PREMIÈRE PARTIE
Triste comme un couloir du Métropolitain,
Vu, — vers trois heures du matin, —
Par quelque noctambule errant à l’aventure; —
— Blanc comme un pic neigeux dressant son ossature ; — Sec comme un fait — et long comme un soupir d’amant
Qui ment, —
— Un tel, maistre potard, hirsute, morne, étique,
Va, vient, tourne et retourne au fond de sa boutique, Attendant en vain la pratique.
En face, — et tout brillant d’un éclatant vernis,
Dressant vers les cieux infinis Ses glaces, sa dorure et son riche étalage,
L’habile concurrent, — en un vaste assemblage De douches, de clysos, de... pompeux injecteurs,
Fait, avec des airs prometteurs Et tentateurs,
Son industrieux racolage.
Ici, point de tristesse et point de désespoir :
Alerte, court vêtue et, du matin au soir,
Sur une bouche aimable ayant même sourire, xMadame, (eh! oui, Madame! Il faut donc tout vous dire!)
S’avance affable et douce au-devant de vos vœux, Un ruban rose en ses cheveux.
Les passants, en passant, lorgnant les deux maisons, Ont fait, en papotant, mille comparaisons ;
PHARMACIENNE
Si bien que, traversant la rue,
Bientôt la clientèle entière est accourue Chez le potard enjuponné,
Laissant le pauvre Un Tel gémir, infortuné, Emprisonné
Dans son repaire empoisonné.
J’aurais longtemps peut-être ignoré l’existence De l’un et l’autre concurrent,
Si quelque sotte circonstance Ne m’en avait donné le besoin déchirant :
[Vénus a quelquefois de brutales manières De nous inculquer ses leçons,
Et ses façons
Sont étrangement cavalières...]
Un jour donc, je suivis la foule :
Un soldat demandait, pour soigner une ampoule, Quelques sous de cérat. Regrettant, larme à l’œil, De ne pouvoir, à temps cette fois, faire accueil
A nos bons voisins d’Outre-Manche 1 ,
Mimi Pinson, d’une voix blanche,
Sollicitait l’achat d’un suc mystérieux...
La dame du logis, d’un geste gracieux,