RÊVE DANTESQUE
Fr. BOURIELLO
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Le Musicien aveugle Fr. BOURIELLO
(D’après une réduction du portrait peint par sa femme en jgi5.)
AVANT - PR O P O S A. — Nocturne.
Lourdement la nuit tombe et, sous les [cieux éteints, L’Ombre étend son manteau. C’est [l’heure où les Lutins, Les Elfes, les Esprits, les Rois des [Féeries
Descendent sur la Terre en longues [théories.
G’est l’heure, où les mamans racontent aux bébés
(En termes, d’où les mots pompeux sont prohibés, Mais où préside un art fait d’exquise tendresse), L’histoire dePeau-d’Ane et de la Bonne Ogresse!
... Comme l’Ogre méchant est maudit !.. Comme on dort, L’âme sereine et les yeux clos, l’esprit encor Rempli par le charmant effroi de ces chimères !..
Oh! les contes jolis que nous contaient nos mères !...
Et c’est la nuit!... Et tout est calme autour de nous !... Et me voici bien vieux ! : . Je .n’ai plus les genoux Où je me blottissais, câlin, sous les caresses.
J’ai grandi ! J’ai connu la Vie et les ivresses De vivre, et les Douleurs d’aimer et de pleurer.
J’ai grandi ! J’ai connu le Charme d’effleurer De mes lèvres, l’Amour ; — j’ai connu le Mystère Troublant, et je n’ai plus, en mon cœur solitaire,
Que desnoms; — noms chéris que je redis tout bas Et sans écho, — puisque l’Echo ne répond pas !...
C’est pourquoi, maintenant, lorsque la nuit arrive, Triste, j.e laisse aller mon âme à la dérive.
Allons! Je deviens fou! Pardonne-moi, Lecteur,
De te parler ainsi, de mettre à nu mon cœur,
Quand ce n’est pas du tout ce que l’on me demande : Ce sont des vers badins dont j’ai reçu commande ;
Ce sont des vers badins que je te dois donner ;
Voici des vers badins : à toi de pardonner !
LES FLEURS
B. — Introduction.
Donc, ce soir-là, les volets clos, la Caisse faite — (Car, afin d’obéir à la loi du prophète On ne doit fermer l’œil qu’après contrition), — Après avoir vendu l’ultime potion,
J’avais livré mon corps aux baisers de Morphée:
D’un bonnet de coton ma tête était coiffée Et je dormais à poings fermés, quand une voix, Tout à la fois -
Étrange, harmonieuse, étonnante et superbe,
Se fit entendre dans la nuit.
On eût dit — tant était mélodieux ce bruit — Que pour accompagner la douceur de son verbe Un orchestre invisible en scandait les effets ;
Et le tout s’accordait en rythmes si parfaits, Que je sentais en eux l’influence divine.
( Il serait impossible, ainsi qu’on le devine,
Que des Humains, entre eux, s’accordassent ainsi !)
Et celte voix disait ceci :
« Pour ce soir seulement je veux être ta Muse ;
« Poète, prends ton luth et me donne un baiser !
« Ta lyre potardesque est bizarre et m’amuse ;
« Prends ta boite en fer-blanc et viens herboriser !
« Je veux donner, pour toi, cette nuit, une fête ;
« Dante en conçut le thème, et nos acteurs sont prêts.
'( Les fleurs seules, d’ailleurs, en feront tous les frais:
« La rosée a déjà, sur chaque collerette,
et Mis des diamants neufs! D’un coloris tout frais,
« On a badigeonné les pétales des roses « Et la brise au passant murmure un tas de choses !
« Les Œillets... font de l’œil aux longs pistils des Lis « Et les Pavots replets, grimpés sur leurs échasses,
<z S’approchent, morphines, des doux Volubilis,
« Qui font, en susurrant, des grâces!...
« L’orchestre est à son poste, et les musiciens « S’apprêtent à jouer des motifs anciens.
« Surtout ferme les yeux, car ceci n’est qu’un rêve !
« Crains qu’un réveil trop prompt empêche qu’il s’achèv «... Car un rêve est un rien qu’un autre rien détruit ! '...