Et de leurs allures pro&nes
Il avertit les gens de bien.
€ Fuyez cette beauté mondaine.
Qui seule, vers la fin du jour.
Devant sa porte se promène,
Fringante et respirant Tamour.
Tout bas le passant elle appelle,
St, st ! et lui prenant la main.
D'un ton familier et badin :
€ Viens dans ma chambre, lui dit-elle ;
Mon lit est grand, jonché de fleurs :
Aux doux parfums qu'on y respire.
Le cinnamomum et la myrrhe
Joindront leurs suaves odeurs.
8o LES GAX^NTBRIES
Pes maris le plus inutile Pour les champs a quitté la ville.
Et la vendange le retient ; Jamais de nuit il ne revient. Mets à profit sa négligence ; Et sans alarmes jusqu'au jour Viens vendanger en son absence Des fruits de plaisir et d'amour* »
A ce discours ferme l'oreille, Jeune imprudent ; sache opposer Une main sévère au baiser Que t'offre sa bouche vermeille.
Une source dans ton verger Jaillit avec un doux murmure, Et son eau bienfaisante et pure Te désaltère sans danger.
La &im te presse et te fatigue I De ton figuier mange le fruit ; Et ne va pas durant la nuit Du voisin grignoter la figtie. »
On pense bien que Salomon, Avec une telle morale, De la tendresse conjugale Donna l'exemple dans Sion.
Il faut achever et tout dire :
DE LA BIBLE. 8l
Ce prince avait dans son palais Mille femmes dont les attraits Au moins constant devaient suffire.
Ces mille femmes tour-à-tour Amusaient son fidèle amour.
Des lointains pays amenées, Elles différaient par Tesprit, Les traits, le langage et Thabit ; Et ces sultanes fortunées, Dont les caprices faisaient loi, Diversement fêtaient le roi.
Fière de sa haute origine.
L'une, d'omemens précieux Couvrant ses bras et ses cheveux, Sur des coussins de pourpre fine Qu'enrichissent la perle et Tor, Avec décence, avec noblesse. Livre aux désirs de son altesse De ses charmes le doux trésor :
Et son bonheur commence à peine.
Que d'une musique lointaine On entend les sons ravissans, Tantôt vife, tantôt languissans.
Une autre, en ses goûts plus modeste, Cherche Tombrage des bosquets.
Sa tunique flottante et leste Défend mal ses jeunes attraits.
Mais aussi pourquoi les défendre ?
Elle foule d'un pied mignon, D'un pied nu, les fleurs du gazon ; Et Salomon vient la surprendre.
Imitant cet exemple heureux.
Soudain les oiseaux du bocage Préludent par un doux ramage A leurs ébats voluptueux.
Mais Nicausis d'une amazone Conserve Thabit et les mœurs.
Quelquefois se moque du trône, Et fait acheter ses faveurs.
Toujours sa pudeur intraitable Résiste à l'attrait du plaisir ; Avec elle il faut tout ravir ; C'était un combat véritable.
Salomon fort heureusement Savait lutter ; et notre belle Dans sa chute encore querelle L'audace du royal amant.
Te voilà, tendre Salomée ?
Que tes regards sont caressans !
Que tes soupirs sont séduisans !
O combien tu dois être aimée !
Permets que ma lyre charmée Répète les aveux touchans Qu'exhale ta bouche enflammée.
€ Oui, j*ai connu le vrai bonheur ; Et ces instans de ma victoire Seront toujours dans ma mémoire, Seront a jamais dans mon cœur.
Il me nommait sa seule amie; Des larmes humectaient ses jeux ; D'un sentiment délicieux Son âme paraissait remplie ; Il soupirait, et ses soupirs Etaient doux comme son ivresse ; Il désirait, mais aux désirs Il joignait la délicatesse ; Moins emporté, plus amoureux, Sur mes mains penchant son visage, Il répétait : « Je suis heureux.
Et mon bonheur est ton ouvrage. »
Cet aveu, son trouble enchanteur, Et ses baisers et ma victoire.
Seront toujours dans ma mémoire, Seront à jamais dans mon cœur. »
La vive et légère Zéthîme,
Qui jusque dans la volupté
Conserve sa folle gaîté,
D'une autre manière s'exprime :
« Rien n'est joli comme Tamour,
Mon maître à mes pieds s'humilie.
Esclave de ma fantaisie,
Il espère et craint tour-à-tour.
Aux yeux de sa philosophie.
Je suis une enfant ; mais hélas !
Que cette enfant ouvre les bras,
Aussitôt le Sage s*oubli6.
Il règne au milieu de sa cour :
Je fais bien mieux ; sans diadème,.
Je règne sur le roi lui-même.
Rien n'est joli comme l'amour. >
Notre monarque vraiment sage A reçu du ciel en partage Tous les talens et tous les goûts.
Tantôt il prend sur ses genoux Une beauté jeune et sauvage ; Il apprivoise sa pudeur, Qui toujours s'étonne et refuse ; De son ignorance il s'amuse ; Il l'instruit, mais avec lenteur ; D'une main prudente il la flatte :
Et cette rose délicate Doucement s'entr'ouvre au bonheur.
Tantôt, de voluptés avide, Aux fleurs il préfère les fruits.
Cherche des charmes plus instruits, Et vole auprès de Nicéide.
C*est là qu*il trouve le désir, L'emportement, la folle ivresse, Et la science du plaisir.
Le roi sourit à son adresse ; Et dans cet amoureux métier.
De maître il devient écolier.
Du palais l'enceinte pompeuse Renferme un immense jardin ; Une onde pure et paresseuse Y formait un vaste bassin.
Ses bords, qu'un frais gazon tapisse.
De fleurs sont toujours parsemés, Et des bocages parfumés La couvrent d'une ombre propice.
Cest un rendez-vous pour l'amour.
Les sultanes allaient ensemble S'y baigner au déclin du jour :
Du prince l'ordre les rassemble, Et lui-même y vient à son tour.
Dans Tonde il se jette avec elles ; Au milieu d'elles confondu, Comme elles il était vêtu.
Sur les baigneuses peu cruelles Ses yeux, ses lèvres et ses mains, Multipliaient leurs doux larcins.
On devine aisément la suite D'un jeu très-innocent d'abord.
Trop heureuse la favorite Qu'il pousse en nageant vers le bord !
Des autres l'orgueil se dépite ; Elles retiennent un soupir, Parlent plus haut, nagent plus vite, Frappent l'onde et la font jaillir.
C'était ainsi que du bel âge Le grand Sa'omon profitait.
Mais le temps rida son visage ; Plus triste alors il répétait :
€ Je touche à la froide vieillesse ; Adieu la douce volupté.
Hélas ! j'avais dans ma jeunesse Une assez belle vanité.
« J'allais de conquête en conquête ; L'obstacle irritait ma fierté ; Noblement je levais la tête ;
J'étais brillant de vanité.
«Aujourd'hui morte est mon audace, Et j'entends dire à la beauté :
Prince, que voulez-vous qu'on fasse De ce reste de vanité ?
« vous, dont le printems commence, Fuyez la prodigalité, Et pour l'automne qui s'avance Ménagez votre vanité I
Malgré cette hymne un peu chagrine, Le gentillesse féminine D'un vieillard pique la langueur.
S'il ne prétend plus au bonheur.
Avec son image il badine.
Des femmes se peut-on passer I Des femmes se peut-on lasser !
On le peut, lorsque leur faiblesse Usurpe d'un sexe plus fort L'esprit, les mœurs et la rudesse.
Toujours ce ridicule effort Les enlaidit. Par son courage, Par sa Rère et mâle beauté, Judith ne m'aurait point tenté.
Esther me convient davantage.
Tuer au lit est un talent
Dont rarement on fait usage ; Y plaire est un plus doux partage, Dont on profite plus souvent.
Assuérus, nous dit la Bible, Prisait beaucoup cet art paisible.
A sa table il avait un jour Tous les libertins de sa cour. Séduit par des chansons lascives, Et troublé par un vin fumeux, Il veut donner à ses convives Un spectacle nouveau pour eux.
« Eunuques, dit-il, que la reine Se montre sans voile à nos yeux, Sans aucun voile, je le veux.
Portez-lui ma voix souveraine. »
La sultane reçut fort mal Ce compliment oriental.
Surpris d'une pareille audace.
Le prince : c Imprudente Vasthi, Ton orgueil m'a désobéi ; Descends du trône, je te chasse.
Eunuques, dans tous mes états Allez proclamer sa disgrâce.
Et cherchez-moi d'autres appas.
La plus belle prendra sa place. »
Dès lors on ouvrit le sérail, n se remplit de beautés neuves.
Mais pour entrer dans ce bercail, Difficiles étaient les preuves.
L'eunuque insensible et malin, En faisant son froid commentaire, Portait partout un œil sévère, Partout une insolente main.
Belles à la fois et jolies, Trois cents vierges furent choisies ; Et Tune d'elles chaque soir, Entrant dans la couche royale, Se livrait au flatteur espoir De régner bientôt sans rivale.
Pour les parer, on leur donna Tout ce qu'exigea leur caprice ; Car les femmes en ce temps-là Connaissaient encor TartiRce.
La seule Esther était sans art.
Un bain est préparé pour elle : Bientôt de la rose et du nard Son corps y prend Todeur nouvelle.
Des cheveux d'herbe entrelacés, Des yeux modestes et baissés.
Une robe fine et flottante,
go LES GALANTERIES
Pour ceinture un feston de fleurs Qui marque sa taille élégante, Quinze ans et des traits enchanteurs :
Telle paraît Esther tremblante Aux yeux charmés d'Assuérus.
Il la voit, et n'hésite plus.
Le couple amoureux se retire Dans un pavillon écarté.
Le goût lui-même a fait construire Ce temple de la volupté.
Il en a banni la richesse, L*or et le feu des diamans.
Tout y respire la mollesse, Tout y parle au cœur des amans.
Sous leurs pas la rose s'effeuille ; Et sur la blancheur des lambris Serpentent les rameaux fleuris Du jasmin et du chèvrefeuille.
Le plus habile des pinceaux A dessiné dans les panneaux Des images voluptueuses ; Et, pour mieux fixer le désir, Partout sous des formes heureuses Il a reproduit le plaisir.
Simple, malgré son élégance,
Au centre est un lit spacieux :
Il favorise la licence
Et les caprices amoureux.
Les rideaux de gaze légère,
Que relevait un nœud de fleurs,
De la sultane peu sévère
Voilent les premières faveurs.
Faveurs charmantes ! bien suprême I
Au vif et doux emportement,
Aux transports de celui qu'elle aime,
Esther se livre mollement.
Ainsi dans sa course rapide
On voit le fougueux aquilon
Troubler une eau calme et limpide
Qui reposait dans le vallon.
Pour la femme la plus coquette, Régner est le nec plus ultra ; L'ambition est satisfaite.
Quand elle arrive jusque là.
Une seule, par Dieu choisie.
Eut encore un plus beau destin.
Ce Dieu, qui la trouvait jolie.
Lui-même féconda son sein.
C'était la pieuse Marie.
Par la faute d'un vieil époux.
Faible apparemment et jaloux, La pauvrette de l'hyménée Ne connaissait que les dégoûts ; Et sa jeunesse infortunée Soupçonnait un destin plus doux.
Un jour, que dans son oratoire Elle méditait tristement.
Un citoyen du firmament.
Un ange rayonnant de gloire.
S'offre à ses yeux subitement.
« Salut, ornement de la terre !
Salut, ô reine des élus I Sois docile, tu seras mère.
Et ton fils aura nom Jésus. »
Sans retard la brune Marie Obéit à Tordre des cieux ; Et bientôt sa taille arrondie Fâche le mari soupçonneux.
L*ange fait un second voyage ; Il menace au nom du Seigneur; Et cet adroit ambassadeur Remet la paix dans le ménage.
Il était temps ; le lendemain, Panther, galant du voisinage.
Mourut à la fleur de son âge,
Emporté par un mal soudain.
On trouva dans son inventaire L'explication du mystère :
Un beau vêtement azuré, Cinq ou six ailes de rechange, Des rayons de papier doré, Enfin tout ce qui fait un ange.
Par ce chapitre je finis.
Après la Vierge, est-il permis De descendre aux autres mortelles ?
Pour l'instruction des fidèles, Par dates j'ai traduit les faits :
Mais j'ai dû voiler quelques traits. La prude hypocrite peut seule Fronder ces articles de foi.
Le Saint-Esprit est moins bégueule, Et sa Bible en dit plus que moi.
Pm DBS OALAMTBRIBS DB LA BZBLB.