Les galants de la couronne
UBDAinE DE LA SOCIÉTÉ DES CENS DE LETTRES PALAIS-ROYAL, 13 ET 17, GALERIE D’ORLÉANS
Ce livre est plus sérieux qu’il n’en a l’air et que pourrait le faire supposer la gaillardise de son enseigne.
Ceux qui y chercheraient le vaudeville de l’amour, l’y trouveraient difficilement. En revanche, le drame y vit dans chaque page, avec ses passions, ses péripéties, ses dénoûments souvent terribles ; Rizzio et Buckingham meurent assassinés ; Bothwell agonise en prison ; Leicester expire do poison qu’il prépare pour autrui ; Essex et Struensée portent leur tête sur l’échafaud. Finis coro' nat opus.
Notre but n’a donc pas été de glorifier les eondoUiert
du sentiment, ni de sanctifier les fantaisies des courtisanes couronnées : nons ne sommes pas le Capefigue des hommes.
Non ; nous avons voulu seulement inlliger leur physionomie réelle, sèche et impitoyablement historique à ces mercenaires de l’amour, dont la ligure, estompée par la vapeur de l’éloignement, revêt aux yeux du public d’aujourd’hui les teintes les plus mensongèrement engageantes.
Le lecteur tirera de lui-même la conséquence de ces biographies, — et cette conséquence, nous n’en doutons pas, se formulera par l’aversion et le mépris de toute espèce de favoritisme, que celui-ci soit représenté par une femme ou par un corps, par un homme ou par une foule par une du Barry ou par un Leicester, par une soutane ou par un cotillon, par un comptoir ou par une épée.
On ne fait pas tout seul cette sorte de livres. Ce serait donc nous montrer bien peu reconnaissant que de ne pas nommer ici quelques-uns de nos illustres collaborateurs — Brantôme, Cécil, Bohun, Nanton, Walsingham, M“* de Motteville , M“' de Montpensier, la princesse Palatine, Bayle, Bassompierre, Laporte, Brienne, Tallemant des Réaux, Saint-Simon, etc. etc.
A dire vrai, tout cela ne constitue guère qu’une marqueterie historique ; mais il nous a semblé qu’elle ne
serait pas déplacée dans un temps de bric-à-brac littéraire où les Dangeau de certaines royautés chorégraphiques ont cru, dans l’ivresse des éditions, avoir ajouté un chapitre aux Dames galantes, où Gactana s’imagine ressusciter Hemani, et oii les journalistes de l’École normale sont intimement convaincus qu’ils ont retrouvé sur les quais l’esprit de Voltaire.