I PHARMACIE DE FRANCE
LES EXAMENS
« Cuique Suum »
Sous le titre pompeux de « maistre apothicaire », J’ai, dans de mauvais vers, poète trop précaire, Trouvère insuffisant, Messieurs, et sans grand art, Essayé de chanter le métier de potard ..
J’ai pris mon bien partout, cueillant à gauche, à droite, Ici, parmi les fleurs ; — là, dans la ligne étroite Des chimiques produits ou des mortiers déserts,
Les multiples sujets de mes propos diserts...
Mais aujourd’hui mon rôle est meilleur et moins grave Nulle contrainte ne l’aggrave:
Je dois à vos esprits, à la gaîté dispos,
Présenter un court à-propos.
Aussi, ne cherchant pas d’autre objet que vous-mêmes Je parlerai de vous, — de vos désirs extrêmes,
Et sans aller courir par trente-six chemins Je prendrai les plus chers : j’ai dit « vos examens ».
go LES GALÉNIENNES
L’examen ! — Ce mot seul me ramène à l'École ! — L’examen ! —Le fantôme horrible de la « colle »,
A ce mot seul, se dresse à mes yeux foudroyés !..
... J’y fus « collé », Messieurs, tel que vous me voyez!
En mon temps, j’ai tremblé devant l’âpre synthèse... Au nez du professeur, parfois, je fus fort aise Qu’un copain bienveillant me soufflât sans terreur De quoi rattraper mon erreur...
Le maître souriait, excusant cette audace !...
11 avait autrefois, peut-être, à même place,
Fait même chose ! —Ici, Messieurs, rien ne se perd, Pas plus constantes lois que candidat expert !...
Stagiaire, au préparatoire,
De l’alambic distillatoire J’ai contemplé le cuivre et l’ai même astiqué! J’ai fait de Desessartz le sirop compliqué.
Montant la garde, en sentinelle.
Devant les chausses de flanelle,
En lisant l'Assommoir ou la Fille Elisa,
J’ai filtré le Nerprun, passé le miel Rosal !
... Comme vous, de la glycérine,
Du glucose ou de la dextrine,
De l’alcohol subtil ou de l’éther nitreux,
J’ai subi les effets... savants et... désastreux!...
Hors-texte N° 8
LES EXAMENS
De l’alambic dislillatoire J’ai contemplé le cuivre et T ai meme astiqué!
(Page 90)
Aquarelle originale de M. LÉON GRIMBERT.
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i /examen ! —Le fantôme horrible de la « colle »,
A ce mot seul, se dresse â mes yeux foudroyés !..
. J’y fus « colle », Messieurs, tel que vous me voyez
En mon temps, j'ai tremblé devant l’âpre synthèse.. Au nez du professeur, parfois, je fus fort aise . Qu’un copain bienveillant me soufflât sans terreur De quoi rattraper mon erreur...
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11 avait autrefois, peut-être, à même place,
Fait même chose ! — IcQ Messieurs, rien ne se per Pas plus constantes lois que candidat expert!... 3tîoio\YîL'\V> DiAmoio \ ambrn ïd'\ te k>'\
(09 386 e !) Stagiaire, au préparatoire,
. De l’alambic distillatoire
J’ai contemplé le cuivre et l’ai même astiqué!
J’ai fait de Desessartz le sirop compliqué.
Montant la garde, en sentinelle,
Devant les chausses de flanelle*
En lisant l'Assommoir ou la Fille Elisa,
J’ai filtré le Nerprun, passé le miel Rosat !
.. Comme vous, de la glycérine,
Du glucose Ou de la dextrine,
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" J'ai subi les effets... savants et~. désastreux!...
LES EXAMENS
Comme vous, au laboratoire,
Ceint de la blouse obligatoire,
J’ai laissé barboter, dans les flacons surpris,
Le sulfhydrique gaz... au parfum de grand prix !...
Comme vous, — et tel un cyclope, —-
J’ai mis mon œil au microscope Et d’une main profane ..où manquait le compas, J’ai reproduit des traits... que je n’y voyais pas!...
Mon effort fut grand en physique...
Et mon savoir géodésique,
Sous l’angle cristallin, cher au doux Babinet, Me fit trouver... la rime au vers qui me venait!
Dans les prés, j’ai cueilli la Rue...
Et sur son odeur forte et crue J’ai, par de beaux discours, dits sur un ton vainqueur, Rassuré la... compagne, à qui j’offrais mon... cœur!...
... Comme vous, j’ai dû faire escale A la matière médicale,
Comparant le Carthame au Safran parfumé Et méprisant l’Ergot, — ce gnome déplumé!...
Et comme vous enfin, Messieurs, j’ai, pour conclure, Prenant, livres en mains, ma tâche à grande allure, Pioché, veillé, lutté, quand venait l’examen Afin de conquérir l’ultime parchemin...
Mais le diplôme acquis, — hélas! avec tristesse, J’ai laissé pour toujours la sublime jeunesse... J’ai quitté votre École et n’y viens désormais Que pour y retrouver les maîtres que j’aimais. . .
Vous ferez comme moi, qui fis comme tant d’autres! Vos souvenirs viendront à la suite des nôtres Et vous direz aussi, quand tout sera fini :
Chère École !... Age heureux !... Temps passé !... Temps béni
Mais ce soir, vous êtes encore Jeunes, joyeux! — L’Espoir décore Vos beaux fronts de vingt ans de son rêve ingénu !... Vous marchez vaillamment vers le grand Inconnu.
Marchez donc! — Seul, l’Effort est le maître sublime .. Il faut un rude élan pour atteindre à la cime!...
En avant! Gravissez un à un les degrés;
Que votre ardeur s’exalte et, Messieurs, vous vaincrez!
C’est, du moins, pour vous tous, ce qu’ici je souhaite... Et si vraiment les vœux d’un infime poète
Hors-texte N° 9
LES EXAMENS
Dans les prés, j’ai cueilli la Rue...
(Page 91 )
Aquarelle originale de M. LÉON GRIMBERT.
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- J ai 1 l aisse pour toujc
J’ai quitté votre Eco!
Gué pour v retrouva
rs la sublime jeunesse...
et n’y viens désormais les maîtres que j’aimais...