‹ Les galants de la couronneChapitre 8 sur 19 · I-îS GALANTS · texte numérisé non relu

I-îS GALANTS

— Votre ('ifAce oublie que ces engasenieiils étaient pris à une condition. reprit Lindsav.

— Et à laquelle? demanda Marie.

— C’est que vous vous sépareriez à tout jamais du meurtrier de votre mari ; et voilà qui fait foi, ajouta-t-il en montrant la lettre, que vous aviez oublié votre promesse avant qu'il ne nous fût venu à l'idée de révoquer la nôtre.

— Et pour qiie’le heure est fixé mon départ? dit Marie que cette discussion commençait à. lasser.

— Pour onze heures, madame.

— C'est bien, milord ; comme jo ne veux pas faire attendre Votre Seigneurie, vous allez avoir la bonté, en vous retirant, de m’envoyer quelqu’un pour m’aider à m’habiller, à moins que je n’en sois réduite à me servir seule.

Et, en prononçant ces paroles, Marie fit un geste si impérieux que, quelque envie qu’eût Lindsay de répondre, il s’inclina et sortit. Derrière lui Marie Seyton entra.

Il n’entre pas dans le cadre de notre récit d’accompagner Marie Stuart dans sa captivité au château de Lochleven, ni dans sa romanesque évasion, accomplie, comme on sait , pendant la nuit du â au 3 mai t568. Nous ne raconterons pas davanbige comment, vaincue à Land.side par les confédérés, elle forma e‘. exécuta la funeste résolution de cherchei'un asile auprès d’Élisabeth. De nos jours, nous avons vu le même vertige s’emparer d’un autre fugitif royal, qui, comme la fille de Jacques V, se fia à la générosité de l’Angleterre, sou ennemie, et qui retrouva dans le climat de Sainte-Hélène l’échafaud de Fotheringay.

C’est dans la grande salle de celle forteresse que se passe l'épilogue de notre drame, le 18 février 1587.

Sur une plate-forme de planches, élevée de deux pieds, large de douze, toute entourée de barrières et recouverte de serge noire, une femme est agenouillée, la tête sur un billot. Un moucboir de batiste brodé d’or est sur ses yeux ; d'une main, elle tient un crucifix, et, de l’autre, un livre d’beures; ses épaules nues jaillissent d’un corset de satin cramoisi. A sa droite, trois gentilshommes sont appuyés sur leur épée ; à sa gauche, deux personnages, vêtus de couleurs sombres, marmottent, qui une sentence, qui une prière. Derrière elle, un groupe de serviteurs s’abîme dans une douleur profonde. Devant elle, un homme tout habillé de rouge se tient accoudé sur une hache.

Les trois gentilshommes sont sir Amyas Paulett, gouverneur du chîiteau, et les comtes de Kent et de Shrewsbury, commissaires d’Élisabeth d’Angleterre ; les deux personnages aux vêtements à mine lugubre sont le docteur Flechler, doyen de Pelerborough, et le grellier Robert Beale ; le groupe des serviteurs est composé de Jane Kennedy, de Marie Scyton, d’Elspelh Curie, de Boiirgoin, de Gorjon, de Didier, de Gervais et de quelques autres Français fidèles à l’exil et au malheur. Quant à l’homme habillé de rouge, vous l’avez reconnu : c’est le bourreau.

La femme commence sa dernière oraison :

— In tnanus tuas, Domine...

Mais la hache s’abat, et le reste de la prière disparaît dans un bruit affreux d’os et de chairs broyés !

Car la hache est entrée dans le crâne, et il en faut deux coups encore avant que la tête, détachée du buste, ne bondisse dans un tlot de sang !...

Alors le bourreau ramasse cette tête et la montrant :

— Dieu sauve la reine Élisabeth ! dit- il.

— Dieu pardonne à la reine Marie Stuart ! répondent les assistants.

Puis, des soldats font évacuer la salle ; tout le monde se retire, les portes se referment — 'et le cadavre reste seul avec le bourreau. Fermez, les yeux — madame — il va se passer une cho e infâme! Et, si vous voulez voir, les yeux fermés, invoquez Brantôme — ou souvenez -vous du sergent Bertrand...

Le bourreau, ce dernier galant, cet amant posthume de Marie Stuart, n’eut pas à déterrer sa proie !

Qu’était donc devenu Bothwell?

De Dumbar où nous l’avons laissé le 15 juin 1567, Bothwell avait gagné les ürkades.

Le laird de Grange l’y poursuivit et faillit s’emparer de sa personne, après un c( mbat acharné dans lequel deux des navires du favori furent coulés bas.

Bothwell, alors, se réfugia dans la mer du Nord.' La galère qu’il montait, jetée par une tempête sur les côtes de Norwége, y fut visitée par un bâtiment de guerre danois, et le meurtrier de Darnley, trouvé sans papiers, fut arrêté comme pirate et conduit en Danemark, dont le roi Frédéric II ne consentit pas â le livrer aux confédérés, mais le fit enfermer dans le fort de Malmoë. Bothwell y res'a jusqu’à sa mort, qui survint en 1576. Sa captivité fut une expiation de neuf années qui se passèrent entre la crainte d'être livré aux gouvernements d'Angleterre et d’Écosse, réclamant sans cesse son extradition, et le désespoir d’une solitude sans fin. — Ses complices avaient été exécutés à Edimbourg, le 3 janvier 1508.

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