‹ Les GaléniennesChapitre 34 sur 43 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Pourtant un mois après, et pour même raison,

Je franchissais le seuil, — mais de l’autre maison.

En deux mots, maistre Un Tel eut saisi mon affaire. Devant le flacon du confrère,

Il usa d’un terme un peu cru Et sourit à son tour. Je n’aurais jamais cru Qu’un cas semblable au mien pût paraître aussi drôle — « Rien n’était plaisant dans mon rôle :

« Est-ce ma faute, à moi, si je n’étais guéri? —

— Je parus offensé : « Que la Dame ait souri « Cela semblait logique; en somme « Elle était femme et j’étais homme...

« Et l’on sait que, sur... certain point,

« Elles sont farouches, au point « De se gausser de nous...—Mais lui ! Quelle impudence! »

PHARMACIENNE

C'est alors que prenant un accent solennel :

— « Monsieur, fit-il, — en confidence,

Voulez-vous sur ce fait mon avis personnel?

Mon confrère d’en face est puissant. — Il possède,

Cela, je le lui concède,

Des yeux charmants, un nez mutin, des cheveux blonds, Et des seins ronds...

— Il a, — je devrais dire « Elle a » — toute la grâce, Diplôme de première classe,

Instruction de bon aloi,

Médaille de je- ne sais quoi :

C’est une sorte de savante A la voix douce et captivante;

— Mais, hélas! sa féminité En exclut toute autorité.

Elle est parfaite, honnête et sage,

Dn cœur pur bat sous son corsage;

— Mais, esclave de sa pudeur,

Tout en elle est gêne et froideur...

Et ce qui, malgré sa science,

Empêche aussi la confiance C’est qu’il lui manque, encor, Monsieur, l’Expérience ! —

L’Expérience, tout est là !

Quand Icare aux cieux s’envola

Et, d’un seul bond,... dégringola,

Le nez en marmelade et l’âme confondue.

Coulant, sculpteur auguste, en sa cire perdue Le premier bloc humain qui jamais vit le jour Cette chute n’était qu’un tour Que lui jouait la balistique;

PHARMACIENNE

C’est qu’à sa théorie il manquait la pratique — Et je dois ajouter ici .

Qu’à ma voisine c’est ce qui manquait aussi. —

Mais, assez plaisanté. — Laissons là l’Ironie : L’Ironie est stérile et méchante et ne vaut Guère plus que la Calomnie.

Portons donc, s’il vous plaît, notre débat plus haut

Toute chose, ici-bas, doit en sa juste place Être et rester : — Qu’un beau garçon soit Lovelace, C’est son emploi. — Qu’il soit, si tel est son destin, Avocat, confiseur, soldat ou sacristain;

Que, porté sur la bouche, il se mette dentiste ; Créateur de beauté, qu’il devienne un artiste;

Qu’il produise, qu’il peine; en cent gestes divers Que son effort puissant emplisse l’univers,

Voilà son lot. : —

La prudente nature A limité l’emploi de chaque créature :

A l’homme, elle donna la force ; et la beauté,

Le charme, la douceur, la grâce, la bonté,

Furent des femmes le partage Et l’incomparable avantage 1 .

1. L’Homme a la force et la majesté; les grâces et la beauté sont l’apanage de l’autre sexe (Buffon.)

...Or, mon confrère en jupe, en s’armant du pilon, A transgressé la loi : — couler le diachylon,

Du brome ou de l’éther fatiguer sa narine ;

Battre l’onguent, tripatouiller l’urine,

Ne sont pas les soucis d’une âme féminine.

Le bon sens est plus juste et n’a d'autre attribut Que de considérer et la source et le but :

I Pour le potard, les pots ; pour les nids, la ramille : « Aux couples amoureux, l’ombre de la charmille ; « Les vins à la jeunesse; aux vieux, la camomille « Et pour la femme, — ô rôle auguste! --la famille!

En m’entendant ainsi parler,

Vous pensez : Pour se consoler « Maistre Un Tel » dit des balivernes...

C’est l’homme antique des cavernes;

C’est un vestige d’autrefois ;

C’est un rejeton de bourgeois ;

Un âne bâté, qui s’entête A renier, la vieille bête,

La marche lente du progrès !...

Vous pensez tout cela, n’est-rce pas, à peu près?

Et pourtant ce bourgeois, Monsieur, que l’on batoue, Mon père en était un. Moi-même, je l’avoue,

Et bien qu’on s’en moque aujourd’hui,

Je voudrais l’être comme lui!

Hors-texte N° 13

PHARMACIENNE

(CONTE MOdERNE)

Et pour la femme, — o rôle auguste ! — la famille !

(Page 134)

Composition originale de A. BON AM Y.

GrALÉNIENNES

Sifepto

Du brome ou de l’éther fatiguer sa narine.

Battre l’onguent, tripatouiller l’urine,

Ne sont pas les soucis d’une cime féminine.

Le bon sens est plus juste et n’a d'autre attri Que de considérer et la source et le but :

: Poupie potard. les pots; pour les nids, la ramifie ;

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En m’entendant ainsi parler,

(PU ou s pensez : Pour se consoler

« Maistre Un Tel » dit des balivernes...

C’est l’homme antique des cavernes;

C’est un vestige d’autrefois ;

C’est un rejeton de bourgeois ;

Un âne bâté, qui s’entête A renier, la vieille bête,

La marche lente du progrès !...

Vous pensez tout cela, n’est-ce pas, à peu près?

Et pourtant ce bourgeois, Monsieur, que l’on batoue,

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Et bien qu’on s’en moque aujourd’hui,

Je voudrais l’être comme lui !

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Et je l’endends encor quand, désignant ma mère,

Il disait: « Des deux parts, celle la plus amère « Fut la sienne! —Aime-la, mon fils, c’est ton devoir ! — » Ah ! je l’aimais alors tant qu’on peut le pouvoir !

Elle était une femme instruite, mais modeste ;

Son solide savoir n’était pas indigeste.

Je lui dois ma peau d’âne; et même mon latin :

C’est elle, —- l’apprenant avec moi le matin,

Qui me le fit apprendre; et mon peu de science Est l’œuvre de sa patience :

Son devoir, nos bonheurs; — ses brevets,.les voilà !

Quel diplôme, entre nous, vaut mieux que celui-là!

Quelle auréole enfin peut-on rêver plus belle Que celle où notre amour mit sa flamme immortelle?

Mais ,j’entends ! Vous direz que les temps sont changés ?

Qu’il faut manger les loups de peur d’être mangés Par les loups?... Que la femme est désormais contrainte D’embrasser à son tour d’une brutale étreinte La vie et ses périls et d’être homme à son tour? —

Non! — C’est que méprisant l’Harmonie et l’Amour,

Nous avons, — aveuglés par un fol égoïsme,—

Eu ce but : « Posséder ! » — Le Rationalisme Fut un mot sous lequel on tua la Raison :

.Tous égaux ! — Et la femme, oubliant la maison,

S’en alla, comme un homme, au dur marteau des portes, Frapper, chercher sa place ailleurs!...

Les cendres mortes

Garnissent désormais le foyer délaissé :

Devant les nids déserts le bonheur a passé !

Oui, nous avons changé la Vie,

Dominés par l’unique envie De placer auprès d’elle, autour d’elle, ciu-dessus, Ce dieu qui nous a tant déçus.

Ce dieu, dont la puissance effrayante nous grise Et nous brise !.

Ce dieu, maître cruel, implacable, outrageant,

« U Argent'. ! ! »

Il se tut.

Je sortis.. ..

... Cela vous est peut-être Profondément égal, maintenant, de connaître Ce qu’il advint de moi ?... Si mon cas fut guéri ?... Si je revis ma belle, ou si mon cœur meurtri,

— Aux lois d’amour toujours docile, —

Fut à nouveau l’élu des Dames de la Ville ?

Sachez tout cependant : je suis pour le moment

J’ose le dire, un très heureux amant.

Je le suis! Soyez-le!. On oublie, en aimant,

Les légales erreurs de son gouvernement ! —

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